Dans la nuit de lundi 29 à mardi 30 juin, le Sénat a adopté un amendement à la loi d’urgence agricole permettant la réintroduction dérogatoire de deux insecticides interdits en France, l’acétamipride et le flupyradifurone, mais encore autorisés dans plusieurs pays de l’Union européenne.
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Insecticides interdits en France – Le vote, acquis par 183 voix contre 129, est intervenu contre l’avis du gouvernement, ravivant un débat sensible à l’interface entre souveraineté alimentaire et protection de la biodiversité.
Cette disposition, inspirée de la précédente « loi Duplomb » partiellement censurée par le Conseil constitutionnel en août 2025, s’inscrit dans un texte plus large censé répondre à la crise agricole de 2024 en simplifiant les contraintes pesant sur les exploitants et en soutenant certaines filières jugées en danger.
Elle pourrait bénéficier notamment aux producteurs de betteraves sucrières, de noisettes et d’endives, confrontés à des attaques parasitaires et à une concurrence européenne où ces molécules restent disponibles.
Une réintroduction encadrée dans la loi d’urgence agricole
Selon le texte adopté au Palais du Luxembourg, l’acétamipride et le flupyradifurone pourraient être à nouveau utilisés à titre dérogatoire et pour une durée limitée. Pour la filière betterave, la loi prévoit une dérogation d’un an, renouvelable deux fois, permettant l’enrobage des semences avec du flupyradifurone, ainsi que la pulvérisation des deux substances si le traitement initial ne suffit pas, selon Public Sénat.
Les conditions d’emploi doivent être précisées par décret, avec l’engagement des filières concernées dans des plans de recherche d’alternatives moins nocives. Les sénateurs à l’origine de la mesure affirment vouloir « mettre fin aux surréglementations françaises » en matière de produits phytosanitaires, estimant que la France se pénalise face à des voisins qui continuent d’autoriser ces molécules.
Pour le rapporteur Laurent Duplomb (LR), qui porte depuis plusieurs années ce dossier, l’objectif est « d’éviter la disparition de certaines filières agricoles » en alignant le cadre français sur les standards européens, tout en encadrant l’usage des produits, selon LCP.
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Les arguments des défenseurs : compétitivité et souveraineté alimentaire
À droite et au centre, les partisans de la réintroduction mettent en avant les pertes de rendement et la fragilisation des exploitations depuis l’interdiction de ces néonicotinoïdes. Déjà en 2025, des élus soulignaient que « des produits interdits en France sont encore autorisés ailleurs en Europe », dénonçant une situation où les agriculteurs français devraient « se tirer une balle dans le pied pour notre souveraineté alimentaire ».
Les soutiens à la mesure insistent sur le caractère « dérogatoire » et « exceptionnel » des autorisations, limitées à certaines cultures et assorties d’obligations de recherche d’alternatives. Ils estiment que l’encadrement juridique proposé permet de concilier la nécessité de protéger les pollinisateurs et la compétitivité des filières, en attendant des solutions techniques pleinement satisfaisantes.
Pour ses défenseurs, la loi d’urgence agricole doit plus largement « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », dans un contexte de tensions sociales fortes et de mobilisation des campagnes.
Les mises en garde des opposants et des ONG environnementales
À gauche et dans le monde associatif, la décision est jugée comme « un retour en arrière inacceptable », avec la crainte d’effets durables sur les pollinisateurs et la biodiversité. L’acétamipride, interdit en France depuis 2018, fait l’objet d’une vigilance accrue des agences sanitaires européennes, qui ont récemment abaissé la dose acceptable et soulignent des risques de neurotoxicité pour certaines espèces animales, selon RTL.

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La source est LA
Les associations environnementales rappellent que les néonicotinoïdes sont au cœur des inquiétudes sur la mortalité des abeilles et la dégradation des écosystèmes, et redoutent qu’une dérogation « temporaire » ne devienne de facto durable. Elles critiquent également le signal politique envoyé au lendemain de la censure partielle de la loi Duplomb, estimant que le Sénat contourne l’esprit de la décision du Conseil constitutionnel.
Pour les opposants, la priorité devrait aller à l’accélération des recherches agronomiques et à la diversification des cultures, plutôt qu’à la réintroduction de molécules dont la toxicité pour l’environnement reste débattue.
Une suite législative encore incertaine
Le texte d’urgence agricole poursuit cette semaine son examen au Sénat avant un vote sur l’ensemble, puis une navette parlementaire avec l’Assemblée nationale et une éventuelle commission mixte paritaire pour aboutir à une version commune. Le gouvernement, opposé à la réautorisation des deux insecticides, pourrait chercher à modifier ou supprimer la disposition lors de la suite de la procédure.
En fonction des arbitrages politiques et des avis des autorités sanitaires, l’application concrète des dérogations pourrait encore évoluer, notamment sur la durée et le périmètre des cultures concernées. Le débat sur l’équilibre entre souveraineté alimentaire, compétitivité des exploitations et protection de la biodiversité est donc loin d’être clos au Parlement comme dans les territoires ruraux.
Avec AFP


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