France et Euro – Lundi 5 octobre, le taux de change de l’euro par rapport au dollar américain a atteint son plus bas niveau annuel, à 1,116 dollar. Il s’agissait également du taux le plus bas depuis mai 2025. Le plus bas historique, légèrement supérieur à 80 cents américains, datait de l’an 2000, avant l’entrée en vigueur officielle de l’euro comme monnaie légale.
Le ratio dette/PIB de la France double de la moyenne européenne
De nombreux indices laissent penser que la crise de la dette en France fragilise la confiance des marchés financiers dans la monnaie unique. Dans son projet de budget du 1er octobre, le gouvernement a reconnu que le ratio dette/PIB du pays atteindrait 119,3 % cette année. L’année prochaine, il devrait culminer à 121,7 %. À titre de comparaison, la moyenne européenne est de 60 %.
La France est loin d’atteindre ses objectifs budgétaires – sa dette augmente de 5 000 euros par seconde.
Le déficit budgétaire pourrait atteindre le double de l’objectif de l’UE
Le déficit budgétaire actuel dépasse de plus en plus l’objectif de 3 % fixé par l’UE. L’an dernier, celui de la France s’élevait à 5,1 %, et les prévisions tablent sur 5,4 % cette année. Un plan d’austérité rigoureux serait nécessaire pour le ramener à 5 % l’an prochain.
Toutefois, sans mesures correctives, il devrait atteindre environ 6,5 %. Par ailleurs, les charges d’intérêts pour l’ensemble des budgets publics sont estimées à environ 75 milliards d’euros pour 2026. En raison d’une dégradation de la notation de crédit – notamment par l’agence Fitch en septembre 2025 – le recours à de nouveaux emprunts deviendra nettement plus onéreux. Selon l’Agence France Trésor, les besoins de refinancement de l’État français devraient atteindre 339,7 milliards d’euros en 2027.
La dette publique augmente de plus de 5 000 euros par seconde et le rendement des obligations d’État françaises à dix ans a récemment atteint près de 5 % par moments. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis 2002.
Lecornu compte sur un plan d’économies de plusieurs milliards d’euros
Le budget pour 2027 présenté par le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu prévoit des économies de 54 milliards d’euros, dont 43 milliards proviendront de nouvelles mesures.
M. Lecornu entend réaliser l’essentiel de ces économies en gelant les salaires du secteur public et en limitant l’indexation des pensions de retraite sur l’inflation. Il prévoit également de nouvelles réductions des dépenses publiques, notamment dans les secteurs public et de la santé, ainsi que des allégements fiscaux.
L’adoption du budget du Premier ministre à l’Assemblée nationale reste incertaine. Son gouvernement, dépourvu de majorité, a besoin du soutien de la gauche ou du Rassemblement national. À quelques mois de l’élection présidentielle, il est peu probable que ces partis soient disposés à lui assurer une victoire.
À cela s’ajoutent les manifestations étudiantes actuelles, qui laissent présager qu’un plan d’austérité d’envergure sera difficile à mettre en œuvre. De nouvelles grèves et actions syndicales sont probables.
Dégradation des notes de crédit de la France
Parallèlement, de nouvelles dégradations de la notation et une hausse des primes de risque se profilent à l’horizon.
Après Fitch, S&P a également abaissé la note de crédit de la France à A + .
Moody’s attribue actuellement à la France la note Aa3 avec une perspective négative. Une nouvelle décision de notation est attendue le 23 octobre.
Réaction en chaîne dans les pays de la zone euro ?
L’évolution de la situation en France est significative pour l’ensemble de la zone euro, car la hausse des primes de risque ne se limite pas aux obligations d’État françaises.
En effet, la situation en France pourrait également inciter les marchés à examiner plus attentivement les risques de crédit d’autres pays fortement endettés de la zone euro. Cela pourrait entraîner une hausse des coûts de financement en Italie et en Espagne, et par conséquent dans toute la zone euro.
Une nouvelle crise de l’euro, semblable à celle du début des années 2010, est-elle à prévoir ? La combinaison d’un déficit important, de résistances politiques aux réformes et de la hausse des taux d’intérêt pourrait déclencher un cercle vicieux d’escalade. Cependant, il existe aujourd’hui davantage de moyens qu’à l’époque pour éviter une telle situation.
L’instrument de protection de la BCE
En 2022, face à la hausse des primes de risque au début du redressement des taux d’intérêt, la Banque centrale européenne (BCE) a créé l’instrument de protection de la transmission. Celui-ci autorise la BCE, sous certaines conditions, à acheter des obligations d’État d’un pays de la zone euro sur le marché secondaire.
Cette possibilité est notamment envisagée si des évolutions de marché « injustifiées et désordonnées » menacent la transmission de la politique monétaire. Il n’existe pas de limite supérieure fixée.
La BCE comme dernier rempart de stabilité
Cependant, aucun mécanisme automatique ne régit l’application de cet instrument. La BCE exige notamment que la qualité des politiques économiques et budgétaires et la volonté de maîtriser la dette publique soient solides.
De plus, la BCE n’entend intervenir que si, à son avis, l’évolution des marchés est désordonnée et injustifiée. Cet instrument n’a pas vocation à résoudre les problèmes fondamentaux de politique budgétaire d’un État membre.
Dès le 2 octobre, l’écart de rendement entre les obligations d’État françaises et allemandes a atteint son plus haut niveau depuis la crise de la dette de la zone euro de 2011, à environ 1,5 point de pourcentage.
Il appartient au gouvernement et à l’évolution de la situation politique dans le pays de regagner la confiance des marchés. Si l’impression se répand que le déficit et le niveau d’endettement peuvent être maîtrisés à moyen terme, la pression actuelle pourrait s’atténuer. En revanche, la persistance des troubles et de l’instabilité politique pourrait aggraver la situation.
Dette française – Le cas de certains fonds de Sumitomo Mitsui DS Asset Management illustre cette prudence nouvelle. Leur gérant, Shinji Kunibe, a vendu l’ensemble de leurs obligations françaises pour privilégier les titres allemands et japonais. Cette décision concerne des placements en dette souveraine : elle ne signifie pas que tous les investissements étrangers en France suivent la même trajectoire.
Un gestionnaire japonais change de cap
« Les obligations françaises offraient un rendement relativement attractif, mais nous avons liquidé l’intégralité de notre position compte tenu de l’évolution récente de la situation », a déclaré Shinji Kunibe,
selon Bloomberg. Le montant des titres cédés n’est pas précisé dans l’article.
Ce repositionnement répond aux préoccupations du gestionnaire concernant la situation budgétaire française. Les fonds ont été réorientés principalement vers les obligations allemandes, puis vers des emprunts d’État japonais à court terme.
La remontée des rendements au Japon favorise aussi le retour de capitaux vers le marché national. Le choix de vendre des titres français ne repose donc pas uniquement sur une appréciation du risque hexagonal: les investisseurs disposent désormais d’alternatives devenues plus rémunératrices dans leur propre pays,
selon BFMTV.
Des créanciers japonais à surveiller
L’enjeu dépasse néanmoins la décision d’un seul gestionnaire. Les investisseurs japonais détenaient en juillet environ 23.000 milliards de yens d’obligations françaises. Cela représentait 6,6% de leurs placements en dette étrangère.
Cette exposition est supérieure à celle suggérée par les pondérations de l’indice Bloomberg Global Aggregate. Une réduction de cette surpondération pourrait entraîner de nouvelles ventes, indépendamment d’un retrait complet du marché français. L’importance des portefeuilles japonais explique pourquoi leurs arbitrages retiennent l’attention.
Pour autant, les éléments disponibles ne permettent pas de parler d’un désengagement collectif. La liquidation intégrale annoncée par Shinji Kunibe comme un cas encore isolé. Le média rapporte toutefois une baisse de 2,5% sur un an des obligations françaises détenues au Japon, signe d’un ajustement déjà engagé.
Une défiance qui renchérit l’emprunt
Le 5 octobre, le rendement français à dix ans dépassait encore 4,90%, après avoir frôlé 5% la semaine précédente. L’écart avec l’Allemagne avoisinait 150 points de base, contre moins de 90 début septembre. Les investisseurs réclament ainsi une rémunération supplémentaire pour accepter le risque français.
Les interrogations portent notamment sur la capacité du pays à adopter un budget et à redresser durablement ses comptes. La hausse mondiale des rendements constitue une toile de fond, mais l’élargissement de l’écart franco-allemand révèle des préoccupations propres à la France.
Cette tension ne revalorise pas immédiatement les intérêts de toute la dette existante. Elle touche progressivement les nouveaux emprunts et le remplacement des titres arrivant à échéance. Le risque budgétaire réside donc dans l’installation durable de taux élevés, plutôt que dans une hausse instantanée du coût de l’ensemble du stock.
Le financement reste accessible
Le tableau conserve cependant des éléments rassurants. Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM, rappelle que « La France conserve un accès profond aux marchés financiers ». Selon lui, les adjudications restent souscrites deux à trois fois.
L’Agence France Trésor a ainsi placé 12 milliards d’euros d’obligations le jeudi 1er octobre, sans difficulté signalée. Les ventes de certains détenteurs coexistent donc avec une demande toujours présente pour les titres français.
Il faut dès lors distinguer un avertissement d’une rupture du financement. Les retraits observés justifient une vigilance accrue, mais les informations disponibles décrivent surtout une dette plus coûteuse et des investisseurs plus sélectifs, non une fermeture des marchés à la France.
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