Liberté d’expression – Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, constate des pressions sur les libertés démocratiques. Dans une note publiée par son bureau le mercredi 15 avril, il critique vivement la situation des droits de l’homme en Allemagne.
Cette publication fait suite à une visite de l’Irlandais en Allemagne en octobre dernier. Outre la liberté d’expression et de réunion, il y aborde également les efforts déployés pour lutter contre le racisme, l’antisémitisme et la discrimination.
Le
Conseil de l’Europe est une organisation indépendante qui compte 46 membres, basée à Strasbourg, et qui œuvre depuis 1949 à la promotion de l’état de droit, des droits de l’homme et de la démocratie en Europe. Son organe le plus important est la Cour européenne des droits de l’homme.
La visite de M. O’Flaherty en Allemagne fin 2025 s’est déroulée dans un contexte de manifestations liées à la guerre dans la bande de Gaza. Il a rencontré des membres du gouvernement allemand, notamment le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt et la ministre de la Justice Stefanie Hubig, ainsi que de nombreux responsables gouvernementaux et militants des droits de l’homme.
Ne réprimez pas les critiques légitimes d’Israël, exhorte M. O’Flaherty
Dans son
mémorandum, le commissaire du Conseil de l’Europe critique ce qu’il appelle « la réduction drastique de l’espace civique » en Allemagne. Selon ses observations, la liberté de réunion fait l’objet de restrictions injustifiées. Il note également que
la police recourt parfois à une force excessive lors des manifestations. L’Allemagne doit donc garantir pleinement le droit à la réunion pacifique et à la liberté d’expression pour tous.
M. O’Flaherty s’intéresse particulièrement aux manifestations pro-palestiniennes. Il met en garde contre les restrictions disproportionnées à la liberté d’expression.
Le commissaire du Conseil de l’Europe souligne la nécessité de distinguer la critique légitime des politiques israéliennes de l’antisémitisme. Il rejette toute interdiction générale des slogans, symboles ou autres formes d’expression. Il recommande plutôt aux autorités allemandes de prendre chaque décision relative aux restrictions des droits de l’homme au cas par cas.
L’interprétation de la définition de travail
Michael O’Flaherty a également souligné que l’Allemagne devait veiller à ce que la
définition de travail d’
antisémitisme de l’IHRA ne soit ni déformée ni mal appliquée pour réprimer la liberté d’expression ou les critiques légitimes des politiques israéliennes.
L’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) est une organisation intergouvernementale dont le siège est à Berlin, qui se consacre à la mémoire de l’Holocauste, à la lutte contre l’antisémitisme et à la promotion de l’éducation et de la recherche sur ce sujet. En 2016, l’assemblée plénière de l’IHRA a adopté une « définition de travail de l’antisémitisme » non contraignante. Elle stipule : « L’antisémitisme est une perception particulière des Juifs qui peut s’exprimer par de la haine envers les Juifs. L’antisémitisme se manifeste par des paroles ou des actes dirigés contre des personnes juives ou non juives et/ou leurs biens, ainsi que contre les institutions communautaires juives ou les institutions religieuses. »
Le commissaire du Conseil de l’Europe a souligné que le gouvernement fédéral allemand avait ajouté un complément à cette définition de travail en 2017. Celui-ci stipule : « En outre, l’État d’Israël, considéré comme une collectivité juive, peut également être la cible de telles attaques. »
Bien que cette définition de travail ne soit pas juridiquement contraignante, elle a été communiquée à toutes les agences fédérales du pays. Dans les faits, elle sert de cadre d’interprétation de référence à toutes les institutions publiques en Allemagne, y compris les établissements d’éducation civique, les lieux de mémoire et les programmes financés par des fonds publics, ainsi qu’à la formation et au travail des services fédéraux d’application de la loi et de sécurité.
M. O’Flaherty écrit que la définition de travail de l’IHRA a été mal appliquée dans certaines situations. Des rapports font état de divers cas de mesures disproportionnées résultant d’une interprétation trop large. Des organisations juives ont également été touchées. Les critiques légitimes de la politique de l’État israélien et l’expression d’opinions politiques sont ainsi restreintes, voire réprimées.
Le gouvernement allemand ne constate aucun acte illégal de la part des autorités
La commissaire du Conseil de l’Europe s’inquiète également de la montée de l’antisémitisme et de l’hostilité envers les musulmans. Il recommande donc aux autorités allemandes de reconnaître ce phénomène comme un « problème de société ». Il met en garde contre la tentation de présenter l’antisémitisme comme un phénomène « importé » par les immigrants.
Michael O’Flaherty a souligné que ce concept avait été utilisé pour « détourner l’attention de l’antisémitisme de l’extrême droite, alors que des données empiriques montrent que la majorité des infractions antisémites en Allemagne continuent d’être attribuées à l’extrémisme de droite ».
En outre, l’Allemagne doit renforcer les mesures visant à protéger les communautés juives et à lutter contre l’antisémitisme.
Le gouvernement fédéral a eu l’occasion de publier ses observations, dans une déclaration qui a été publiée en même temps que le mémorandum.
Dans cette déclaration, le gouvernement allemand rejette catégoriquement les accusations. Il affirme qu’il n’existe aucune preuve que les autorités allemandes aient agi illégalement ou violé des droits fondamentaux tels que la liberté d’expression et de réunion lors de manifestations spécifiques. Ces droits constituent des principes constitutionnels fondamentaux en Allemagne, inscrits dans la Loi fondamentale et largement protégés par le droit de l’Union européenne. Tous les organes de l’État sont tenus de respecter et de défendre ces libertés.
Parallèlement, le gouvernement allemand souligne que ces droits ont leurs limites lorsqu’ils portent atteinte aux droits d’autrui ou contreviennent aux règles nécessaires à la coexistence pacifique. Ces normes s’appliquent à toutes les formes d’expression et de réunion.
Cela incluait également les manifestations pro-palestiniennes. Toute restriction de ces droits reposait sur l’appréciation individuelle des circonstances et des actes concrets par les autorités compétentes, dans le respect du principe de l’État de droit, et était soumise à un contrôle juridictionnel indépendant.
Le recours à la force est légitime dans des cas exceptionnels, selon le gouvernement allemand
En Allemagne, les restrictions concernant les rassemblements publics ne peuvent être imposées que si elles sont absolument nécessaires à la protection de la sécurité publique, selon le gouvernement fédéral. En cas d’infractions, le recours à la force par les agents de police peut également être envisagé dans des cas exceptionnels. Il s’agit toutefois toujours d’un dernier recours. En règle générale, la police annonce ces mesures à l’avance, afin que les manifestants aient la possibilité d’éviter le recours à la force en adoptant un comportement conforme à la loi.
L’expression d’opinions est autorisée tant qu’elle n’enfreint pas le droit pénal, qu’elle n’incite pas à la violence, à la haine ou à l’incitation à la haine, et qu’elle ne remet pas en cause, de quelque manière que ce soit, le droit d’Israël à exister.
« L’Allemagne tient à réfuter toute accusation selon laquelle les restrictions à la liberté d’expression, lorsque les limites susmentionnées sont dépassées, constitueraient une criminalisation excessive de la liberté d’expression ou reposeraient sur une définition déformée de l’antisémitisme », indique le communiqué du gouvernement.
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