Alors que le chancelier allemand Friedrich Merz doit composer avec la débâcle de son parti, la CDU, à deux élections régionales dimanche 20 septembre, les inquiétudes montent également en Europe. Car le chef des conservateurs ressort fragilisé des élections dans le Mecklembourg-Poméranie, deux semaines après la victoire spectaculaire du parti d’extrême droite pro-russe AfD (Alternative pour l’Allemagne ) en Saxe-Anhalt. Une nouvelle confirmation de la tendance observée ces dernières semaines.

Des panneaux électoraux renversés de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) montrant son candidat tête de liste Friedrich Merz gisent au sol avant d’être ramassés au lendemain des élections, le 27 février 2025 à Berlin.
Photo: par JOHN MACDOUGALL/AFP via Getty Images
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Les résultats des élections dans le Mecklembourg-Poméranie et à Berlin fragilisent Friedrich Merz. Les succès de l’AfD, combinés aux défaites de la CDU, devraient contraindre le chancelier à se concentrer davantage sur les affaires domestiques. Il a d’ailleurs annulé son déplacement prévu cette semaine à l’Assemblée générale de l’ONU. Friedrich Merz doit en priorité gérer sa majorité, alors que ses adversaires, notamment l'AfD, annoncent déjà son départ avant la fin de l’année.
Cette nouvelle donne intervient à un moment délicat pour les partenaires européens de l’Allemagne, alors que se profilent des négociations cruciales autour du budget de l’Union européenne pour 2028-2034, dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et les tensions croissantes avec la Russie.
Les scores de l’AfD inquiètent en tout cas à la Commission européenne. « La digue a lâché », estime l’un de ses dirigeants cité par le Monde. « Jusqu’où ira la vague ? », s’interroge-t-il, avant une série d’élections potentiellement lourdes de conséquences en Espagne, en Italie, en Pologne et en France.
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Ces scrutins sont également observés à Moscou. Le Kremlin a réagi lundi 21 septembre par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov : « Nous constatons l’impopularité du gouvernement actuel en Allemagne et le manque de soutien pour sa politique », a-t-il déclaré.
Friedrich Merz a reconnu dimanche soir un « désastre politique », tout en affirmant qu’il n’entendait ni céder sa place ni renoncer aux réformes. Ce lundi 21 septembre, le chancelier a assuré que personne ne l’avait remis en cause au sein des instances dirigeantes de la CDU, rapporte notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut.
« Nous voulons poursuivre le processus de réformes mais nous savons également que nous devons répondre aux peurs et aux inquiétudes de nos concitoyens », a-t-il déclaré.
L’AfD estime au contraire que Friedrich Merz ne tiendra pas jusqu’à la fin de l’année. Sa dirigeante, Alice Weidel, propose une alliance à la CDU : « La CDU ne peut pas continuer ainsi. Nous sommes prêts pour une alliance. Nous devons d’urgence avoir des discussions pour sortir ce pays ensemble de la crise ».
Friedrich Merz n’entend pas répondre à cette offre et estime que l’avenir démocratique de l’Allemagne dépend du maintien de son gouvernement. Il n’a annoncé aucune mesure concrète ce lundi, alors que l’AfD atteint 30 % dans les sondages.
#ALLEMAGNE : Après le séisme de l’AfD, Friedrich Merz plus fragilisé que jamais

Allemagne: large victoire du parti d'extrême droite AfD en Saxe-Anhalt
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Élections régionales en Allemagne : Friedrich Merz sous pression après la poussée de l’AfD
De lourdes défaites électorales dans deux États régionaux le 20 septembre ont mis le chancelier allemand Friedrich Merz et son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), sous pression après une poussée du parti nationaliste Alternative pour l’Allemagne (AfD).
L’AfD confirme son ancrage territorial : le parti nationaliste est devenu la première force politique en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — région de l’ex-RDA —, où il a plus que doublé son score par rapport à 2021. À l’inverse, Berlin a pris le contre-pied en offrant la victoire à la gauche radicale.
Conséquence directe de ce report de voix massif de la CDU vers l’AfD : le chancelier Friedrich Merz, 70 ans, enregistre une cote de popularité au plus bas historique pour un chef de gouvernement allemand.
« La première force dans l’Est de l’Allemagne »
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Dès le lendemain du scrutin, Alice Weidel, coprésidente de l’AfD, a enfoncé le clou sur X : « La CDU ne peut plus continuer ainsi. Avec 10 points d’avance au niveau national et un statut de première force incontestée dans l’Est, nous sommes prêts à négocier pour sortir le pays de la crise. »
Cette fragilisation du chancelier à la tête de la première puissance européenne tombe au plus mauvais moment pour l’UE, déjà à la peine pour maintenir son unité face aux tensions répétées avec Washington.
L’AfD, déjà crédité de 29 % d’intentions de vote à l’échelle nationale, capitalise sur son discours anti-immigration, sa défense de la famille traditionnelle et ses promesses de faire baisser les factures d’énergie grâce au retour du gaz russe bon marché. Après sa victoire en Saxe-Anhalt deux semaines plus tôt, le parti signe son deuxième succès régional d’affilée, prenant une longueur d’avance en vue des fédérales de 2029.
Le « cordon sanitaire » mis à rude épreuve
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Reste un obstacle de taille pour l’AfD : le pouvoir. Les partis traditionnels maintiennent leur « cordon sanitaire » (Feuerwall) et refusent toute alliance avec la formation d’extrême droite. Résultat : bien qu’arrivée en tête dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et troisième à Berlin, l’AfD risque de rester tenue à l’écart des exécutifs régionaux.
Mais la fragmentation du paysage politique rend la quête de majorités de plus en plus ardue dans un pays habitué aux grandes coalitions stables. L’échec précoce de la coalition « feu tricolore » au niveau fédéral, dissoute après moins de trois ans, montre les limites de l’exercice.
Pour bloquer l’AfD, les autres formations doivent improviser :
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Dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le SPD (arrivé deuxième) envisage d’élargir son alliance avec Die Linke en y intégrant les Verts.
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À Berlin, Die Linke, grand vainqueur du scrutin, pourrait former une majorité de travail avec les démocrates-sociaux et les écologistes.
Ces élections se sont déroulées dans un climat social tendu, marqué par l’envolée des prix de l’énergie liée aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que par les vagues de licenciements massifs dans l’industrie. Face au marasme économique, le désamour pour les partis de gouvernement ne cesse de se confirmer.
À Berlin, Die Linke a fait la différence en axant sa campagne sur la crise du logement : promesses de constructions abordables, encadrement strict des loyers, traque aux locations touristiques et même réappropriation publique des logements détenus par les grands groupes immobiliers.
Cette victoire pourrait porter Elif Eralp à la mairie de la capitale. Fille d’immigrés turcs engagés à gauche, elle deviendrait la première édile issue de Die Linke, le parti héritier du SED est-allemand. « Dès aujourd’hui, nous allons transformer Berlin ensemble », a-t-elle lancé à ses militants au soir de la victoire.
Le levier du gaz russe
Au-delà de la rhétorique anti-immigration, l’AfD a séduit en prônant le redémarrage du gazoduc Nord Stream, dont le point d’arrivée se trouve précisément en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Selon l’institut Infratest dimap, le parti y a siphonné 28 000 voix à la CDU et 45 000 au SPD.
Pour la ministre-présidente sortante Manuela Schwesig (SPD), le rejet de l’aide à l’Ukraine et la nostalgie du gaz russe expliquent largement ce basculent vers un parti réputé proche de Moscou. À Berlin, c’est Die Linke qui a tiré son épingle du jeu aux dépens du SPD et des Verts.
Sous le feu des critiques et poussé vers la sortie par une partie de son camp, Friedrich Merz a qualifié ces résultats de « désastre ». En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, zone très rurale, la CDU signe son pire score historique depuis 1949, signe d’une perte de confiance cinglante dans la politique économique du chancelier.
Isolé mais déterminé, Merz a réaffirmé vouloir maintenir le cap des réformes lors d’une allocution télévisée : « Cela va demander du courage, de la constance et de la patience. Ces réformes sont le seul véritable antidote contre le venin autoritaire qui gagne du terrain dans notre société. »
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Allemagne : un an après son élection, comment Friedrich Merz
est devenu le chancelier le plus impopulaire depuis 1949
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