Transparence des contrats vaccins Covid-19 – Les contrats de plusieurs milliards d’euros de l’Union européenne relatifs aux vaccins contre la Covid-19 sont de nouveau soumis à la juridiction européenne.
Au cœur du litige se trouve la question de la transparence de la Commission européenne lors de ses négociations avec les entreprises pharmaceutiques pendant la pandémie de Covid-19 et des informations qui doivent être rendues publiques.
Depuis des années, plusieurs députés européens et des particuliers accusent la Commission d’avoir dissimulé des détails cruciaux concernant ces contrats. Aujourd’hui, la Commission européenne subit un nouveau revers juridique dans cette affaire.
L’avocat général Athanasios Rantos a recommandé à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de rejeter les pourvois de la Commission contre les décisions antérieures et de confirmer les arrêts des juridictions inférieures.
Bien que les juges de la CJUE ne soient pas liés par cette recommandation, ils s’appuient fréquemment sur l’avis de leurs avocats généraux. Un arrêt définitif est attendu dans les prochains mois.
Cela menace la Commission, présidée par Ursula von der Leyen, d’une nouvelle défaite dans le conflit qui dure depuis des années sur la transparence des contrats de vaccins de plusieurs milliards de dollars conclus pendant la pandémie de Covid-19.
Des contrats de plusieurs milliards de dollars pendant la pandémie
Au cœur de cette procédure se trouvent les contrats conclus par la Commission européenne avec plusieurs entreprises pharmaceutiques en 2020 et 2021 pour l’achat de vaccins contre la Covid-19. À cette époque, l’Union européenne avait mis en place un mécanisme d’achat centralisé afin de garantir à tous les États membres un accès aussi rapide et équitable que possible aux vaccins.
Une équipe conjointe de fonctionnaires de la Commission et d’experts des États membres avait été chargée des négociations.
Les entreprises contractantes étaient Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca, Johnson & Johnson, CureVac, Sanofi-GSK et Novavax.

- Mark McClellan À gauche, l’ancien commissaire de la FDA chargé de réglementer Johnson & Johnson. À droite, un membre actuel du conseil d’administration de Johnson & Johnson.
- Scott Gottlieb À gauche, l’ancien commissaire de la FDA chargé de réglementer Pfizer. À droite, un membre actuel du conseil d’administration de Pfizer.
- Stephen Hahn À gauche, l’ancien commissaire de la FDA chargé de réglementer Moderna. À droite, l’actuel directeur médical de Flagship Pioneering – la société de capital-risque à l’origine de Moderna.
- James C. Smith À gauche, le PDG de Reuters chargé d’informer les gens sur les vaccins COVID-19. À droite, un membre actuel du conseil d’administration de Pfizer.
- Anthony Fauci À gauche, le directeur du NIAID (Institut National des Allergies et Maladies Infectieuses), qui dépend des National Institutes of Health. À droite, le bailleur de fonds de la recherche sur les armes biologiques sur le gain de fonction des coronavirus de chauve-souris à l’Institut de virologie de Wuhan.
Lors de la publication ultérieure des contrats, de nombreux passages avaient été expurgés. En particulier, les noms des membres de l’équipe de négociation conjointe et les clauses contractuelles relatives aux éventuelles indemnisations des entreprises pharmaceutiques avaient été modifiés.
La Commission a justifié ces omissions par la protection des données personnelles et les intérêts commerciaux des entreprises concernées.
L’intérêt public à la transparence
L’avocat général Rantos, cependant, n’adhère que partiellement à ce raisonnement. Dans ses conclusions, il souligne l’intérêt public particulier que revêt la transparence dans les négociations relatives aux contrats de vaccination.
La Cour de justice de l’Union européenne a jugé à juste titre que la transparence du processus de négociation des accords sur les vaccins contre la Covid-19 constitue un objectif spécifique d’intérêt public.
Selon l’avocat général, les déclarations anonymisées de conflits d’intérêts potentiels ne permettent pas de vérifier efficacement l’impartialité des négociateurs. Le public doit pouvoir identifier les participants aux négociations afin d’évaluer les conflits d’intérêts potentiels.
Les documents simplement expurgés ou anonymisés ne répondent pas à cette exigence.
L’avocat général s’oppose également à la position de la Commission concernant les clauses d’indemnisation expurgées. Il soutient que la Commission n’a pas suffisamment démontré que la publication des éléments contractuels pertinents nuirait réellement aux intérêts commerciaux des entreprises pharmaceutiques.
Il soutient en outre que les clauses en question ne régissent pas les conditions de la responsabilité des entreprises envers les tiers lésés. Elles concernent exclusivement les mécanismes de remboursement possibles entre les États membres et les fabricants en cas de responsabilité établie.
Dès lors, la crainte de préjudices économiques liés à la divulgation de ces informations n’est pas suffisamment justifiée.
Poursuites judiciaires contre l’accès restreint aux documents
La procédure a été déclenchée par des recours déposés par des députés européens et des particuliers. Ces derniers avaient déjà demandé l’accès aux contrats et autres documents en 2021.
Selon leurs propres déclarations, ils souhaitaient comprendre les termes de ces accords de plusieurs milliards d’euros et vérifier si l’intérêt public avait été suffisamment protégé.
La Commission européenne n’a toutefois accordé aux requérants qu’un accès partiel aux documents. Ces derniers ont formé un recours contre cette décision devant le Tribunal de l’Union européenne.
En juillet 2024, le Tribunal leur a donné raison sur des points essentiels et a déclaré illégales certaines décisions de la Commission. Selon le Tribunal, l’accès accordé était insuffisant.
La Commission s’est ensuite pourvue devant la Cour de justice de l’Union européenne. Dans ses conclusions, l’avocat général Rantos recommande désormais le rejet de ces pourvois et la confirmation des arrêts de la juridiction inférieure. Il critique le fait que la position de la Commission sur les deux points litigieux ne permette pas une transparence suffisante.
Deuxième différend sur la transparence concernant les accords relatifs aux vaccins
La recommandation actuelle est également délicate pour la Commission européenne car elle est liée à un autre litige juridique concernant la transparence de l’acquisition du vaccin contre la Covid-19.
En effet, en mai 2025, la Cour de justice de l’Union européenne a invalidé la décision de la Commission de refuser l’accès aux SMS échangés entre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et le PDG de Pfizer, Albert Bourla.
Le New York Times et la journaliste Matina Stevis avaient demandé la publication de ces messages, qui seraient liés au contrat portant sur un maximum de 1,8 milliard de doses de vaccin.
La Commission avait déclaré ne pas être en possession des messages demandés.
Toutefois, le tribunal a estimé que l’autorité n’avait pas fourni d’explication plausible quant à l’indisponibilité des SMS et n’avait pas suffisamment précisé où ils se trouvaient. Cette décision a été perçue comme un nouveau revers pour la Commission dans sa gestion des demandes de transparence.
Suite aux dernières conclusions de l’avocat général Rantos, la Commission se retrouve une fois de plus sous pression. Depuis des années, Bruxelles est accusée de ne pas avoir suffisamment documenté les accords de plusieurs milliards d’euros relatifs aux vaccins.
La Commission rejette ces accusations, soulignant que la pandémie de coronavirus imposait des délais extrêmement serrés.
Suite à la publication de cet avis, la Commission européenne a indiqué avoir pris note de la position de l’avocat général. Elle n’a pas souhaité commenter l’issue de la procédure d’appel en cours avant que la Cour de justice de l’Union européenne n’ait rendu son arrêt.
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