Accès aux études post-bac remis en question – Un rapport sénatorial publié mercredi propose de revoir en profondeur l’organisation de l’enseignement supérieur. Parmi ses mesures phares figure la suppression du droit automatique des bacheliers à poursuivre des études à l’université.
Adopté par une commission d’enquête sur l’excellence académique, le document avance dix recommandations pour transformer le modèle universitaire. Les auteurs estiment que les établissements doivent disposer d’une plus grande marge de manœuvre pour sélectionner leurs étudiants et renforcer leur autonomie.
Vers une sélection accrue à l’entrée de l’université
Lors de la présentation du rapport, la sénatrice LR Laurence Garnier a défendu une évolution du rôle du baccalauréat. Selon elle, ce diplôme doit avant tout marquer la fin des études secondaires plutôt que garantir un accès inconditionnel à l’enseignement supérieur.
Lundi, 14 sénateurs ont voté en faveur du texte, tandis que cinq s’y sont opposés et qu’un élu s’est abstenu. Les auteurs du rapport souhaitent notamment permettre aux universités de déterminer elles-mêmes leur capacité d’accueil et de refuser des candidatures jugées incompatibles avec les prérequis des formations.
Le statut du baccalauréat remis en question
Aujourd’hui, la loi définit le baccalauréat comme le premier grade de l’enseignement supérieur. En théorie, les titulaires du bac disposent donc d’un droit à l’inscription dans une formation supérieure.
Le rapport propose de supprimer ce mécanisme. Ses auteurs considèrent que les universités doivent pouvoir gérer plus librement leurs admissions. Dans les faits, plusieurs filières appliquent déjà une sélection et certains candidats restent chaque année sans affectation à l’issue de Parcoursup.
Le président communiste de la commission, Pierre Ouzoulias, a exprimé son désaccord avec ces conclusions. Il plaide au contraire pour « redonner toute sa valeur au bac » qu’il juge avoir été « détruit ».
Des frais d’inscription fortement relevés
Le rapport aborde également la question du financement des universités. Il recommande de porter les droits d’inscription à 900 euros par an en licence et à 1.300 euros en master pour les étudiants français.
Actuellement, ces frais s’élèvent à des montants compris entre 178 et 254 euros. Les sénateurs estiment que cette hausse contribuerait à renforcer les ressources des établissements, tout en s’accompagnant d’une réforme du système de bourses.
Ils proposent notamment de simplifier le calcul des aides afin de limiter les effets de seuil. Le rapport recommande aussi d’indexer les plafonds et les montants des bourses sur l’inflation.
Des mesures ciblant aussi les étudiants étrangers
Les auteurs du texte souhaitent rendre systématique l’application des droits d’inscription majorés pour les étudiants extracommunautaires. Cette proposition s’inscrit dans la continuité d’un décret publié au printemps, qui a déjà réduit certaines possibilités d’exonération.
Le rapport recommande également de renforcer les contrôles sur la maîtrise du français des candidats étrangers. Il suggère en outre de relever le niveau minimal de ressources exigé pour étudier en France.
Gouvernance des universités et débats
Au-delà des questions financières, les sénateurs proposent plusieurs changements dans le fonctionnement des universités. Ils souhaitent notamment réduire la taille des conseils d’administration et accroître le poids des personnalités extérieures au sein de ces instances.
Le rapport préconise aussi de modifier la composition du Conseil national des universités et d’inscrire dans la loi un « principe de réserve institutionnelle des universités ». Selon ses auteurs, ces mesures permettraient d’éviter certaines « dérives militantes » attribuées à une « petite minorité ».
De vives critiques du monde universitaire
Ces propositions suscitent déjà des réactions. L’Union étudiante, deuxième syndicat étudiant, dénonce un projet qui favoriserait selon elle une sélection sociale dans l’accès aux études supérieures.
« Cela revient à institutionnaliser une sélection sociale et raciste », affirme l’organisation auprès de l’AFP. Elle estime que ces mesures interviennent alors que de nombreux étudiants connaissent déjà des difficultés financières.
Même opposition du côté du Snesup-FSU. Son secrétaire général, Emmanuel De Lescure, juge le rapport « très idéologique » et considère qu’il « va à l’encontre de ce qu’est par essence l’université et la science, qui naît de débats ».
Il n’y a pas de pensée sans mots
La disparition progressive des temps (subjonctif, passé simple, imparfait, formes composées du futur, participe passé…) donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projections dans le temps. La généralisation du tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont autant de coups mortels portés à la subtilité de l’expression.
Supprimer le mot « mademoiselle » est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien. Moins de mots et moins de verbes conjugués c’est moins de capacités à exprimer les émotions et moins de possibilité d’élaborer une pensée.
Des études ont montré qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions. Sans mot pour construire un raisonnement, la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue impossible. Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe.
L’histoire est riche d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens des mots. Il n’y a pas de pensée critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots.
Comment construire une pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel ? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur ? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu ?
Si un cri de ralliement devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants : faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants. Enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté.
Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses « défauts », abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité, sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté.
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