Rachid M. [pseudonyme] est blogueur. Il vit dans l’est du pays.
Les pauvres sont de plus en plus nombreux en Arabie saoudite et la classe moyenne est en voie de disparition. C’est un secret de polichinelle dans le royaume.
Je n’habite pas à Riyad et je n’ai donc jamais visité le quartier d’Al Jaradiya mais dans l’est du pays où je vis, il y a beau y avoir de nombreux puits de pétrole, on trouve aussi des quartiers bien plus pauvres que ce que Firas donne à voir dans son programme. Comparer certaines zones très pauvres d’Arabie saoudite avec la Somalie [comme le fait Firas au début de son reportage] n’est pas dénué de sens, car certaines personnes vivent dans des conditions vraiment déplorables, et dorment à même le sol ou sous des tentes.
La première fois que ce problème de pauvreté a été reconnu officiellement, c’était lors d’une visite qu’Ali Al-Namla, l’ancien ministre des Affaires sociales, avait effectuée dans le quartier d’Al Shamishi, à Riyad, en novembre 2002. Il était alors accompagné du roi Abdallah, à l’époque où il était encore prince héritier. Les images avaient été diffusées par les médias officiels. Les autorités avaient alors décidé de créer une caisse de solidarité nationale. Mais visiblement ça n’a pas empêché la pauvreté de se répandre. Les richesses sont très mal partagées dans notre pays et la corruption est aussi trop présente. [L’Arabie saoudite était 50e en 2010 au classement IPC [Indice de perception de la corruption de Transparency International].
La manière avec laquelle les médias officiels traitent la question demeure très superficielle, ils présentent la pauvreté comme s’il s’agissait de quelques cas isolés et non d’un véritable fléau, d’autant plus choquant qu’il a lieu dans un pays pétrolier.
Le gouvernement donne des aides aux familles les plus pauvres mais elles sont très symboliques et ne leur permettent pas de subvenir à leurs besoins. Sans parler de toutes les démarches administratives qu’il faut faire pour en bénéficier. Par ailleurs, c
es aides ne sont allouées qu’aux personnes n’ayant aucun revenu. Certains pères de familles ont beau être très mal payés, ils n’en bénéficient donc pas.
"On pense qu’ils ont été arrêtés pour avoir détourné un slogan utilisé pour rendre hommage au roi"
Il existe différentes explications sur les motifs de ces arrestations. Selon le blogueur Saudi Jeans, il est possible que les autorités n’aient pas apprécié que la vidéo soit diffusée par une chaîne d’opposition installée à l’étranger. D’autres considèrent qu’elles n’ont pas apprécié le ton direct de la vidéo. Mais la plus répandue aujourd’hui veut que ce soit le détournement de la formule usuelle: "Nous allons bien, qu’il en soit de même pour vous" que les Saoudiens utilisent habituellement pour rendre hommage à leur roi, qui ait particulièrement déplu. [Au début du reportage, plusieurs Saoudiens, installés dans de belles voitures disent "Nous allons bien", puis un petit garçon du quartier d’Al Jaradiya dit "Nous n’allons pas bien"]
D’autres pensent que l’objectif était de faire peur à la jeunesse saoudienne qui utilise de plus en plus les nouvelles technologies pour s’exprimer et qui se montre aussi de plus en plus audacieuse dans ses critiques, au point de dépasser parfois les limites imposées par les autorités."
Après sa libération Firas a posté cette photo de lui sur Twitter.
source : observers.france24
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