Après l’annonce du ministre de l’Éducation nationale de déployer des enseignants remplaçants dans les lycées en difficulté, certains d’entre eux se retrouvent affectés à des matières qui ne correspondent pas à leur spécialité. Des décisions qui suscitent l’incompréhension et soulèvent des questions sur les conditions de remplacement.


Le budget 2025 avait pourtant supprimé 4000 postes d’enseignants en 2026
En 2025, la suppression de 4 000 postes était prévue dans la mouture initiale du Projet de loi de finances du gouvernement. Au Sénat, le rapporteur budgétaire en charge de la commission des finances, Olivier Paccaud, proposait, quant à lui, la suppression de 8 000 postes, arguant qu’il « faut tenir compte de la baisse de la démographie ». Si, in fine le groupe LR n’a pas retenu la proposition d’Olivier Paccaud, le Sénat, ayant une majorité à droite, a voté le budget 2025. Pour Colombe Brossel, « l’argument démographique a bon dos, il ne sert manifestement que dans les moments où il est utile au gouvernement. Pendant plusieurs années dans ce pays, alors que le nombre d’élèves augmentait en collège et au lycée, on baissait les moyens qui y étaient affectés ».
Toutefois, pour le sénateur Max Brisson, il y a une réalité dans cette proposition de suppression de postes : « Quand on ouvre les postes, il n’y a pas de candidat en face ». Selon lui, le problème est là. « Cette mesure de replâtrage ne change rien au fond. Au fond, s’il n’y a pas de professeur, c’est que le métier est devenu répulsif », explique-t-il. « On aura toujours du mal à recruter des professeurs si on ne valorise pas leur salaire et si on garde l’ancienneté comme premier critère d’embauche ». D’après le sénateur LR, les 4 000 postes en moins prévus étaient dans les concessions du gouvernement avec les socialistes, donc auraient été rétablis, « or ils n’ont pas été pourvus ». « On peut réclamer 8 000, 9 000, 10 000 postes, on ne les remplira pas parce que les gens ne se présentent pas au concours. Le vrai problème c’est l’attractivité du métier » SOURCE
Le déploiement annoncé des professeurs remplaçants dans les lycées suscite déjà des critiques. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé jeudi 8 octobre l’envoi de plus de 3000 d’entre eux dans plus de 500 lycées en difficulté. Mais deux enseignantes témoignent de missions qui ne correspondent pas à leur formation.
Deux missions éloignées de leur spécialité
Linda est enseignante de lettres modernes. Sans affectation depuis la rentrée, elle a reçu un appel vendredi 9 octobre. « J’ai été contactée pour me proposer une discipline qui n’est pas celle pour laquelle j’ai passé le concours », a-t-elle raconté à BFMTV. Il lui a été proposé d’enseigner l’anglais. Elle a aussi expliqué être « mobilisée pour trois jours à 120km aller-retour » de son domicile.
Agathe, elle, est professeure de mathématiques. D’après franceinfo, elle a découvert son affectation par mail, au lendemain de l’annonce du ministre. Il s’agit de sa première année d’enseignement. Depuis la rentrée, elle travaille dans un établissement de rattachement en Île-de-France, sans classe attitrée.
Son nouveau lycée se trouve à 50 kilomètres de son établissement de rattachement et à 120 kilomètres de chez elle, selon son témoignage. Il est situé dans un autre département, « totalement hors de la zone qui m’avait été affectée », précise-t-elle. Elle doit cependant y prendre ses fonctions le 1er novembre, à temps plein, et ce jusqu’à l’été 2027, pour y enseigner les lettres modernes.
Agathe met en avant son manque de formation. Au lycée, les élèves préparent le baccalauréat de français. « Je ne suis pas du tout formée pour leur présenter des textes, faire des commentaires, ou que sais-je, dessus », a-t-elle indiqué à franceinfo. Elle ne connaît pas non plus le programme : « Je ne sais même pas quels sont les textes en vigueur pour le bac ».
Des affectations difficiles à contester
Agathe juge ce choix incompréhensible. « On est des pions qu’ils placent où ils veulent, quand ils veulent, c’est quand même fou », a-t-elle déclaré, rappelant aussi que « les lycéens ont le droit d’avoir un enseignement adapté ».
Linda, elle, parle d’un « mépris total » et d’une « annonce fallacieuse ». Elle ajoute : « Ce sont encore les enseignants qui font les frais d’un ministère qui ne les écoute plus. » Elle a tenté de contester son affectation. « On m’explique que si je n’accepte pas […], je vais me faire taper sur les doigts et je risque des sanctions pour un abandon de poste », a-t-elle rapporté à BFMTV.
Elle a donc choisi de se présenter à son poste. Elle explique avoir envisagé deux solutions : « Me présenter ou me mettre en arrêt maladie, et je ne suis pas malade donc je vais me présenter. » En outre, elle estime que sa situation n’est pas « un cas isolé ».
Agathe envisage, de son côté, de solliciter ses collègues. Elle va aussi contacter au plus vite le rectorat. « Parce qu’à part démissionner, je ne vois pas ce que je peux faire d’autre », a-t-elle confié à franceinfo.
Le risque de déplacer le problème
L’annonce du ministre vise à répondre aux lycéens. Dans les blocus et les manifestations, ils disent manquer de professeurs, parfois pendant plusieurs semaines, voire des mois. Selon un récent rapport parlementaire cité par BFMTV, environ 7,5 % des heures d’enseignement ne sont pas assurées dans le second degré, faute de remplacement.
Vendredi 9 octobre, sur BFMTV, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, a exprimé une crainte : « Mettre tous ces professeurs devant les élèves dans les prochains jours peut affaiblir le potentiel de remplacement cet hiver. » Elle estime que cette mobilisation « ne fera que déplacer les problèmes ». Elle appelle à « penser des solutions structurelles de sortie de crise ».
Les deux témoignages portent sur des situations individuelles. Ils interrogent toutefois les conditions de mise en œuvre du dispositif, entre l’urgence de remettre les élèves en classe et le besoin d’un enseignement adapté. À ce stade, les sources ne permettent pas d’en mesurer les résultats.
Le plus intéressant n'est pas ce qu'ils nous montrent
mais ce qu'ils nous cachent...
📤 Partage cet article — chaque vue brise un silence.
Partager cet article
Abonnez-vous à notre newsletter
Rester libre !
N'oubliez pas de partager.
Commenter cet article