Une visite de six jours qui suscite la controverse
TAIPEI, Taïwan — La cheffe de l’opposition taïwanaise est arrivée en Chine le 7 avril pour une visite de six jours, un déplacement qui suscite de vifs débats alors que le régime chinois intensifie sa pression politique et militaire sur l’île.
Cheng Li-wun, présidente du principal parti d’opposition taïwanais, le Kuomintang (KMT), a conduit une délégation arrivée à l’aéroport de Hongqiao, à Shanghai, mardi après‑midi (heure locale). Elle a été accueillie par un groupe de responsables du Parti communiste chinois (PCC), dont Song Tao, directeur du Bureau des affaires taïwanaises, selon la page Facebook du KMT.
Peu après leur arrivée, Mme Cheng et sa délégation, accompagnées de M. Song, ont pris un train local à destination de Nankin, capitale de la province côtière du Jiangsu.
Mme Cheng s’est rendue en Chine à l’
invitation du dirigeant chinois Xi Jinping. Aucun communiqué officiel ne confirme toutefois la tenue d’une rencontre entre les deux responsables.
Avant son départ de Taïwan, Mme Cheng avait tenu une conférence de presse pour présenter cette visite comme un « voyage historique pour la paix ». Il s’agit de la première visite d’un dirigeant du KMT en Chine depuis 2016.
« Si vous aimez vraiment Taïwan, vous saisirez la moindre occasion, la moindre possibilité, pour que notre île soit épargnée par la guerre », a‑t‑elle déclaré, selon une traduction citée par la presse locale.
Mme Cheng a estimé que le « succès » de son déplacement pourrait transformer Taïwan, « le lieu le plus dangereux du monde », en « le plus sûr ».
Le PCC considère Taïwan comme une partie de son territoire et modernise rapidement son armée afin de pouvoir en prendre le contrôle par la force ou de contraindre l’île à se soumettre à son autorité.
Une visite qui ravive les tensions internes à Taïwan
Le moment choisi par Cheng Li-wun attire particulièrement l’attention, son déplacement intervenant dans un contexte de
crise politique inédite entre le Parti démocrate progressiste (DPP), au pouvoir, et l’opposition. Celle‑ci, dominée par le KMT et son petit allié, le Taiwan People’s Party (TPP), utilise sa majorité parlementaire pour bloquer ou freiner des projets gouvernementaux majeurs, dont le budget.
Le KMT est largement perçu comme plus favorable à Pékin que le DPP. Le régime chinois qualifie d’ailleurs de « séparatistes » les responsables du DPP qui défendent ouvertement la souveraineté taïwanaise, à l’image du président Lai Ching-te.
Dans un message publié sur Facebook pour la Journée de la liberté d’expression, mardi, M. Lai a affirmé que Taïwan « ne peut pas compter sur la bienveillance des dictateurs pour obtenir la paix », selon une traduction.
« La paix ne se résume pas à l’absence de guerre : elle doit aussi garantir la souveraineté et préserver le système démocratique que les Taïwanais ont bâti au fil des années. C’est cela, la vraie paix », a‑t‑il ajouté.
Le budget spécial de 40 milliards de dollars
proposé par M. Lai, et
soutenu par plusieurs parlementaires américains, est actuellement bloqué au Parlement. Les élus du KMT et du TPP plaident pour des plans de dépenses plus modestes.
Les autorités taïwanaises appellent à la vigilance
Avant l’arrivée de Mme Cheng en Chine, le ministre taïwanais du Mainland Affairs Council (MAC), Chiu Chui-cheng, a déclaré devant le Parlement, le 7 avril, que la présidente du KMT devait exiger de Pékin qu’il mette fin à sa « pression multiforme » contre Taïwan, notamment l’envoi d’avions et de navires militaires à proximité de l’île, selon l’agence officielle CNA.
Le porte‑parole du MAC, Liang Wen-chieh, avait déjà indiqué le 2 avril, lors d’un point de presse, que l’invitation faite à Mme Cheng visait à présenter les questions inter‑détroit comme des « affaires intérieures » chinoises, afin de dissuader d’autres pays d’y « intervenir ».
Pékin cherche ainsi à « internaliser le dossier du détroit – le traiter comme un sujet relevant exclusivement du peuple chinois – et à empêcher Taïwan d’acquérir du matériel militaire américain ou de renforcer sa coopération avec d’autres pays », a expliqué Liang.
Pékin reste évasif sur d’éventuelles rencontres
Interrogée mardi lors d’un point de presse régulier à Pékin, Mao Ning, porte‑parole du ministère chinois des Affaires étrangères, n’a pas répondu à la question de savoir si Cheng Li-wun rencontrerait Xi, ni si une discussion entre Xi et le président américain Donald Trump porterait sur les ventes d’armes à Taïwan.
Mme Mao s’est bornée à rappeler que « la question de Taïwan relève des affaires intérieures de la Chine ».
Donald Trump doit
rencontrer Xi Jinping en mai lors d’une visite de deux jours en Chine, leur deuxième tête‑à‑tête depuis le début du second mandat du président américain.
Un déplacement parallèle d’élus américains à Taïwan
Le voyage de Mme Cheng en Chine coïncide avec la visite à Taïwan d’une délégation du Congrès américain conduite par le représentant Zach Nunn (Républicain ‑ Iowa). Membre de la commission spéciale de la Chambre des représentants sur le PCC, M. Nunn est accompagné des élus Scott Fitzgerald (Républicain ‑ Wisconsin), Julie Fedorchak (Républicaine ‑ Dakota du Nord) et Jefferson Shreve (Républicain ‑ Indiana). Selon le ministère taïwanais des Affaires étrangères, la délégation restera sur l’île jusqu’au 11 avril.
Mardi, les quatre parlementaires ont rencontré le président Lai. D’après un communiqué de la présidence, Zach Nunn a expliqué que cette visite visait à réaffirmer le soutien des États‑Unis à Taïwan et à mieux comprendre les défis auxquels l’île est actuellement confrontée.
Commenter cet article