Après plus de vingt-cinq ans de négociations, l'Union européenne a donné son feu vert à l'accord de libre-échange avec le Mercosur vendredi, malgré la colère des agriculteurs et l'opposition de la France.
Pas la fin de l’histoire
Les agriculteurs sur le pied de guerre
Une majorité d’États européens donne le feu vert
Un traité basé sur une concurrence déloyale pour les agriculteurs français
Des garanties de sécurité très fragiles
Des menaces de censure du gouvernement
Accord UE-Mercosur et garanties de protection agricoles : un mirage pour la France ?

Des agriculteurs manifestent contre la ratification de l'accord de partenariat entre l'UE et le Mercosur à l'Arc de Triomphe, le 8 janvier 2026.
Photo: Tom Nicholson/Getty Images
Ce communiqué de l’Élysée intervient en pleine colère paysanne. Partout en France, les agriculteurs manifestent contre les conditions de cet accord. Pour calmer cette fronde, le gouvernement vante les garanties obtenues auprès de la Commission européenne. Pourtant, lors d’une audition à l’Assemblée nationale par la commission des affaires économiques le 4 novembre 2025, Céline Imart, Gilles Pennelle et Arash Saeidi, eurodéputés membres de la commission AGRI du Parlement européen, pointent des failles majeures. Ces élus estiment que les dispositifs de sécurité ne protègent pas réellement les exploitations françaises.
Un « frein d’urgence », une protection jugée factice
L’exécutif français met en avant l’obtention d’une clause de sauvegarde spécifique, un « frein d’urgence ». Ce dispositif permet de rétablir des droits de douane si les prix ou les volumes des produits agricoles importés varient de seulement 5 %. Cette activation pourrait être demandée par un seul État membre ou par des représentants de filières. Cependant, Arash Saeidi, député européen LFI de retour d’une mission d’une semaine au Brésil, rapporte qu’en posant la question de ces clauses lors d’une mission au Brésil, ses interlocuteurs sud-américains « faisaient un petit sourire ».
Ces derniers expliquaient que si cette clause « permet de passer la pilule » pour Emmanuel Macron, elle n’est en réalité qu’une « mesure interne à l’Union européenne qui n’a aucune valeur de l’autre côté de l’Atlantique ». Le député juge ainsi que cette garantie est « uniquement une mesure factice » destinée à la communication interne française. Elle n’aurait aucune valeur contraignante pour les pays du Mercosur qui ne se sentiraient pas engagés par ce mécanisme de défense unilatéral.
L’impossible réciprocité des mesures miroirs
Le second pilier des garanties françaises repose sur les « mesures miroirs ». Elles visent à imposer aux produits importés les mêmes standards en matière de pesticides, d’antibiotiques ou de bien-être animal qu’aux producteurs européens. Pour Gilles Pennelle, député européen RN, cette ambition est déconnectée de la réalité : « 80 % des produits phytosanitaires utilisés au Brésil sont interdits en France. » La distorsion de concurrence est telle qu’un alignement réel paraît illusoire.
Les témoignages de terrain confirment ce scepticisme. Arash Saeidi, de retour d’une mission d’une semaine au Brésil, décrit « des fermes de taille immense » où « les règles sanitaires ne sont pas les mêmes, les règles sociales ne sont absolument pas les mêmes », avec un salaire minimum à seulement « 300 $ ». Il rapporte les propos de producteurs brésiliens : « Nous on utilise de l’hormone et c’est indétectable après, mais c’est légal chez nous. » Dans ces conditions, le député estime que les clauses miroirs sont « totalement inopérantes ».
Le piège du rééquilibrage et de la perte de souveraineté
L’une des failles les plus critiques identifiées par les élus concerne la « clause de rééquilibrage ». Ce mécanisme permet au Mercosur de demander des compensations si une nouvelle norme européenne réduit ses bénéfices économiques. Céline Imart, agricultrice et députée européenne LR, juge cela « extrêmement inquiétant » car les pays du Mercosur pourraient « prétendre à une indemnisation ou à une compensation » pour chaque nouvelle réglementation environnementale ou sanitaire prise par l’UE ou un État membre.
Arash Saeidi dénonce une véritable « perte de souveraineté juridique ». Il affirme que « nous ne pourrons à l’avenir plus légiférer comme on veut dans les domaines environnementaux, dans les domaines sociaux, dans les domaines de la production ». L’Europe se retrouve ainsi contrainte : toute volonté d’améliorer ses propres standards de production pourrait se traduire par une baisse forcée de ses droits de douane ou une hausse des quotas d’importation accordés au Mercosur pour compenser le manque à gagner de ces pays.
Des contrôles sanitaires dénués de sérieux
Pour garantir le respect des règles, l’Élysée annonce un renforcement des contrôles vétérinaires et la création d’une « task force » à la Commission. Une annonce que l’ancien ministre Pierre Lellouche balaie d’un revers de main, dénonçant une improvisation sur CNews. Selon lui, c’est « à la dernière minute qu’on se rend compte qu’il faut des systèmes de protection de nos agriculteurs, et on va inventer des inspecteurs qui vont être dans les ports où vont arriver ces marchandises. Mais tout ça, ce n’est pas sérieux. »
Gilles Pennelle abonde dans ce sens, affirmant que ces contrôles « dans la réalité n’auront pas lieu ». Il juge ces mesures insuffisantes pour empêcher une « concurrence totalement déloyale ». La mise en concurrence de petits éleveurs français, forcés d’investir lourdement pour respecter les normes industrielles et le « Pacte vert », avec les « magma » de l’agrobusiness mondial, crée selon lui une situation qu’aucun contrôle portuaire ne pourra équilibrer.
La PAC sacrifiée ?
La vision de la Politique Agricole Commune (PAC) cristallise les oppositions finales. Pour Gilles Pennelle, l’agriculture n’est plus la priorité de l’Union européenne, qui préfère financer la défense, la santé ou le logement. Il alerte sur une baisse de 24 % des crédits de la PAC pour 2028-2032, le budget français passant de 9 à 7 milliards d’euros. Surtout, il souligne une « mauvaise nouvelle » majeure : « La fin de la sanctuarisation, c’est-à-dire que le budget PAC va être noyé maintenant dans le budget global de l’Union européenne. Et finalement, on en fera ce qu’on voudra. » Cette dilution budgétaire en dit long sur le déclassement de la politique agricole.
Le communiqué de l’Élysée se veut rassurant. Il annonce un complément de 45 milliards d’euros accessible dès 2028, s’ajoutant aux 294 milliards d’euros sanctuarisés pour les aides directes. Grâce à cela, le gouvernement affirme que « la France aura les moyens de garantir le maintien de l’enveloppe actuelle des aides dans son plan national agricole jusqu’en 2034 ». Malgré ces promesses de crédits, le sentiment d’un sacrifice de l’agriculture au profit de l’ouverture commerciale reste au cœur de la colère paysanne.
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