En septembre, le chef du gouvernement travailliste avait affirmé qu’une carte d’identité numérique obligatoire pour les nationaux et résidents étrangers rendrait « le travail illégal plus difficile » au Royaume-Uni. « Nous devons savoir qui se trouve dans notre pays », avait-il dit.
Lutter contre le travail illégal
Une petite révolution au Royaume-Uni, pays longtemps rétif aux contrôles d’identité et où il n’existe pas de carte d’identité. Pour prouver son identité au quotidien, un Britannique utilise en pratique un passeport, un permis de conduire, ou d’autres justificatifs. Cette annonce avait suscité une forte inquiétude.
Mercredi, le gouvernement est en partie revenu sur ce projet, tout en réaffirmant sa volonté d’empêcher le travail illégal. En septembre, Sir Keir Starmer avait pourtant promis que les migrants « ne pourraient pas travailler au Royaume-Uni » s’ils ne disposaient pas d’une identité numérique, selon
The Telegraph. « Je sais que les travailleurs s’inquiètent du niveau d’immigration illégale dans ce pays. Une frontière sûre et une migration contrôlée sont des exigences légitimes, et ce gouvernement écoute et agit », avait affirmé le Premier ministre lors du lancement du projet.
Carte d’identité ou visa, passeport ?
« Je suis déterminé à rendre plus difficile le travail illégal dans ce pays, et c’est pourquoi des contrôles seront mis en place. Ils seront numériques et obligatoires », a insisté Keir Starmer, interpellé sur le sujet par la cheffe de l’opposition Kemi Badenoch.
Un peu plus tôt, la ministre des Finances Rachel Reeves avait assuré sur la BBC qu’il faudrait « obligatoirement posséder un document d’identité numérique pour pouvoir travailler au Royaume-Uni ».
« La question est maintenant de savoir s’il doit s’agir d’un seul document d’identité, d’une carte d’identité numérique, ou s’il peut s’agir d’un visa électronique ou d’un passeport électronique », a-t-elle poursuivi. « Nous sommes assez souples quant à la forme que cela prendra », a-t-elle dit.
Le 13e revirement de la part du gouvernement travailliste
Il s’agit, selon le quotidien The Times, du 13e revirement de la part du gouvernement travailliste, arrivé au pouvoir en juillet 2024.
Pour les Conservateurs, ce projet était « en passe de devenir une nouvelle expérience coûteuse et mal conçue, abandonnée au premier signe de pression des députés travaillistes ». Cette mesure « était absurde et nous (les conservateurs) sommes ravis de la voir disparaître », a déclaré à la Chambre des communes Kemi Badenoch, en raillant toutefois ce nouveau revirement du gouvernement.
L’équipe de Keir Starmer a dû renoncer ces derniers mois à plusieurs réformes, par exemple son projet de réduction des prestations d’invalidité et de maladie début juillet, après une fronde de nombreux députés de sa majorité.
Les cartes d’identités numériques impopulaires
La création d’une carte d’identité fait débat depuis des années au Royaume-Uni. Cela avait déjà été tenté au début des années 2000, avec une loi présentée par le gouvernement du travailliste Tony Blair, votée en 2006. Mais le texte avait été révoqué en 2011 par son successeur conservateur.
Opposant de longue date à cette mesure qu’il avait déjà combattue sous l’ère Tony Blair, l’ex-ministre conservateur Sir David Davis conteste la pertinence de l’initiative. « Bien que l’identité numérique et les cartes d’identité ressemblent à des solutions modernes et efficaces face à des problèmes comme l’immigration illégale, de telles affirmations sont au mieux trompeuses », a-t-il déclaré selon Skynews. Il soutient par ailleurs que la mise en œuvre de tels dispositifs menace directement les droits citoyens, affirmant que « les systèmes concernés sont profondément dangereux pour la vie privée et les libertés fondamentales du peuple britannique ».
Pour Nigel Farage, du parti anti-immigration Reform UK, l’abandon d’une carte d’identité obligatoire représente « une victoire pour la liberté individuelle contre un gouvernement autoritaire et effroyable ».
En octobre 2025, des milliers de personnes avaient défilé dans les rues de Londres pour s’opposer aux projets du gouvernement concernant l’identité numérique, selon Skynews.
Une pétition en ligne appelant le gouvernement à renoncer au projet a recueilli près de trois millions de signatures, les détracteurs affirmant que ces cartes menaceraient les libertés civiles, rapporte The Telegraph.
Avec AFP
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