L’annonce a fait l’effet d’une bombe, aussi bien au sein de la communauté internationale que de la diaspora tibétaine, pour lesquels l’avenir du Tibet peut difficilement s’envisager sans l’aura médiatique du prix Nobel de la paix, âgé aujourd’hui de 79 ans.
C’est en répondant à un journaliste du Welt am Sonntag, Tenzin Gyatso, que le XIVe dalaï lama a annoncé qu’il pensait mettre fin à un système politico-religieux remontant à près de cinq siècles. « Si un XVe dalaï lama venait et faisait honte à la fonction, toute l’institution en serait ridiculisée... Le XIVe dalaï lama est aujourd’hui très aimé : laissez-nous finir avec un dalaï lama populaire ! », a ajouté en riant le chef spirituel tibétain.
Pour les proches du leader tibétain, l’annonce, qui semble être surprenante, a en réalité été mûrement réfléchie, et déjà précédée de progressives mais claires déclarations allant dans le même sens. « Il faut replacer cette déclaration dans le contexte », a expliqué à Eglises d’Asie ce lundi 8 septembre, l’un des représentants du dalaï lama au Bureau du Tibet. « L’institution des dalaï lamas en tant que chefs spirituels et temporels du Tibet existe depuis cinq siècles. Et il ne faut pas oublier que Sa Sainteté le XIVe dalaï lama a déjà mis fin à une partie de ce pouvoir en abandonnant toute responsabilité politique il y a trois ans. »
« Ce que dit le dalaï-lama, poursuit le représentant du gouvernement central en exil, au sujet de sa succession – et donc sa future réincarnation –, c’est qu’elle pourrait ne pas avoir lieu si le peuple tibétain décide que cela n’a plus de raison d’être aujourd’hui »
L’appui et la sympathie de la communauté internationale qu’il s’était efforcé d’obtenir au cours d’inlassables visites à travers le monde, n’avaient pas été suffisants, pour obtenir une quelconque amélioration de la situation, en plusieurs décennies.
Peu après avoir transféré son pouvoir politique aux mains du Conseil tibétain en exil en 2011, le XIVe dalaï lama déclarait déjà : « Si la situation au Tibet reste la même, je renaîtrai hors du Tibet, loin du contrôle des autorités chinoises, pour continuer mon travail inachevé. »
Parmi les différentes possibilités que le chef spirituel des Tibétains avait envisagées concernant sa succession, figuraient également la désignation éventuelle du prochain dalaï lama par lui-même ou une assemblée. Le XIVe dalai lama avait évoqué le fait qu’il pourrait s’agir de l’actuel karmapa (4) ou encore nouveau Premier ministre tibétain. Et enfin, comme il l’a réaffirmé hier, qu’en tant que seul et unique détenteur du titre de dalai lama, il lui appartenait de pouvoir décider d’abolir l’institution elle-même.
Avec cette annonce, reviendront certainement en force les rumeurs qui avaient couru dans les années 1980 autour d’une prophétie, affirmant que Tenzin Gyatso serait le dernier dalaï-lama. Un livre publié en 1986, Le dernier Dalaï-Lama ? de Michael. H. Goodman, rapportait en effet qu’une ancienne prophétie tibétaine prévoyait que le peuple tibétain perdrait à la fois son pays et son dalaï lama, avant de les retrouver, tout en affirmant parallèlement que le XIVe dalaï lama serait le dernier de la lignée.
Une possibilité accréditée par Tenzin Gyatso lui-même qui, dans un entretien avec l’auteur, expliquait avoir déjà envisagé de transmettre son titre de son vivant, et d’interrompre donc la longue succession des reconnaissances traditionnelles des réincarnations des tulku.
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Publié par Rorschach
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