Près de vingt ans après l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, la France a renforcé son système de gestion des risques industriels. Mais si les sites sont plus étroitement surveillés, les risques d'accidents ne sont pas nuls pour autant, à l'image de l'incendie qui s'est produit le 26 septembre à l'usine Lubrizol de Rouen.
Quels départements disposent du plus grand nombre de sites "Seveso seuil haut" ?
Habitez-vous dans une zone à risques ?
Voici le classement des départements qui concentrent le plus grand nombre de ces sites.
744 sites Seveso "seuil haut"
en France
1er : Les Bouches-du-Rhône
Les Bouches-du-Rhône sont le département où le nombre de sites à risque est le plus élevé. On compte 41 sites classés "Seveso seuil haut", notamment dans les communes de Fos-sur-Mer et de Martigues. Dans cette dernière, l'explosion d'une cuve de soude sur le site de gaz liquéfié Gazechim a fait un mort en janvier 2011. Dès 2009, le complexe pétrochimique de Lavera à Martigues avait fait la Une des médias pour une série d'incidents qui avaient blessé plusieurs personnes. La plate-forme avait même été arrêtée, ce qui est exceptionnel. La sécurité de ces installations avait alors fait débat. Dans l'ensemble de la région PACA, ce sont 56 sites industriels "seuil haut" qui sont répertoriés, avec de fortes disparités selon les départements.
2e : La Moselle
La Moselle abrite encore de nombreuses industries, dont 40 sites régis par la législation "Seveso", dits de "seuil haut" (notre classement exclut ceux dits "de seuil bas"). Et concentre la majorité de ses installations sur la commune de Saint-Avold, près de la frontière allemande. En juillet 2009, le site Total Petrochemicals France de Carling-Saint-Avold a fait parler de lui : un accident électrique grave a causé la mort de deux personnes et fait six blessés. "L'accident s'est produit au cours d'opérations de redémarrage du vapocraqueur à la suite d'un arrêt lié aux récentes intempéries", expliquait alors l'entreprise dans un communiqué de presse. "Au cours de ces opérations, une unité de production de vapeur a explosé".
3e : La Seine-Maritime
En Seine-Maritime, les sites Seveso ne manquent pas. Troisième en France pour les sites industriels de "seuil haut", au nombre de 38, la zone n'a d'ailleurs pas été épargnée par les accidents industriels. La raffinerie du groupe Total à Gonfreville l'Orcher, a par exemple fait parler d'elle ces dernières années. A une dizaine de kilomètres du Havre, ce site a, entre autres, connu un incendie spectaculaire en septembre 2000, qui a duré plusieurs heures mais n'a finalement pas fait de victime. Des accidents technologiques ont également affecté les sites du Grand-Quevilly, de Notre-Dame-de-Gravenchon ou Montville entre 2009 et 2010... avant l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, le 26 septembre dernier.
4e : Le Nord
Le Nord arrive au pied du podium de ce classement des départements comptant le plus de sites industriels classés "Seveso seuil haut", avec 29 installations. Parmi ces sites à risques, on notera par exemple l'usine Arcelormittal de Dunkerque ou l'entrepôt pétrolier de Valenciennes. Le département n'a pas été épargné par les accidents industriels. En juillet 2009, l'explosion d'un camion-citerne dans la zone de maintenance de la Raffinerie des Flandres de Total, près de Dunkerque, a fait un mort et cinq blessés parmi le personnel présent. Dans cette zone comprenant plusieurs entreprises de pétrochimie, l'émotion était grande. Le site de la Raffinerie des Flandres est depuis en reconversion industrielle.
5e ex-aequo : L'Isère
En Isère, 28 sites industriels "Seveso seuil haut" se répartissent notamment sur les communes de Villette-de-Vienne, Saint-Clair-du-Rhône ou Salaise-sur-Sanne. Elles œuvrent dans les domaines de la chimie pharmaceutique, des engrais ou de l'énergie, maniant des substances comme le chlore ou le pétrole. En septembre 2009, une fuite d'acide chlorhydrique gazeux a touché la plateforme chimique du Pont-de-Claix. Deux employés furent incommodés et un nuage toxique s'est échappé. En janvier 2011, sur le site PCAS de Bourguoin-Jailleu, la tuyauterie en verre au-dessus d'un réacteur s'est brisée sur plusieurs mètres, blessant légèrement un ouvrier. En juin 2015, c'est un attentat qui a visé un site classé Seveso (seuil bas) en Isère, celui de l'entreprise Air Products.
5e ex-aequo : Le Rhône
Le Rhône comptabilise 28 sites industriels "Seveso seuil haut". A Feyzin, Saint-Fons, Villefranche-sur-Saône voire à Lyon, ces sites appartiennent essentiellement aux domaines de l'énergie et de la chimie. L'accident industriel le plus marquant est peut-être celui qui a touché l'entreprise Brenntag Rhône-Alpes à Chassieu, en février 2011. Un feu s'y est déclaré dans un dépôt de produits chimiques sans activité lors des faits. Cette zone de stockage était séparée des produits inflammables, mais les secours ont dû installer un rideau d'eau pour éviter la propagation de l'incendie. L'entreprise est alors implantée dans une zone industrielle entre un aéroport, un centre d'expositions et une autoroute. A 500 mètres d'une aire d'accueil des gens du voyage.
7e : Le Pas-de-Calais
Dans le Pas-de-Calais, on dénombre 22 sites industriels classés "Seveso seuil haut", de Béthune à Calais et de Dainville à Bully-les-Mines. En juillet 2011, un feu s'est déclenché dans une chaudière de l'usine Ineos Nova, spécialisée dans la production de polystyrène et située dans la commune de Wingles. Pas de blessé à déplorer, mais de nombreux pompiers se sont mobilisés sur ce site classé Seveso qui emploie alors plus de 150 personnes. En 2010 déjà, un orage avait entraîné une coupure de courant. Une cuve de styrène, qui ne pouvait donc plus être refroidie électriquement, avait menacé d'exploser. Pour éviter cette catastrophe, le styrène avait été libéré dans l'atmosphère. Des riverains se sont alors plaints de certaines odeurs.
8e ex-aequo : Le Bas-Rhin
Le Bas-Rhin arrive à la 8e place ex-aequo de notre classement, avec 18 sites Seveso seuil haut. Près de la moitié d'entre eux se situent dans la capitale de la région, Strasbourg. Ces installations œuvrent principalement dans les domaines de la chimie et du caoutchouc, mais le département accueille aussi des dépôts de pétrole, produits dérivés ou gaz naturel. En juillet 2008, un feu s'est déclaré à Erstein, dans une entreprise de récupération de matières métalliques, à une centaine de mètres d'un établissement classé Seveso "seuil haut". Si le sinistre a été maîtrisé après deux heures d'intervention, ce sont 1 500 m² de bâtiment qui ont été endommagés.
8e ex-aequo : L'Oise
Le département de l'Oise compte 18 sites industriels classés Seveso dits de "seuil haut". Entre Ribécourt-Dreslincourt, Breuil-le-Sec, Villiers-Saint-Paul ou Lévignen, on trouve des entreprises de fabrication de matières plastiques, de peintures mais également de dépôt de gaz. Entre 2005 et 2007, l'Oise a connu quelques accidents industriels : un incendie chez Cray Valley à Villiers-Saint-Paul, deux feux en 2005 et 2007 dans l'usine Huttenes Albertus à Pont-Sainte-Maxence, une fuite de bichlorure de soufre chez GLC à Catenoy... Si les conséquences de ces événements ont été limitées, ils sont cependant répertoriés par le Bureau d'Analyse des risques et Pollutions Industriels (BARPI).
10e : Le Haut-Rhin
Le Haut-Rhin comptabilise 17 sites Seveso "seuil haut", près de Colmar et de Mulhouse notamment. Pesticides, chimie, entrepôt pétrolier, utilisation du chlore... La palette des activités est, ici aussi, assez diverse. Le sud du Haut-Rhin, classé en zone de sismicité moyenne, accueille une partie de ces installations. Pour la période allant de 2003 à 2008, la Direction Régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement (DRIRE) Alsace notait, concernant les incidents et accidents enregistrés, que "10 sur 31" concernaient les établissements Seveso. Près de 52 % concernaient des incendies ou débuts d'incendie, 10 % sont des émissions toxiques et près de 25 % des pollutions des eaux ou des sols, 8 % des explosions et 6 % des erreurs dans la fabrication.
11e : La Gironde
Autour de Bordeaux, et plus largement en Gironde, on dénombre une quinzaine de sites industriels de type "Seveso seuil haut". A Ambès, Bassens ou Saint-Médard-en-Jalles, voire à Pauillac, dans le Médoc, ces installations manient le caoutchouc, les explosifs, les engrais et autres produits chimiques. En 1999, une violente tempête et de fortes pluies entraînant des inondations ont endommagé la pomperie-incendie d'un dépôt d'hydrocarbures à Bayon-sur-Gironde. Si cet accident n'a pas eu d'impact humain ou environnemental, le Bureau d'analyse des risques et des pollutions industriels (Barpi) soulignera les failles des installations et "la vulnérabilité de certains sites Seveso" face aux inondations.
12e ex-aequo : La Seine-et-Marne
La Seine-et-Marne est le seul département d'Ile-de-France à faire partie des 15 premiers de notre classement. L'un des accidents industriels les plus marquants est probablement celui qui a touché Meaux en mars 2004. Dans l'usine de Cognis, qui fabrique des détergents, une fuite d'acide acrylique a formé un nuage qui s'est dirigé vers la route nationale. Il faudra 15 minutes aux opérateurs pour arrêter l'émission dans l'atmosphère des vapeurs acides. Aux alentours, une trentaine de personnes seront affectées par des maux de gorge ou des irritations des yeux. En 2015, un incendie finalement contenu s'est aussi déclaré sur le site Seveso "seuil haut" de l'usine Brenntag, à Tournan-en-Brie. Depuis, l'entreprise a mis en place de nouvelles mesures de limitation des risques.
12e ex-aequo : Les Pyrénées-Atlantiques
Avec 14 sites Seveso de catégorie "seuil haut", les Pyrénées-Atlantiques sont au coude à coude avec le département de la Seine-et-Marne, à la 12e place de notre classement. En 2008, la DRIRE Aquitaine annonçait avoir mené "plus de quarante inspections" sur les installations Seveso du bassin de Lacq. Durant cette même année, en avril, cette zone du sud-ouest a été marquée, par exemple, par la chute d'un camion transportant du sulfate de carbone, une matière toxique et facilement inflammable, dans un cours d'eau. Une perte de vigilance du chauffeur serait à l'origine de cet accident impliquant une substance dangereuse.
14e : La Haute-Garonne
La Haute-Garonne, un territoire déjà meurtri en 2001 par l'explosion de l'usine AZF à Toulouse (31 morts et 2 500 blessés, le 21 septembre 2001), compte aujourd'hui 12 sites Seveso de seuil haut, dont deux situés à Toulouse-même. Cognis, Esso ou Total sont implantés dans ce département qui se partage notamment entre chimie, gaz et pétrole. Un site pyrotechnique classé Seveso seuil haut, Lacroix Artifices, est également présent dans le département, sur la commune de Sainte-Foy-de-Peyrolières. Ce dernier a été en alerte durant une tempête, en septembre 2004 : le danger a été rapidement écarté, mais un plan d'action a dû être mis en œuvre, notamment pour déplacer des produits pyrotechniques et pour bâcher des bâtiments.
15e ex-aequo : L'Aisne
Ex-aequo avec la Drôme, l'Indre-et-Loire et le Loiret, l'Aisne compte 10 sites classés Seveso seuil haut. C'est dans ce département de la région des Hauts-de-France qu'est survenu l'un des accidents les plus graves des vingt dernières années ayant touché une installation classée Seveso en France. Le 18 juin 2001, une papeterie prend feu à Venizel. Par la suite, une zone de 2,5 km en forme de cône de 30° est mise sous surveillance, en complément d'une interdiction de consommer les productions végétales situées sur cette zone, rapporte Le Monde.
15e ex-aequo : La Drôme
La Drôme fait partie des quatre départements qui ferment la marche des 15 départements les plus dangereux de France en terme de risque industriel. Parmi ce quatuor de départements, l'un se situe en région Auvergne-Rhône-Alpes (la Drôme), l'un dans les Hauts-de-France (l'Aisne), et les deux autres dans le Centre-Val de Loire (le Loiret et l'Indre-et-Loire). Avec les régions Grand-Est et Hauts-de-France, la région Auvergne-Rhône-Alpes fait partie des régions les plus concentrées en usines Seveso Seuil haut, dans un pays où la répartition de ces sites s'avère très disparate.
15e ex-aequo : L'Indre-et-Loire
En région Centre-Val de Loire, le département de l'Indre-et-Loire compte dix sites Seveso "seuil haut". Dans la commune de Saint-Pierre-des-Corps, on en compte même trois : un site de stockage et conditionnement de gaz et deux dépôts pétroliers. Les habitants du département sont nombreux à avoir en mémoire l'épisode du violent incendie et des explosions survenus à l'usine de produits chimiques Protex (devenue Synthron), à Auzouer-en-Touraine. C'était le 8 juin 1988, et la pollution industrielle avait alors privé 200 000 Tourangeaux d'eau potable durant plusieurs jours, rappelle La Nouvelle République.fr.
15e ex-aequo : Le Loiret
Egalement situé en région Centre-Val de Loire, le département du Loiret atteint la barre des 10 sites Seveso "seuil haut". Au cours de la dernière décennie, aucun incident majeur n'est à déplorer dans les sites Seveso du Loiret, bien que des alertes aient eu lieu, comme chez PMC Isochem (synthèse de substances pharmaceutiques), site "seuil haut", en 2018. En juillet 2000, un important incendie avait eu lieu dans la sucrerie distillerie TEREOS, à Artenay. Une centaine de pompiers avait dû combattre les flammes pendant trois jours afin d'éviter que les flammes ne touchent les cuves où était stocké l'alcool.
Départements
les plus dangereux, la suite
Voici les dix départements qui prennent la suite des 15 départements les plus dangereux dans notre classement. Ils possèdent au moins 7 sites Seveso "seuil haut" :
- Loire-Atlantique : 9
- Somme : 9
- Gard : 8
- Ille-et-Vilaine : 8
- Marne : 8
- Aude : 7
- Côte d'Or : 7
- Essonne : 7
- Finistère : 7
- Loir-et-Cher : 7
- Savoie : 7
Méthodologie de notre classement
Seveso
Notre classement a été élaboré à partir des informations fournies par un jeu de données issu de la plateforme Opendatasoft. Les données en question ont été fournies par le ministère de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer en 2016. Les installations nucléaires ne sont pas régis par la directive Seveso et n'entrent donc pas dans notre dossier.
Pour notre classement, nous n'avons pas pris en compte les établissements de "seuil bas", mais uniquement les installations qui sont soumises à autorisation avec servitudes d'utilité publique pour la maîtrise de l'urbanisation, et incluant les sites dits de "seuil haut". Les sites industriels maniant des substances dangereuses sont classés dans ces différentes catégories, notamment en fonction de la nature et du volume des produits maniés.
Les accidents développés dans notre classement sont répertoriés sur le site du Barpi, le Bureau d'analyse des risques et des pollutions industriels.
Seveso, kézako ?
C'est suite au rejet de dioxine sur la commune de Seveso en Italie, en 1976, que les Etats européens ont voulu se doter d'une politique commune pour la prévention des risques industriels majeurs. La première directive Seveso date de 1982, elle "demande aux Etats et aux entreprises d'identifier les risques associés à certaines activités industrielles dangereuses et de prendre les mesures nécessaires pour y faire face". Depuis, une nouvelle impulsion a été donnée à cette législation après la catastrophe d'AZF en septembre 2001. On parle aujourd'hui de directive Seveso II.

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