L’eurodéputé autrichien Gerald Hauser a adressé une question parlementaire à la Commission européenne en juillet dernier. Il y aborde les effets potentiellement nocifs pour l’environnement et la santé des PFAS issus des éoliennes.
L’élu a écrit :
« Ces « polluants éternels » sont hautement toxiques pour l’homme et l’environnement. Ils perturbent notamment le système hormonal, nuisent au système immunitaire, altèrent la fertilité et peuvent provoquer des cancers. »
PFAS est l’acronyme de substances per- et polyfluoroalkylées. Selon le ministère allemand de l’Environnement, ce groupe comprend plus de 10 000 substances différentes. Ces composés synthétiques sont extrêmement stables et persistants.
« Toutefois, des effets nocifs pour la santé ont été démontrés ces dernières années pour certains PFAS », indique le ministère. Cette situation est « particulièrement préoccupante lorsqu’elle est associée à leur persistance ».
Exposition à plus de 200 substances chimiques : d’où viennent elles sur les éoliennes ?
L’eurodéputé a précisé que les PFAS sont présents, entre autres, dans les revêtements des pales de rotor. Ces derniers sont soumis à une usure régulière lors du fonctionnement de l’éolienne.
Par ailleurs, des PFAS sont également utilisés dans les boîtes de vitesses, les systèmes de stockage, les lubrifiants, les fluides hydrauliques et l’isolation des câbles.
« En conséquence, plus de 200 substances chimiques, dont des PFAS, sont rejetées par les éoliennes dans l’air, les sols, les jardins, les eaux de surface et les eaux souterraines », a averti M. Hauser.
Le Danemark et la Suède ont déjà pris des dispositions strictes
Il a écrit que le Danemark et la Suède avaient déjà pris conscience du risque et instauré, pour certains PFAS, des valeurs limites nettement plus strictes que celles de l’Union européenne. Les valeurs limites en vigueur dans ces deux pays ne représenteraient qu’un vingt-cinquième, voire un cinquantième, des seuils de l’UE.
Dans sa réponse, la Commission européenne ne s’est pas prononcée sur cette comparaison spécifique.
Que compte faire la Commission européenne ?
Pour conclure, M. Hauser a adressé trois questions à la Commission européenne :
- Que compte faire la Commission pour interdire définitivement les PFAS ?
- Que compte faire la Commission pour mettre un terme à l’exposition persistante des populations, des animaux et de l’environnement aux PFAS issus des éoliennes ?
- Quelle est la position de la Commission face aux nombreuses déclarations d’experts en environnement et de médecins affirmant que les valeurs limites actuelles de l’UE pour les PFAS sont bien trop élevées ?
La Commission : les PFAS restent autorisés pour le moment, pas d’étude sur les éoliennes
Le 4 septembre, le commissaire à l’Industrie, Stéphane Séjourné, a finalement apporté une réponse au nom de la Commission. Il a tout d’abord évoqué une proposition visant à restreindre l’ensemble des PFAS, soumise par cinq autorités nationales.
L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) examine actuellement cette proposition. Selon M. Séjourné, cet examen couvre certes le secteur de l’énergie, mais ne porte pas sur une technologie spécifique telle que les éoliennes.
« Tant que l’évaluation scientifique définitive de l’ECHA n’est pas disponible, la Commission ne peut pas déterminer comment sera traitée la question de l’utilisation des PFAS dans les éoliennes », a ajouté le commissaire.
Aucun changement rapide n’est à prévoir
Selon M. Séjourné, aucun changement rapide dans la gestion des PFAS n’est à prévoir. Il a poursuivi en ces termes : « En l’absence d’alternatives équivalentes en termes de performance et de sécurité, l’utilisation continue de PFAS […] peut être autorisée jusqu’à ce que des substituts acceptables soient trouvés. »
Le secteur éolien conteste les propos de M. Hauser. Les PFAS sont utilisés dans les éoliennes précisément en raison de leur durabilité. Selon l’entreprise du secteur JUWI, ces substances permettent de renforcer la stabilité des revêtements des pales d’éoliennes, ce qui a pour effet de réduire l’abrasion.
Par ailleurs, les éoliennes ne représenteraient qu’une faible part des émissions totales de PFAS. En se référant à la proposition de restriction des PFAS, JUWI cite un volume de 55 tonnes d’émissions annuelles provenant de l’ensemble du secteur de l’énergie.
70 000 tonnes de PFAS par an émis dans l’UE
Ce chiffre est jugé dérisoire au regard des émissions tous secteurs confondus, qui s’élèveraient à environ 70 000 tonnes par an dans l’UE. Une grande partie de ces émissions — soit 38 806 tonnes — serait imputable aux « gaz F », ou gaz à effet de serre fluorés.
Ces derniers sont utilisés notamment comme fluides frigorigènes dans les installations de réfrigération et de climatisation, ainsi que comme agents d’expansion dans les mousses et les matériaux isolants.
Un « aveu d’échec politique »
M. Hauser a qualifié la réponse de la Commission européenne d’« aveu d’échec politique ». Lundi 14 septembre, il a réagi à la déclaration de la Commission affirmant vouloir limiter le rejet de polluants dans l’environnement et stimuler l’innovation par des incitations claires afin de trouver des alternatives aux PFAS.
M. Hauser a déclaré : « C’est absurde, alors même que l’UE encourage activement le développement de l’énergie éolienne depuis des années. » L’élu a par conséquent annoncé son intention de continuer à interpeller la Commission à ce sujet.
Ce n’est qu’en juin de cette année que l’Institut allemand d’évaluation des risques (BfR) s’est penché sur les dangers des PFAS. À cette occasion, ces substances, surnommées « polluants éternels », ont été qualifiées de « défi perpétuel ».
Selon l’institut, l’exposition humaine aux PFAS provient en grande partie de la consommation d’aliments d’origine animale tels que le poisson, la viande, le lait et les œufs. En raison de la persistance de certains PFAS dans l’organisme, des concentrations susceptibles d’entraîner des effets indésirables chez l’homme peuvent être atteintes.
À l’été 2024, des experts de Rhénanie-Palatinat avaient mis en garde contre la consommation de foie de sanglier, les abats de ces animaux présentant des taux élevés de PFAS.
Certains effets sur la santé sont déjà connus, indique l’institut. « Il s’agit notamment d’une augmentation du taux de lipides sanguins (un facteur de risque de maladies cardiovasculaires), d’une hausse du taux d’une enzyme hépatique dans le sérum sanguin (signe d’un dysfonctionnement du foie) et d’une réduction du poids à la naissance », a-t-il précisé.
Commenter cet article