Deux nourrissons sont morts en France après avoir consommé un lait infantile rappelé par Nestlé pour une « possible contamination » par une substance d’origine bactérienne. L’affaire a entraîné des rappels en chaîne chez Nestlé, Lactalis et Danone dans plusieurs pays, alors que l’enquête remonte désormais jusqu’à un ingrédient clé fabriqué en Chine, pays encore marqué par le scandale du lait frelaté de 2008.
Les laits infantiles toxiques et la Chine se retrouvent au centre d’une nouvelle alerte sanitaire. Après la mort de deux nourrissons en France, des rappels massifs ont été lancés par plusieurs géants de l’agroalimentaire. L’enquête pointe une contamination possible par une toxine bactérienne. La piste d’un ingrédient importé relance les interrogations sur les contrôles, la traçabilité, la dépendance et les responsabilités industrielles.
Une toxine dans une huile clé des laits infantiles
La substance suspectée est la céréulide, une toxine produite par certaines bactéries du groupe Bacillus cereus. Elle peut provoquer des nausées, des vomissements et parfois des diarrhées dans les heures suivant l’ingestion, avec des complications possibles chez les personnes vulnérables comme les nourrissons, selon l’AFP.
Dans ce dossier, la toxine ne serait pas liée au lait lui-même, mais à un ingrédient ajouté aux préparations : une huile riche en acide arachidonique (ARA), un acide gras oméga‑6 utilisé pour rapprocher la composition des laits infantiles de celle du lait maternel.
La fiche de rappel de Rappel Conso sur certains laits évoque la « présence potentielle de céréulide dans un ingrédient » fourni par un « fournisseur international ». Autrement dit, la céréulide aurait contaminé cette huile ARA, qui a ensuite été intégrée dans des laits pour bébés.
Une huile fabriquée en Chine dans le viseur
Le groupe Cabio Biotech fournit de nombreux producteurs de lait infantile locaux ou internationaux (Nestlé, Danone, notamment), selon l’AFP. Le groupe Cabio Biotech, connu sous le nom de Jiabiyou en Chine et installé à Wuhan, est l’un des principaux producteurs mondiaux d’ARA, selon
Le Figaro. L’entreprise y mène « des tests et les examens réglementaires », selon la presse chinoise.
« En Chine, la peur du lait infantile contaminé resurgit », écrit
Le Monde, faisant référence au scandale de 2008. Deux enquêtes ont été ouvertes en France après le décès de deux nourrissons ayant consommé un lait Nestlé rappelé pour « possible contamination » par une substance d’origine bactérienne. Si le lien n’est pas formellement établi à ce stade, cette tragédie pourrait être la conséquence d’un incident initialement identifié en Chine, où le fournisseur d’ARA se trouve désormais sous surveillance.
Le spectre du lait à la mélamine de 2008
La référence à la Chine dans le dossier actuel réactive le souvenir d’un scandale sanitaire majeur. En 2008, le pays avait été ébranlé par la découverte de laits infantiles contaminés à la mélamine, un produit chimique normalement utilisé dans les plastiques et les colles, ajouté frauduleusement afin d’augmenter artificiellement la teneur apparente en protéines. Selon
Asialyst, ce scandale avait officiellement entraîné la mort de six nourrissons et rendu malades plus de 300.000 bébés en Chine, provoquant une onde de choc durable dans l’opinion publique.
Les laits incriminés, fabriqués notamment par le groupe Shijiazhuang Sanlu, figuraient parmi les plus consommés par les familles modestes, selon
Les Échos. Malgré les premiers signalements de nourrissons malades, ces produits ont continué à être commercialisés pendant plusieurs mois afin d’éviter qu’un nouveau scandale sanitaire n’éclate au grand jour à la veille de l’ouverture, le 8 août, des Jeux olympiques de Pékin. Des contrôles nationaux ont ensuite révélé la présence de mélamine dans 68 autres marques issues d’une vingtaine d’entreprises différentes, mettant en évidence l’ampleur du phénomène. Face à la gravité de la situation, le gouvernement chinois a ordonné l’arrêt immédiat des ventes de laits maternisés contaminés, tandis que la crise prenait une dimension politique nationale.
Les enquêtes ont mis en lumière de lourds dysfonctionnements et des tentatives de dissimulation. D’après
Le Figaro, Sanlu avait reçu des plaintes dès la fin de l’année 2007 mais n’a alerté les autorités locales qu’à l’été 2008, après avoir tardé à effectuer des tests et conservé leurs résultats. Les autorités locales n’ont, elles-mêmes, prévenu le gouvernement central que plusieurs semaines plus tard. Les autorités chinoises ont limogé la présidente de Sanlu, plusieurs responsables locaux et le patron de l’administration chargée du contrôle qualité.
Qualité sanitaire : l’Europe à l’épreuve de sa dépendance aux fournisseurs chinois
En France, les autorités se veulent rassurantes. « À l’heure où on se parle, il n’y a pas d’alerte scientifique importante », a indiqué vendredi la ministre de la Santé Stéphanie Rist, sans plus de détails, rapporte Le Figaro. De son côté, Nestlé France affirme que « rien n’indique à ce stade de lien entre ces tragiques événements et la consommation de nos produits », alors que deux nourrissons sont décédés après avoir consommé un lait infantile rappelé pour « possible contamination ».
Mais l’hypothèse d’une contamination liée à un produit fabriqué en Chine remet en lumière la responsabilité des groupes européens dans le choix et le contrôle de leurs fournisseurs.
Foodwatch souligne qu’il existe très peu de producteurs d’ARA dans le monde, ce qui crée une forte dépendance des industriels à ces acteurs, dont certains sont basés en Chine. « Cela ne dédouane en aucun cas les géants comme Nestlé et Lactalis de s’assurer de la sécurité sanitaire de leurs produits, du respect des réglementations européennes en matière de traçabilité et d’information aux autorités et aux consommateurs », insiste l’ONG, qui a annoncé le dépôt d’une plainte contre X visant notamment ces entreprises.
Plus largement, le dossier remet sur le devant de la scène la question des contrôles européens sur les produits importés. En 2008 déjà, la France, alors à la tête de l’Union européenne, appelait à « renforcer les contrôles sur les produits alimentaires » venant de Chine, rappelait Le Figaro. L’objectif était de « protéger les consommateurs, en faisant en sorte que les produits entrant en Europe respectent les mêmes normes que celles imposées aux producteurs européens », déclarait alors le ministre de l’Agriculture Michel Barnier. Dix-huit ans plus tard, le rappel mondial de laits infantiles montre que cette problématique demeure, et fait écho aux débats actuels liés au Mercosur.
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