La Banque centrale européenne pourrait-elle intervenir si la France ne parvenait plus à contenir ses coûts d’emprunt? Avec un rendement à dix ans évoluant entre 4,70% et 5%, la pression s’accentue. L’institution dispose de trois leviers: reprendre ses réinvestissements - la plus douce, mobiliser son instrument de protection de la transmission ou recourir à un programme assorti d’un ajustement budgétaire - la plus sévère.
Crise de la dette – « La France est dans une crise de la dette et il n’y a aucun suspense sur la façon dont cela se terminera. La BCE interviendra », estime l’économiste Robin Brooks, cité dans cet article du 10 octobre. Cette anticipation n’est toutefois pas une décision annoncée: une intervention resterait conditionnelle, avec des exigences différentes selon le mécanisme retenu.
Réinvestir les remboursements, le levier le moins contraignant
La première option consisterait à interrompre la réduction du portefeuille obligataire de la BCE. Lorsqu’un titre arrive à échéance, l’institution pourrait réutiliser le remboursement pour acheter de nouvelles obligations, plutôt que laisser diminuer ses avoirs. Ce retour sur le marché soutiendrait la demande de dette publique.
D’après
Reuters, dans une analyse publiée le 1er octobre, l’économiste d’ING Carsten Brzeski envisage cette possibilité avant même l’activation d’un dispositif ciblé. Elle permettrait de répondre aux tensions financières sans réserver immédiatement une intervention à la France.
L’effet attendu serait un apaisement des taux dans plusieurs pays européens. Mais cette solution présente une limite: si les rendements français et allemands reculent dans les mêmes proportions, leur écart reste inchangé. Elle pourrait donc détendre les conditions de financement sans effacer la prime de risque propre à la France.
Le TPI, une puissance de feu soumise à des critères
Le deuxième levier est l’instrument de protection de la transmission, ou TPI, créé en 2022. Il autorise des achats d’obligations sur le marché secondaire pour contrer une dégradation injustifiée et désordonnée des conditions de financement. L’objectif est de préserver l’efficacité de la politique monétaire dans toute la zone euro.
En achetant des titres français, la BCE ferait augmenter leur demande et leur prix, ce qui contribuerait à réduire leur rendement. Ce mécanisme puissant n’a encore jamais été utilisé. Son activation dépendrait d’une appréciation du Conseil des gouverneurs, et non du franchissement automatique d’un seuil d’écart avec l’Allemagne.
La France fait néanmoins face à un obstacle: ses difficultés reflètent aussi ses déficits et ses incertitudes politiques. Une procédure de déficit excessif n’exclut pas automatiquement le TPI si les recommandations européennes sont suivies, mais la soutenabilité budgétaire demeure déterminante. Une contagion désordonnée à d’autres économies renforcerait les arguments en faveur d’une intervention.
L’OMT, un soutien accompagné d’un ajustement budgétaire
La troisième option, plus contraignante, serait le programme OMT, consacré aux opérations monétaires sur titres. Contrairement au TPI, ce recours suppose une démarche du pays en difficulté et un cadre d’assistance assorti de conditions. Les achats obligataires s’accompagneraient alors d’engagements budgétaires et de réformes structurelles.
Ce scénario deviendrait pertinent si la défiance des investisseurs provoquait un effondrement de la demande de dette française. L’ajustement nécessaire pourrait peser sur l’activité et l’emploi à court terme. L’objectif serait ensuite de restaurer la confiance et de faire reculer les coûts d’emprunt, sans garantie d’un redressement immédiat. [1290]
Dans l’immédiat, les responsables européens privilégient une réponse nationale. Le 8 octobre, des responsables préparant la réunion de l’Eurogroupe demandaient avant tout l’adoption du budget 2027. La BCE dispose donc de moyens pour contenir une crise financière, mais ceux-ci ne remplacent pas les décisions nécessaires pour stabiliser les finances publiques.
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