Dans de nombreuses communes rurales, la hausse durable des prix des carburants oblige des ménages à revoir leurs déplacements, leurs courses et leurs loisirs. Pour ceux qui vivent loin des services, réduire les kilomètres parcourus devient une contrainte quotidienne plutôt qu’un simple choix budgétaire.
Hausse des prix des carburants – À Rabastens, à plus de 40 kilomètres de Toulouse, Nathalie, 60 ans, et son mari Pierre ont fortement limité l’usage de leur voiture. Avec moins de 2.500 euros de retraite mensuelle à deux, le couple s’impose désormais un budget de 20 litres de gazole, soit environ 50 euros par mois. « C’est simple, on ne bouge plus du tout la voiture sauf en cas d’urgence », explique-t-elle à
BFMTV.
En milieu rural, chaque déplacement pèse davantage
La pression est particulièrement sensible dans les territoires où l’automobile reste indispensable pour travailler, consulter un médecin, faire les courses ou maintenir une vie sociale. La réduction des déplacements transforme ainsi l’organisation des journées et restreint l’accès à certaines activités habituellement accessibles en voiture.
Dans le Tarn, Nathalie privilégie désormais les achats à pied dans l’épicerie de proximité, au lieu de se rendre à l’hypermarché de Gaillac, situé à 35 kilomètres. Les sorties familiales et les repas au restaurant sont aussi repoussés. « On se contraint sur tout », résume-t-elle.
Le constat se retrouve dans l’Allier. À Garnat-sur-Engièvre, village de 650 habitants, Régis, 53 ans, a vendu sa voiture thermique après des impayés et se déplace désormais en moto de 125 cm³. Il limite ses sorties et dépend parfois de voisins pour aller au supermarché ou se rendre à l’hôpital, situé à 110 kilomètres de son domicile.
Courses, soins et loisirs dans l’équation budgétaire
Ces arbitrages ne concernent pas seulement les trajets domicile-travail. À mesure que le coût du plein progresse, les dépenses liées à la santé, aux achats alimentaires ou aux loisirs sont également réévaluées par certains ménages. La voiture, outil d’autonomie dans les zones peu desservies, devient un poste de dépense difficile à absorber.
Régis raconte avoir renoncé à certaines consultations d’ergothérapie et réduit sa participation aux activités associatives. « Ça me faisait du bien mais c’est devenu du luxe », confie-t-il. Son expérience illustre une difficulté spécifique des campagnes : lorsque les transports collectifs sont rares, diminuer la consommation de carburant peut aussi signifier réduire les interactions sociales et les services accessibles.
Dans la Charente, Sébastien, serveur à Chaniers près de Cognac, doit effectuer quatre trajets quotidiens de 50 kilomètres en raison d’une coupure entre deux services. Bénéficiaire du leasing social pour une voiture électrique, il estime que ce dispositif lui permet de contenir ses frais, alors que son conjoint, qui utilise un véhicule thermique, doit toujours régler ses pleins d’essence. « En campagne on est tenus à la voiture, on ne peut pas faire sans », observe-t-il.
Une aide renforcée, mais ciblée sur les actifs
Face à la flambée des prix, le gouvernement a reconduit et élargi l’aide destinée aux travailleurs fortement dépendants de leur véhicule. Pour la période allant d’octobre à décembre 2026, l’indemnité atteint 100 euros et doit concerner jusqu’à 5,5 millions de personnes, contre trois millions auparavant. Selon les annonces gouvernementales, elle représente l’équivalent moyen de 40 centimes par litre sur trois mois.
Le mécanisme reste toutefois centré sur les actifs effectuant de longs trajets professionnels. Les personnes déjà bénéficiaires du précédent dispositif doivent recevoir l’aide automatiquement, tandis que les autres personnes éligibles doivent accomplir les démarches prévues. Le dispositif couvre la période du 1er octobre au 31 décembre et correspond à une aide forfaitaire de 100 euros.
L’administration fiscale précise que cette somme est conçue pour amortir la hausse du coût des carburants.
Pour les retraités, les personnes sans emploi ou les ménages dont les déplacements ne sont pas liés à l’activité professionnelle, la réponse repose d’abord sur les ajustements du quotidien. À Rabastens comme à Garnat-sur-Engièvre, les témoignages recueillis montrent que les restrictions ne se limitent pas au choix d’une station-service : elles modifient les habitudes, réduisent les déplacements non essentiels et, parfois, resserrent le périmètre de la vie locale.
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