L'appel à la mobilisation lycéenne, qui concernait mercredi plus de 350 établissements en France, s'est étendu aux universités ce jeudi. Affrontements avec les forces de l'ordre, incendies aux abords des établissements, dégradations, transports en commun à l'arrêt...
La situation s'est tendue dans plusieurs villes de France.
Le gouvernement dans l’engrenage d’une mobilisation lycéenne hors de contrôle
Le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, doit recevoir vendredi les associations lycéennes et de parents d’élèves, après dix jours de manifestations aux abords des établissements scolaires, parfois brutalement réprimées par les forces de l’ordre.

Que réclament les organisations lycéennes et les lycéens ?
Les lycéens mobilisés dans les blocus revendiquent plus de moyens humains et financiers pour l’éducation nationale, se plaignent de la pression de Parcoursup, de professeurs non remplacés, de bâtiments délabrés ou encore d’emplois du temps trop chargés.
Inégalités scolaires :
- En 2023, le ministère de l’éducation a dépensé en moyenne 8 550 euros par lycéen dans le public et le privé sous contrat. Dans les régions urbaines comme l’Ile-de France, les dépenses par élève sont plus faibles que les moyennes nationales et la taille souvent plus élevée des lycées se traduit par de moindres taux d’encadrement. En région parisienne, les enseignants sont aussi plus jeunes, et moins rémunérés.
- En plus de ces dotations, les régions, compétentes pour les lycées, ont dépensé en moyenne 3 000 euros par lycée, avec de grandes disparités par région : 2 380 euros en Ile-de-France à 5 830 euros en Guyane.
Professeurs non remplacés :
- Les lycéens mobilisés se plaignent de l’absence de professeurs, parfois dans des matières importantes, comme le français en 1re.
- A la rentrée, il manquait au moins un professeur dans 53 % des collèges et des lycées publics, selon une enquête du syndicat SNES-FSU. « Dans la plupart des cas » il s’agit de « volumes d’heures d’enseignement à couvrir, et non des postes à temps plein non pourvus », avait affirmé le ministère.
- En 2024-2025, 10 % des heures n’ont pas été assurées dans les lycées, selon les statistiques ministérielles. Selon un récent rapport parlementaire, environ 7,5 % des heures d’enseignement ne sont pas assurées à cause du non-remplacement des professeurs dans le second degré.
- « Il faut évidemment tout faire pour les réduire », a réagi mardi le ministre de l’éducation, Edouard Geffray. « Le 100 % de remplacement, c’est quelque chose qui est statistiquement quasiment impossible. Il ne faut pas se mentir non plus. »
Emplois du temps trop chargés :
- Au lycée, les élèves ont entre 26 heures et 29 heures de cours obligatoires hebdomadaires, sans compter les options.
- Les rythmes scolaires reviennent régulièrement dans le débat public, mais des modifications supposent, dans les zones rurales notamment, d’adapter les transports scolaires, à la charge des collectivités.
- La convention des temps de l’enfant a proposé que les cours débutent à 9 heures au lycée et de placer « les apprentissages théoriques le matin, et les apprentissages pratiques l’après-midi ».
Classes surchargées :
- En 2025, il y avait en moyenne 30 élèves par classe au lycée, contre 27 en 2010, selon les données ministérielles.
La pression de Parcoursup :
- Crée en 2018 en remplacement d’APB, Parcoursup est obligatoire pour les lycéens qui veulent postuler à la plupart des formations de l’enseignement supérieur.
- Mais dans les faits, tous n’obtiennent pas de place : en juillet, environ 130 000 élèves étaient sans affectation en juillet, à l’issue de la phase principale. La phase complémentaire est toujours en cours.
- Le processus, que beaucoup qualifient de sélection, est aussi accusé de manquer de transparence, en particulier les algorithmes utilisés par chaque formation.
Rénovation des bâtiments :
- Depuis les canicules de mai et juin notamment, le gouvernement insiste sur les programmes en cours de rénovation des établissements, qui appartiennent aux régions, et non à l’Etat.
- En juin, M. Geffray avait expliqué que « 6 200 projets étaient soutenus d’une manière ou d’une autre, soit par le fonds vert, soit par EduRénov », deux dispositifs publics de rénovation énergétique des bâtiments.
- Aucune cartographie des établissements scolaires selon leur performance énergétique n’existe. Le ministère a affirmé qu’elle était en cours de réalisation.
Interdiction de manifester autour des établissements fermés,
vendredi, annonce le ministère de l’intérieur
Tous les préfets ont pris, jeudi soir, des arrêtés d’interdiction de manifester vendredi aux abords des lycées fermés ce jour-là, en réponse à un mouvement de blocage des établissements émaillé de violences, a appris l’Agence France-Presse (AFP) auprès du ministère de l’intérieur.
Ainsi, le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a interdit les rassemblements aux abords de 13 lycées parisiens fermés vendredi, dont les noms ont été énumérés dans l’arrêté. Dans tous les départements, la même consigne a été donnée, a ajouté le ministère de l’Intérieur.
- C’est un premier recul de l’exécutif : il a décidé d’annuler la mesure budgétaire qui prévoyait, pour les étudiants non boursiers, de faire payer 178 euros l’inscription en BTS, et 270 euros celle dans les classes préparatoires aux grandes écoles, selon le projet de loi de finances. « Nous retirons cette mesure », a annoncé Edouard Geffray.
1 793 gardes à vue depuis lundi, annonce la Chancellerie
Mineur de 14 ans blessé à Saint-Ouen-l’Aumône : le Défenseur des droits annonce se saisir
Ce jeune de 14 ans a « une double fracture de la mâchoire, toutes les dents cassées en haut et un bon nombre de dents cassées en bas » et, hospitalisé, il doit subir « une intervention extrêmement lourde », a précisé son avocate, Elsa Marcel. « Il a cru mourir » : son client se tenait « isolé » et a été « pris à partie par des policiers, qui l[’ont] frapp[é] », avant qu’un policier « lui tire dans la tête à un mètre de distance », a-t-elle détaillé.
Jeune blessé lors du blocage des lycées : le Défenseur des droits se saisit
Le Défenseur des droits s'est saisi après qu'un mineur a été blessé lundi lors du mouvement de blocage des lycéens à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise), a indiqué l'institution jeudi, des faits sur lesquels enquête l'IGPN, la « police des polices ».
Cette autosaisine du Défenseur des droits conduit à l'ouverture d'une enquête menée par cette autorité administrative indépendante. Ce jeune de 14 ans a « une double fracture de la mâchoire, toutes les dents cassées en haut et un bon nombre de dents cassées en bas » et, hospitalisé, il doit subir « une intervention extrêmement lourde », a précisé son avocate, Me Elsa Marcel
Entre 150 et 200 étudiants réunis place de la
République, à Paris
Place de la République, depuis 17 h 30, entre 150 et 200 étudiants se rassemblent sous les drapeaux notamment de l’UNEF, de La France insoumise, de la CGT et de FO. Ils estiment qu’il est impératif d’imposer le débat sur la jeunesse.
« Sans passer par des blocages, on n’y parviendrait pas, alors oui, nous bloquons nos facs, explique Mohamed, étudiant en licence de sciences sociales à l’université Paris Cité. Les étudiants comme les lycéens se mobilisent face aux attaques du service public, ils se battent pour que l’école puisse rester gratuite, laïque et obligatoire pour tous les élèves, que l’école puisse continuer à garantir une égalité des chances pour toutes et tous. Mais aussi parce qu’il n’est absolument pas normal que des étudiants doivent se poser la question de savoir s’ils vont manger ce midi ou ce soir, ou qu’ils se demandent, à partir du 20 du mois, s’ils pourront payer le loyer du mois suivant. »
Tous les lycées du Havre seront fermés vendredi
Édouard Philippe annonce devant la presse que tous les lycées du Havre seront fermés ce vendredi en raison du mouvement de protestation lycéen. « Au Havre, les lycées demain seront fermés, c’est une mesure de précaution et c’est une mesure dont chacun comprend bien qu’elle a des impacts considérables sur l’éducation de nos enfants », affirme le maire de la ville et candidat à l'élection présidentielle.
Tensions à Marseille, une quarantaine d'établissements en distanciel vendredi
Une quarantaine de lycées des Bouches-du-Rhône assureront leurs cours à distance vendredi après une journée de jeudi émaillée d'incidents, notamment à Marseille, lors d'une nouvelle mobilisation lycéenne, a indiqué le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. « Le distanciel va au moins couvrir les prochains jours et au moins demain. Après, nous nous adapterons », a déclaré à la presse le préfet Jacques Witkowski.
Il a précisé que les actions lycéennes de jeudi avaient entraîné le blocage de 43 établissements sur les 144 que compte le département et mobilisé quelque 5.000 personnes. Soixante-huit personnes ont été interpellées « essentiellement pour des violences ».
« 900 actions » recensées jeudi en France, selon une source sécuritaire

Le nombre de blocages ou incidents autour du mouvement des lycées (blocages, incidents, etc.) s'est accru pour atteindre jeudi le chiffre de « 900 actions » recensées sur tout le territoire français, a-t-on appris jeudi de source sécuritaire.
Tous les départements sont concernés désormais et les services ont constaté depuis mercredi « une accentuation » du phénomène, « une bascule avec un changement de discours, plus radical » et « des violences urbaines aux abords des lycées », a-t-on ajouté de même source.
Un « plan particulier de mise en sûreté » activé dans certains établissements scolaires de Toulouse
Le maire de la ville, Jean-Luc Moudenc, a annoncé sur X la mise en place de ce dispositif afin de faire face à « cette situation de désordre et de violence, (…) non seulement choquante, mais totalement inacceptable ».
« La colère, les revendications, le désaccord : tout cela peut s’exprimer. Mais s’en prendre à une école, mettre en danger des enfants et tirer des mortiers sur des policiers, ce n’est plus « faire entendre sa voix » », a condamné l'édile.
Le mouvement s'étend en Belgique
Plusieurs établissements scolaires de Liège, en Belgique, ont été la cible de manifestations de colère et de dégradations, a indiqué la police. Sur le réseau social X, le ministre belge de l'Intérieur Bernard Quintin a accusé « une minorité d'activistes » d'« instaurer le chaos » dans l'enseignement, après ce que la police a décrit comme un « mouvement spontané » dans au moins cinq établissements.
Le ministre de l'Éducation demande que les cours soient assurés « à distance » lorsque les blocus empêchent l'accueil des élèves

« J’ai demandé que les cours soient assurés à distance lorsque des dégradations ou des blocus empêchent l’accueil des élèves en toute sécurité », a annoncé sur X Édouard Geffray. « Ces décisions seront prises au cas par cas par les chefs d’établissement, en lien avec les autorités académiques », a-t-il précisé.
Il a qualifié les violences aux abords des lycées depuis ce matin « d'une extrême gravité ». « Elles dépassent largement la seule question de l’École. Aucune revendication ne peut justifier de tels actes », a-t-il insisté, appelant à ce que « ceux qui commettent ces violences doivent être poursuivis et sanctionnés ».

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