
"Des lols et des quoi", un morceau coup de poing qui s'attaque aux thèmes de la censure et de l'appauvrissement de la langue française.
Paroles de "Des lols et des quoi"
[Intro]
Mmmm
Mmmm
Mmmm
Mmmm
[Refrain]
Des lols et des quoi
La langue au plus bas
Des lols sans «lita»
Et Ronsard est las
[Couplet 1]
Tu sais, la langue est la langue
Et les sons glissent mouillés, fins
C'est jamais pauvre
Moi, j'écris tout sur vos pages inventant
Je suis silence, nuances
Qui défie l'argot
[Pre-Refrain]
Dis-moi, où sont passés les mots ?
Ils ont perdu leur âme
Ont déposé les armes
[Refrain]
Des lols et des quoi
La langue au plus bas
Des lols sans littérature
Et Ronsard est las, sature
Des lols et des quoi
Du n'importe quoi
La langue au plus bas
Et Ronsard est las
[Couplet 2]
Peu à peu, tu l'oublies
C'est une langue de textures
Autant que de sens
Au fond, c'est jamais trop
La langue est même charnelle (Uh)
A la même saveur (Mmm)
Douceur d'ambre
Un saut en hauteur
[Pre-Refrain]
Dis-moi, où sont passés les mots ?
Ils ont perdu leur charme
Ont déposé les armes
[Refrain]
Des lols et des quoi
La langue au plus bas
Des lols sans «lita» (Lolita)
Et Ronsard est las
Des lols et des quoi
Du n'importe quoi
La langue au plus bas
Mais Ronsard est là
Vous l'aurez compris, Mylène Farmer déplore l'abaissement du niveau de la langue française, auparavant "charnelle" et pleine de "textures", qui passe aujourd'hui par des expressions popularisées par la jeune génération comme "lol" ou "quoicoubeh", donnant leur titre à cette chanson. Il est loin le temps de la "génération Désenchantée", même si Mylène semble l'être, au vu du langage des jeunes.
#FRANCE - Pourquoi l’Éducation nationale envisage de simplifier l’accord du participe passé
Il n’y a pas de pensée sans mots
La disparition progressive des temps (subjonctif, passé simple, imparfait, formes composées du futur, participe passé…) donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projections dans le temps. La généralisation du tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont autant de coups mortels portés à la subtilité de l’expression.
Supprimer le mot « mademoiselle » est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien. Moins de mots et moins de verbes conjugués c’est moins de capacités à exprimer les émotions et moins de possibilité d’élaborer une pensée.
Des études ont montré qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions. Sans mot pour construire un raisonnement, la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue impossible. Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe.
L’histoire est riche d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens des mots. Il n’y a pas de pensée critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots.
Comment construire une pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel ? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur ? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu ?
Si un cri de ralliement devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants : faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants. Enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté.
Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses « défauts », abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité, sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté.
Le plus intéressant n'est pas ce qu'ils nous montrent
mais ce qu'ils nous cachent...
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