130 millions d’électeurs radiés : en Inde, la révolte des « cafards » contre Narendra Modi ne faiblit pas
En Inde depuis plusieurs semaines, un mouvement parodique baptisé les « cafards » mobilise les jeunes contre la radiation de 130 millions de noms des listes électorales, accusée de profiter au parti du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi. Le tout sur fond de chômage des moins de 30 ans

Les « cafards » défilent dans les rues depuis deux semaines, que ce soit à Bombay, Bangalore, ou encore à New Delhi ce week-end. Et leurs leaders promettent d’autres mobilisations jusqu’à ce qu’ils obtiennent gain de cause. Le Parti des cafards (CJP), ce mouvement parodique lancé il y a cinq mois par une poignée de jeunes, exige la démission du chef de la Commission électorale et une enquête sur la mise à jour des listes entamée en 2025. Car 130 millions de noms ont été radiés, alors que le formulaire d’inscription complique la procédure d’inscription pour les jeunes.
"Voter est l’un des seuls droits dont on dispose. Si on nous le confisque, on va rester avec ce gouvernement pendant des décennies. Notre avenir est compromis », s’exaspère Aastha, une étudiante de 18 ans venue manifester à New Delhi. Cette révision des listes électorales est en effet accusée de profiter au parti du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014 en Inde.
Des étudiants qui manifestent aussi contre le blocage du marché du travail
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Cette crainte d’un futur bouché pour la génération Z n’est pas nouvelle en Inde. Quand le Parti des cafards a été lancé sur les réseaux sociaux le 16 mai dernier, son instigateur, Abhijeet Dipke, voulait mobiliser les étudiants contre la corruption qui affecte les examens universitaires ainsi que le blocage du marché du travail. D’après la Banque mondiale, le taux de chômage des 15-24 ans a atteint 17,7 % l’an dernier. Nombreux sont ceux qui croupissent dans un emploi précaire, à temps partiel et mal payé. Peu industrialisée, très portée sur les services, la croissance indienne n’est jamais parvenue à offrir assez de débouchés à ses naufragés du système éducatif depuis la libéralisation de l’économie en 1991
Le scandale autour de la révision des listes a accentué la frustration de la jeunesse. Le 23 septembre, le quotidien The Indian Express révélait que deux des trois commissaires à la tête de l’institution électorale avaient alerté quatorze fois en interne sur des irrégularités et des mesures illégales durant la mise à jour des registres. Problème : depuis 2023, le numéro 1 de la Commission est nommé par le président, sur recommandation du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur. Un manque d’indépendance qui exaspère les manifestants. Beaucoup pensent que Narendra Modi cherche à radier les électeurs qui ne votent pas pour son parti de la droite nationaliste hindoue (BJP). Ce dernier rétorque que la Commission fonctionne de manière démocratique.
« Nous avons le même problème en Inde qu’en France, mais c’est bien plus grave »
L’arrestation de 7 000 à 15 000 manifestants dans la capitale samedi 10 octobre, puis l’interdiction faite au CJP d’y défiler à nouveau attisent la colère envers le pouvoir. « Pour un dictateur comme Modi, c’est un problème si les gens descendent dans la rue. Demain, il pourrait bien avoir un problème avec la démocratie et l’abroger », a fustigé Abhijeet Dipke, le leader du mouvement, le 12 octobre.
Chandran, 23 ans, qui est venu protester dans la capitale, a le sentiment d’être dans une impasse. « Les jeunes Français qui sont dans la rue veulent plus de moyens pour l’éducation. Nous avons le même problème en Inde, mais c’est bien plus grave. Toutes les infrastructures de base sont déficientes. On n’est plus sûr de pouvoir voter. Nous n’avons pas d’eau potable au robinet. L’air est pollué. Ici, on ne vit pas. On survit. »
Manifestations en Inde :
des milliers d’arrestations au sein du mouvement des « cafards », porte-parole de la colère de la jeunesse
En Inde, deux chefs du Parti du peuple cafard de nouveau placés en détention
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