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Maroc, Madagascar, Népal... Pourquoi la "Gen Z" se soulève-t-elle partout dans le monde ?
et si la jeunesse de France s’y mettait aussi…
Protester contre le pouvoir en place, exiger plus de services de santé et d'éducation... La jeunesse a investi la rue dans plusieurs pays à travers le globe ces dernières semaines.

Maroc, Indonésie, Népal, Madagascar… Au premier abord, ces pays n’ont pas grand-chose en commun, et pourtant, ils sont liés par un même fait social : tous ont vu leur jeunesse se soulever pour exiger plus de droits et de libertés.
Cette génération Z, dite « Gen Z », née au tournant des années 2000, veut du changement ou conteste le pouvoir en place, à travers des manifestations et des rassemblements, le plus souvent pacifiques, mais parfois réprimés par la force. Tour d’horizon de ces différents mouvements à travers le globe.
Népal – « Génération Z »
Les soulèvements populaires de la jeunesse répertoriés au mois de septembre se sont calqués sur ce qui s’est passé au Népal. En réponse à un bannissement national des réseaux sociaux par le régime en place, les jeunes ont envahi les rues du pays, dénonçant au passage la corruption et les inégalités.
Mais le 8 septembre, la police a ouvert le feu dans la capitale sur un cortège de plusieurs milliers de jeunes. Au moins 19 manifestants ont été tués et plusieurs centaines d’autres blessés. Le lendemain, des groupes de manifestants sont redescendus dans les rues de Katmandou et incendié ou détruit de nombreux symboles du pouvoir, dont le Parlement.
Très rapidement, le mouvement a réussi à chasser le président népalais du pouvoir après quelques jours seulement de protestations. Selon le dernier bilan officiel, ces deux jours de troubles, les plus graves dans le pays depuis l’abolition de la monarchie en 2008, ont causé la mort d’au moins 73 personnes.
Après ces émeutes, des comptes TikTok et des serveurs Discord avec la mention génération Z se sont multipliés dans d’autres pays du monde, appelant les jeunes à sortir dans les rues pour exiger de meilleures conditions de vie et à se battre pour la démocratie.
Maroc – le collectif « GenZ 212 »
Le collectif de jeunes Marocains « GenZ 212 », récemment créé, a appelé dans la nuit de jeudi 2 octobre à vendredi 3 octobre à la démission du gouvernement du Maroc, après une sixième soirée consécutive de manifestations pour de meilleurs services de santé et d’éducation, marquées mercredi par des violences meurtrières.
« Nous demandons la dissolution du gouvernement actuel pour son échec à protéger les droits constitutionnels des Marocains et à répondre à leurs revendications sociales », a déclaré GenZ 212 dans un communiqué adressé au roi du Maroc, Mohammed VI.
Ces manifestations sociales, inédites pour leur spontanéité et organisées par GenZ 212 depuis samedi 27 septembre, font suite à des protestations qui ont démarré à la mi-septembre dans plusieurs villes après la mort à l’hôpital public d’Agadir de huit femmes enceintes admises pour césariennes.
« Le peuple veut la santé et l’éducation », ont scandé ce jeudi des dizaines de manifestants brandissant des drapeaux marocains au centre de Rabat, la capitale marocaine.
D’autres rassemblements pacifiques ont eu lieu à Casablanca, Marrakech et Agadir, selon la presse locale, impulsés par ce collectif aux fondateurs inconnus, fort de 150 000 membres sur sa page Discord et qui se présente comme un groupe de « jeunes libres » sans affiliation politique. Le groupe se décrit comme un « espace de discussion » sur des questions « comme la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption », et appelle au pacifisme.
« Nous voulons des hôpitaux, pas seulement des stades »
Mais trois personnes ont été tuées par des gendarmes « en légitime défense » alors qu’elles tentaient « de prendre d’assaut » une brigade de gendarmerie dans un village près d’Agadir.
Le royaume, qui coorganisera la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, a engagé de vastes chantiers d’infrastructures : construction de nouveaux stades, extension du réseau à grande vitesse et modernisation de plusieurs aéroports.
« Nous voulons des hôpitaux, pas seulement des stades », ont répété jeudi des jeunes à Rabat, un slogan porté depuis le début de leur mobilisation. Des centaines d’autres ont défilé à Casablanca et Agadir tenant le même discours.
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Madagasacar – « Gen Z »
L’île particulièrement pauvre de l’océan Indien est le théâtre depuis le 25 septembre de manifestations qui réclament désormais le départ du chef de l’Etat, après avoir débuté comme l’expression d’un ras-le-bol contre les coupures incessantes d’eau et d’électricité.
Alors que le chef de l’Etat a prononcé une allocution, la pression de la rue ne faiblit pas, des rassemblements et de nouvelles confrontations avec les forces de l’ordre se déroulant dans la capitale mais aussi plusieurs grande villes de province.
Selon le président, la jeunesse mobilisée depuis le début du mouvement, et regroupée notamment au sein du groupe Gen Z très actif sur les réseaux sociaux, serait manipulée par des acteurs malgaches et étrangers qu’il n’a pas identifiés.
« Des pays et agences ont payé ce mouvement pour m’évincer, pas par des élections, mais par profit, pour prendre le pouvoir comme dans d’autres pays africains », a-t-il assuré. « Notre pays est victime d’une cyberattaque, d’une manipulation de masse », a-t-il dit.
Le chef de l’État n’a pas annoncé la nomination pourtant attendue d’un nouveau Premier ministre, après avoir limogé l’ensemble du gouvernement lundi pour tenter, sans succès, d’apaiser la colère des manifestants.

Indonésie – le drapeau de One Piece
Dans cet archipel de l’océan indien, à l’occasion de la fête de l’indépendance, le drapeau indonésien rouge et blanc flotte partout. Mais des bannières avec une tête de mort surmontée d’un chapeau de paille, issues de l’anime japonais, se sont mis à flotter sur les maisons et les voitures à la mi-août.
Pour beaucoup d’habitants, c’était une manière de faire entendre leur colère à l’encontre du gouvernement du président Prabowo Subianto. Une « provocation », a mis en garde le chef de l’État.
« J’ai hissé le drapeau de One Piece parce que la bannière rouge et blanche est trop sacrée pour être hissée dans ce pays corrompu », a exprimé Khariq Anhar, étudiant.
Même si « la liberté d’expression existe en Indonésie, elle est très limitée. Exprimer son opinion est de plus en plus dangereux », a estimé Khariq Anhar. Mais face à ce mouvement contestataire, le gouvernement a menacé d’interdire le drapeau, allant même jusqu’à perquisitionner des usines de drapeaux.
Avec AFP

De l’Asie à l’Afrique, dans la rue et en ligne, la «Gen Z» est devenue le moteur de la mobilisation contre la corruption, la vie chère et le népotisme. Des revendications qui vont jusqu’à ébranler le pouvoir et provoquer la chute de gouvernements.
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Maroc : «Pour la génération Z, la promesse de liberté, de justice et de dignité n’a pas été tenue»
Nées de revendications sociales, les manifestations de la jeunesse marocaine ont rapidement pris une dimension politique, avec des appels explicites à la chute du gouvernement d’Aziz Akhannouch, observe le sociologue marocain Mehdi Alioua.

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On vous explique les manifestations de la jeunesse qui embrasent le Maroc, à l'initiative du mouvement Gen Z 212
Depuis samedi, des rassemblements ont lieu dans plusieurs villes du pays, pour dénoncer, entre autres, l'état des services publics et le manque de perspectives. La contestation est partie d'un collectif anonyme sur la plateforme Discord.
Des manifestants scandant des slogans devant le Parlement, défilant au cœur d'un quartier commerçant de la capitale Rabat, se frottant aux forces de l'ordre à Inezgane... Pour la cinquième journée consécutive, les jeunes Marocains étaient appelés à manifester, mercredi 1er octobre, pour dénoncer l'état des services publics de la santé ou de l'éducation, et réclamer un meilleur accès au travail. Cette mobilisation, lancée par le collectif en ligne Gen Z 212, avait donné lieu à des rassemblements dans 17 villes mardi, selon le décompte communiqué par l'Association marocaine des droits humains (ADMH) à franceinfo.
Des heurts entre des manifestants et des membres des forces de l'ordre ont par ailleurs éclaté en marge de certains rassemblements. Deux personnes, notamment, ont été abattues mercredi soir alors qu'elles tentaient, en groupe, "de prendre d'assaut" un poste de gendarmerie dans le sud du Maroc, ont annoncé les autorités locales citées par l'agence MAP. Origines sur la plateforme Discord, revendications économiques et sociales... Franceinfo vous explique ce mouvement de la jeunesse marocaine.
Une mobilisation née sur la plateforme Discord
Mardi marquait la quatrième journée consécutive de rassemblements dans plusieurs villes du Maroc, à l'image de Tanger, Rabat ou encore Meknès, d'après l'ADMH. Pour Omar Arbib, un vice-président de l'association, la plupart des manifestants interpellés sont des jeunes âgés de 18 à 22 ans, "des étudiants dans les universités, dans les écoles supérieures d'ingénieurs", dépeint-il.
Les manifestations ont émergé à l'appel d'un collectif anonyme baptisé Gen Z 212, particulièrement actif sur la plateforme de discussion Discord. Un groupe "apparu très récemment" sur plusieurs sites, explique à franceinfo l'un de ses membres, souhaitant rester anonyme. Mercredi après-midi, ses fondateurs et organisateurs n'avaient pas encore été identifiés.
Mais ce mouvement anonyme est de plus en plus suivi : sur Discord, le serveur Gen Z 212 comptait plus de 125 000 membres mercredi après-midi. "Le nom Gen Z fait référence à la génération Z [née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010], le '212' correspond à l'indicatif téléphonique international du Maroc", précise l'un des membres du collectif.
Ce nom rappelle d'autres mouvements portés par la jeunesse ces dernières
semaines, au Népal, en Indonésie ou encore à Madagascar. "Ces jeunes,
qui se réunissent de manière régulière sur Discord, sont inspirés par ce qui se déroule dans le monde", analyse Omar Arbib. "Leur objectif [celui des autres mouvements à l'étranger] n'est pas comme le nôtre", tempère le membre du collectif contacté par franceinfo, évoquant néanmoins la mobilisation des jeunes Népalais.
Une défense du "droit à la santé" et "au travail"
Sur Discord, le serveur Gen Z 212 se présente comme un "espace de discussion", portant sur "des questions qui concernent tous les citoyens, comme la santé, l'éducation et la lutte contre la corruption". Le collectif assure rejeter "la violence" et mener cette mobilisation par "amour de la patrie et du roi", Mohammed VI. Ses principales revendications, selon le membre du groupe interrogé par franceinfo, sont "une forte insatisfaction concernant les services publics essentiels, la santé et l'éducation", "la lutte contre la corruption" et pour une "meilleure gouvernance, la transparence dans l'utilisation des fonds", développe-t-il − évoquant également "l'emploi des jeunes".
"Leurs revendications sociales sont très simples : le droit à la santé, au travail, à la dignité et à l'éducation."
Omar Arbib, vice-président de l'Association marocaine des droits humainsà franceinfo
Un élément déclencheur, d'après Omar Arbib, a été "la situation dramatique à l'hôpital [public] d'Agadir". Huit femmes enceintes y sont mortes en l'espace de quelques jours, à la fin de l'été, après des césariennes. Un épisode également mentionné par le sociologue Mehdi Alioua, interrogé par France 24. La mort dramatique de ces patientes a révélé "un système d'alerte et d'action complètement grippé, entre une médecine publique en crise face à un secteur privé réservé aux plus aisés", expose à la chaîne ce chercheur de l'Institut d’études politiques de l’Université internationale de Rabat.
"Ce parallèle a touché beaucoup de jeunes, d'autant qu'ils voient l'État injecter des milliards dans les stades, alors qu'eux-mêmes, même diplômés, n'ont aucune perspective de vivre dignement."
Mehdi Alioua, sociologueà France 24
En effet, la préparation de la Coupe d'Afrique des nations de football, à la fin de l'année, et d'une partie des matchs de la Coupe du monde en 2030, est au cœur des revendications. "Les stades sont prêts, mais où est l'hôpital ?", "Le stade de la Fédération internationale de football aura un kit de premier secours ! Nos hôpitaux, non !", sont quelques-uns des slogans des manifestants.
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Comme le relève France 24, la rénovation de six stades doit coûter près de 900 millions d'euros, et la construction du futur Grand Stade de Casablanca, 470 millions d'euros, selon la presse marocaine. Des investissements massifs vécus par certains comme une injustice, à l'heure où près de 36% des moins de 24 ans et 19% des diplômés sont au chômage, d'après le Haut-Commissariat au plan marocain. La coalition gouvernementale a réagi, mardi. Elle assure "être à l'écoute et comprendre les revendications sociales" des manifestants, et se dit "prête à y répondre de manière positive et responsable".
Des heurts et de nombreuses arrestations
Plusieurs heurts ont émaillé la mobilisation naissante. D'après des vidéos diffusées par des médias locaux, des violences se sont produites à Béni Mellal, à Aït Amira ou encore à Oujda. Selon Le Monde, plusieurs dizaines de jeunes ont lancé des projectiles vers les forces de l'ordre à Inezgane, près d'Agadir, certains incendiant une pharmacie ainsi qu'une poste. A Marrakech, "des jeunes lançant des pierres sont montés sur des motos", décrit également Omar Arbib, tout en assurant "ne pas penser" qu'ils appartiennent réellement au mouvement initié par Gen Z 212. Le collectif a exprimé son "regret" au regard de ces violences, appelant les manifestants "à respecter le caractère pacifique" de la mobilisation.
Des personnes "ont utilisé des armes blanches, des cocktails Molotov et des pierres", et "pris d'assaut des administrations, des agences bancaires et commerces, qu'ils ont pillés et saccagés", a accusé un porte-parole du ministère de l'Intérieur marocain mercredi, faisant état de 263 blessés "à des degrés divers" dans les rangs des forces de l'ordre, et 23 du côté des protestataires, dont une personne hospitalisée à Oujda.
Selon Le Monde, un jeune Marocain a été grièvement blessé par un fourgon des forces de l'ordre dans cette ville mardi soir. La vidéo de la scène est devenue virale sur les réseaux sociaux, précise le quotidien. L'ADMH, qui suit la réponse des forces de l'ordre à la mobilisation, fait état de plus de 1 400 arrestations de manifestants, précise Omar Arbib. Parmi eux, 409 "ont été placés en garde à vue", précise le ministère de l'Intérieur. Omar Arbib craint de voir l'Etat marocain "passer à une autre vitesse", celle de "la poursuite judiciaire". Contacté par franceinfo, le ministère des Affaires étrangères français n'a pas commenté à ce stade la mobilisation.
A Madagascar, les jeunes de la GenZ « ne veulent plus se laisser faire »

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