Une nouvelle enquête de l’ONG Foodwatch met en cause plusieurs produits consommés quotidiennement en France et en Europe, dont des références des marques Ducros, Taureau Ailé et Lipton, pour la présence de résidus de pesticides interdits dans l’Union européenne.

Sur 64 produits testés dans quatre pays européens (France, Allemagne, Autriche, Pays-Bas), 49 contiennent des résidus de pesticides, dont 27 substances non autorisées dans l’UE, parfois combinées en grand nombre dans un même aliment. En France, 15 produits ont été passés au crible : 12 d’entre eux présentent des résidus de pesticides interdits, selon Foodwatch.
L’ONG y voit le symptôme d’un « commerce toxique » rendu possible par le décalage entre les interdictions européennes d’usage et la poursuite de la production et de l’exportation de certains pesticides vers des pays tiers.
Des marques grand public épinglées
L’enquête de Foodwatch cite nommément plusieurs marques présentes en grandes surfaces en France. Parmi les produits testés, l’ONG indique avoir détecté des résidus de pesticides interdits dans du paprika doux moulu Ducros, dans un riz « Le Thaï » de la marque Taureau Ailé, ainsi que dans du thé vert à la menthe Lipton. D’autres références, comme des épices Albert Ménès ou des thés commercialisés sous marques de distributeurs, sont également concernées.
Selon les résultats publiés par Foodwatch, certains produits cumulent un nombre particulièrement élevé de substances. Le cas emblématique est celui d’un paprika doux moulu de la marque Ducros, qui contiendrait 18 résidus de pesticides, dont six interdits. Un riz de la gamme Le Thaï Taureau Ailé présenterait quant à lui de l’anthraquinone à des niveaux dépassant les limites maximales de résidus (LMR) fixées par la réglementation européenne.
Pour appuyer ses révélations, Foodwatch renvoie également à une analyse plus large des données de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), selon laquelle près de 9% des échantillons d’aliments contrôlés dans l’UE contiennent des résidus de pesticides interdits. Les catégories les plus touchées sont les fruits tropicaux, le riz, le thé, le gombo et les épices.


Mettre fin à l’effet « boomerang »
Foodwatch appelle les autorités à réagir rapidement. « Les consommateurs ne devraient jamais retrouver dans leurs assiettes des pesticides que l’Europe a jugés trop dangereux pour être utilisés sur son propre territoire », dénonce l’ONG, qui réclame le rappel immédiat des produits concernés ainsi qu’un renforcement des contrôles aux frontières. Elle critique notamment le projet de règlement dit « Omnibus Food and Feed Safety » (Loi sur la sécurité alimentaire et la sécurité des aliments pour animaux, ndlr), estimant qu’il affaiblirait les évaluations et les contrôles en matière de pesticides.
L’organisation de défense des consommateurs demande une « tolérance zéro » pour les résidus de pesticides interdits, y compris lorsqu’ils proviennent d’importations. Elle plaide aussi pour la fin de la production et de l’exportation depuis l’UE de substances qui ne peuvent plus y être utilisées, afin d’éviter l’effet « boomerang » de ces pesticides qui reviennent dans les assiettes via des produits importés.
Une pétition européenne lancée par Foodwatch vise directement la présidente de la Commission européenne pour obtenir un durcissement du cadre réglementaire.
Réactions des industriels et des autorités en attente
À ce stade, Foodwatch indique avoir informé les autorités nationales compétentes des résultats et demandé des mesures de gestion du risque, notamment des retraits ou rappels ciblés. L’ONG dit également avoir interpellé les marques citées et les distributeurs concernés pour obtenir des explications et connaître les suites qu’ils entendent donner à ces révélations.
Les entreprises mises en cause se réfèrent en général au respect des normes en vigueur et à la conformité des lots au moment de leur mise sur le marché, en attendant les analyses complémentaires des autorités. Dans ce type de situation, les industriels soulignent souvent la complexité des chaînes d’approvisionnement mondialisées et le rôle des contrôles officiels aux frontières, tout en affirmant coopérer avec les services de l’État.
Du côté européen, le débat sur la révision des règles de sécurité alimentaire et sur la gestion des pesticides interdits mais exportés reste ouvert. Les institutions se trouvent sous pression entre, d’un côté, les demandes d’ONG de protection renforcée des consommateurs et, de l’autre, les préoccupations des filières agricoles et agroalimentaires sur les coûts et la faisabilité de nouvelles contraintes.
Avec AFP
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Photo: NELSON ALMEIDA/AFP via Getty Images
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