Ils font demi-tour en pleine mer : des méthaniers chargés de gaz se détournent de la France pour l’Asie
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la carte mondiale du gaz naturel liquéfié (GNL) se redessine au détriment de l’Europe et, en particulier, de la France.

Méthaniers – Attirés par des prix bien plus élevés en Asie, plusieurs navires chargés de GNL nigérian et américain ont changé de cap en pleine mer alors qu’ils faisaient route vers des terminaux européens. Cette concurrence accrue risque de renchérir le coût du gaz sur le Vieux Continent, même si Paris assure que la sécurité d’approvisionnement immédiate n’est pas menacée, selon Reuters.
Au moins huit méthaniers initialement attendus en Europe ont été redirigés vers l’Asie ces derniers jours, selon Ouest-France, dans un contexte de tensions extrêmes sur le marché mondial de l’énergie. La fermeture partielle du détroit d’Ormuz et l’arrêt de la production de GNL au Qatar ont provoqué une flambée des cours, poussant les acheteurs asiatiques à surenchérir pour sécuriser des cargaisons de remplacement. L’Europe, de plus en plus dépendante du GNL depuis la réduction des importations russes, se retrouve en première ligne de cette nouvelle bataille des approvisionnements.
Demi-tour des navires : la loi implacable du marché
Les trajectoires des navires illustrent concrètement cette réorientation vers l’Asie. Le méthanier « LNG Port Harcourt-II », chargé de GNL nigérian et appartenant à une filiale de TotalEnergies, devait initialement décharger au terminal de Fos-Cavaou, dans les Bouches-du-Rhône. Il fait désormais route vers le port indien de Dahej, où le gaz pourra être vendu avec une prime significative.
Même scénario pour le « BW Brussels », lui aussi chargé de GNL nigérian : attendu à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), il a opéré un spectaculaire demi-tour dans l’Atlantique avant de contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance pour rejoindre l’océan Indien. Des méthaniers transportant du GNL américain, qui représente une part importante de l’approvisionnement européen, ont adopté la même stratégie, renforçant la pression sur le marché européen.
« Il n’est pas inhabituel de voir des déviations se produire, mais dans ce cas, l’ampleur est assez importante », souligne Laura Page, experte en GNL chez Kpler, citée par la presse britannique. Les analystes décrivent un marché où chaque écart de prix entre indices européens (TTF) et asiatiques (JKM) déclenche des arbitrages rapides, les navires les plus flexibles se dirigeant vers la zone la plus rémunératrice.
L’Asie surenchérit, l’Europe sous tension
L’explication est simple : certains pays asiatiques sont prêts à payer plus cher pour être livrés en priorité, dans un contexte de forte dépendance au gaz pour la production d’électricité et l’industrie. « Les cargaisons ont commencé à être détournées vers l’Asie au cours des derniers jours », observe un analyste d’Energy Aspects, alors que le spread entre les prix asiatiques et européens rend plus lucratives les livraisons vers le Pacifique.
Cette ruée vers le GNL intervient alors que les prix européens ont déjà nettement augmenté depuis le début du conflit, portés par le quasi-blocage du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et les interruptions de production au Qatar. Le TTF néerlandais, référence européenne, a bondi de plus de 50% en quelques jours, ravivant le souvenir de la crise énergétique de 2022. Les stocks de gaz en Europe restent, pour l’instant, à des niveaux jugés gérables, mais seront nettement inférieurs aux moyennes historiques à la fin de l’hiver.
Paris rassure, mais se prépare à une bataille de long terme
À Paris, le gouvernement tente de rassurer sur le court terme. « C’est exactement ce qu’on attendait, c’est la loi du marché. Certains méthaniers sont redirigés vers l’Asie à la demande de pays qui dépendent plus que nous du gaz », a déclaré le ministre de l’Économie, Roland Lescure, en rappelant que la France n’a « aucun enjeu d’approvisionnement avant le printemps ». Il souligne toutefois que la situation pourrait se compliquer lorsque l’Union européenne commencera à remplir ses réserves pour l’hiver prochain.
Les analystes jugent que si les perturbations dans le détroit d’Ormuz devaient se prolonger, l’Europe pourrait faire face à des stocks historiquement bas à l’automne, rendant la reconstitution des réserves beaucoup plus coûteuse. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’UE a réduit ses importations par gazoduc et misé massivement sur le GNL, une ressource plus chère et par nature exposée aux aléas géopolitiques et maritimes.
La multiplication des détournements de méthaniers vers l’Inde et d’autres pays asiatiques apparaît ainsi comme un avertissement : sur un marché mondialisé, la France ne peut plus considérer les cargaisons de GNL comme acquises tant qu’elles n’ont pas accosté dans ses ports. L’hiver prochain se jouera autant sur les quais européens que dans les salles de marché où se négocient, à prix d’or, les cargaisons de gaz.
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