Le ramassage du lait ne s’effectue plus dans les vingt et une fermes de Mayenne qui fournissaient la Fromagerie d’Entrammes. Depuis la cessation d’activité de l’outil de transformation, les éleveurs sont contraints de vider leurs tanks.
« On jette 12.000 litres par jour dans nos fosses depuis une semaine. Et ça peut durer encore longtemps », précise Mélanie Chardron, éleveuse de vaches laitières, au micro de
TF1. Ce volume correspond à la production totale des membres de la coopérative, que personne ne collecte plus depuis la décision de justice.
« Un crève-cœur quotidien »
Samedi 2 mai, des producteurs de la Fromagerie d’Entrammes, liquidée le 27 avril 2026, sont venus soutenir Guillaume Fourmond (3e à gauche) et son épouse Aurore (1re à droite) , qui ont dû jeter le lait de leurs vaches dans le caniveau. | OUEST-FRANCE
Le sentiment de gâchis domine chez les agriculteurs qui voient leur labeur réduit à néant. « C’est un crève-cœur quotidien de voir tout ce lait jeté alors que nous avons travaillé dur pour produire un lait de qualité, respectueux de l’environnement », confie une éleveuse à TF1.
Le tribunal de commerce a scellé le destin de la coopérative Lait Bio du Maine, propriétaire de l’outil de transformation, laissant les producteurs orphelins. « On n’appartient à personne, on est 21 fermes en Mayenne à n’avoir plus du tout de collecteur », déplore David Hay, président de la coopérative, sur France 3.
Cette situation est d’autant plus cruelle que les bêtes exigent une attention constante. « C’est le cycle de la vie, on ne peut pas les arrêter, il faut les traire tous les jours », ajoute David Hay. Pour Mélanie Chardron, l’émotion est vive : « La première fois que j’ai jeté, je pleurais. C’était plus un dégoût de ce qui se passe ». Au total, ce sont 12.000 litres qui disparaissent quotidiennement, un volume que les éleveurs ne peuvent plus stocker ni transformer.
Le mur de la surproduction mondiale
« La surproduction mondiale de lait a tiré les prix vers le bas et ça a fini de mettre la coopérative dans le mur », explique David Hay au micro d’
Ici Mayenne. Ce surplus, inédit depuis dix ans, sature les capacités des autres transformateurs de la région qui refusent de prendre de nouveaux contrats.
Le modèle même de la structure, à la lisière entre l’artisanat fermier et l’industrie, semble avoir atteint ses limites. « Ça devenait très compliqué de concilier les fabrications de fromage et la collecte laitière », précise le président de la coopérative. La fromagerie ne transformait que la moitié de ses volumes, l’autre partie, le « lait de dégagement », devait être revendue sur un marché où l’offre excède désormais largement la demande.
L’appel à la solidarité industrielle
Face à ce désastre économique et humain, les éleveurs se tournent vers les géants du secteur. « L’urgence, c’est que les industriels, très présents en Mayenne, jouent le jeu de la solidarité », exhorte Thibault Audoin, producteur membre de la coopérative, sur TF1. Les éleveurs espèrent obtenir un prix de 50 centimes par litre pour couvrir leurs charges de production, mais aucune proposition concrète n’a encore été signée.
Le désarroi est d’autant plus grand que les pouvoirs publics restent, pour l’heure, silencieux. Malgré des échanges avec la préfecture, aucune aide de l’État ou du ministère de l’Agriculture n’a été proposée. Dans les rayons des magasins locaux, les dernières tommes médaillées et le lait de foin d’Entrammes s’écoulent rapidement, ultimes vestiges d’un savoir-faire qui fabriquait 200 tonnes de fromage au lait cru par an, souligne France 3. Pour les 20 salariés licenciés et les 24 producteurs de la coopérative, l’avenir s’écrit désormais en pointillés, dans l’attente d’un sursaut de la filière.
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