
Gibert, une institution de la librairie parisienne
C’est un nom connu de tous les Parisiens. Place centrale du livre dans la capitale, aujourd'hui menacée de disparaître, Gibert est l’un des monuments culturels les plus réputés. Retour sur l'histoire particulière de cette librairie emblématique.
La première librairie sur le quai Saint-Michel

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Gibert, une institution de la librairie parisienne
C'est un nom connu de tous les Parisiens. Place centrale du livre dans la capitale, aujourd'hui menacée de disparaître, Gibert est l'un des monuments culturels les plus réputés. Retour sur ...
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Le groupe de librairies Gibert, bien connu des étudiants et des bibliophiles, annonce qu’il va demander son placement en redressement judiciaire auprès du Tribunal des activités économiques de Paris.

La librairie Gibert Joseph dans le Quartier latin à Paris, le 1er février 2025.
Photo: Sébastien DUPUY / AFP via Getty Images
Gibert en redressement judiciaire – L’enseigne, qui exploite 16 magasins dans 12 villes et emploie environ 500 collaborateurs, dit vouloir s’appuyer sur cette procédure pour adapter son modèle économique dans un marché du livre en pleine mutation.
Cette décision intervient après plusieurs années de restructurations, de fermetures ciblées de points de vente et de réorganisations internes, sur fond de hausse des coûts fixes et de recul du livre neuf. Elle illustre les tensions qui traversent le secteur, pris entre la montée du commerce en ligne, l’augmentation des loyers commerciaux et l’érosion progressive de la lecture de livres imprimés.
Une procédure pour préserver l’activité
Selon le communiqué du groupe, Gibert va « solliciter la protection du tribunal des activités économiques de Paris par l’ouverture d’une procédure de redressement ». Une audience est prévue le 28 avril pour examiner cette demande, qui doit permettre le gel d’une partie des dettes et la poursuite de l’activité sous contrôle judiciaire. La direction présente ce recours comme un outil pour « retrouver un souffle financier » et « traiter [son] endettement », selon le Figaro.
Le groupe met en avant un « effet ciseau » entre l’explosion de ses coûts fixes (loyers, énergie) et le déclin du marché des livres neufs, avec une compression des marges sur ce segment. Dans ce contexte, le redressement judiciaire est décrit comme « le cadre juridique le plus protecteur pour l’activité » car il permet le gel des dettes et la garantie des salaires, le temps de bâtir un nouveau plan.
Pour les clients, l’enseigne assure que les librairies restent ouvertes et que la procédure n’interrompt pas les ventes au quotidien. Les cartes de fidélité et les services de reprise de livres d’occasion continuent de fonctionner, la direction insistant sur la volonté de « maintenir la proximité avec les lecteurs » pendant cette phase.
Hausse des coûts, recul du livre neuf
Les difficultés de Gibert s’inscrivent dans un contexte plus large de fragilisation du commerce de détail culturel. À Paris comme en région, les loyers de certaines artères commerciales pèsent lourdement sur les comptes des librairies.
Ces dernières années, Gibert a déjà fermé plusieurs magasins emblématiques, notamment place Saint-Michel à Paris, ce qui avait donné lieu à des plans sociaux et à des critiques de syndicats et de salariés. Des fermetures plus récentes ont été décidées dans le 13ᵉ arrondissement de la capitale et en banlieue lyonnaise, au motif de charges jugées excessives par la direction.
Parallèlement, la concurrence des grandes plateformes en ligne a intensifié la pression sur les prix et les délais, dans un marché où la fréquentation des librairies de centre-ville tend à se tasser. Les libraires indépendants comme les réseaux intégrés tentent de maintenir leur place en misant sur le conseil, l’événementiel et la seconde main.
Un recentrage stratégique sur l’occasion
Face à ces contraintes, Gibert annonce vouloir approfondir le développement du livre d’occasion, un pilier historique de son identité. La direction explique que cette activité offre des marges plus souples, une rotation rapide des stocks et un pouvoir d’achat renforcé pour des clients étudiants, jeunes actifs et familles.
La fermeture programmée de certains points de vente s’accompagne, à Paris, de l’ouverture d’une nouvelle adresse dans le 6ᵉ arrondissement, boulevard Saint‑Michel, avec une place accrue donnée à l’occasion. Cette stratégie vise à concentrer les moyens sur des emplacements jugés plus porteurs et sur des formats de magasin adaptés à la demande actuelle.
Pour les représentants du personnel, ces évolutions suscitent autant d’espoirs que d’inquiétudes. Ils soulignent que l’enseigne « reste une référence pour de nombreux lecteurs » mais alertent sur les conséquences sociales possibles si le plan de redressement devait se traduire par de nouvelles fermetures ou suppressions de postes.
Salariés et libraires entre vigilance et attachement
Les organisations syndicales disent suivre de près la procédure à venir, en insistant sur la nécessité de préserver l’emploi et les compétences. Certaines rappellent avoir déjà dénoncé par le passé un manque de « vision d’ensemble » dans la stratégie de l’entreprise et demandent des garanties sur la place accordée au dialogue social dans la suite du processus.
Du côté des libraires indépendants, la situation de Gibert est observée avec une certaine gravité, mais aussi comme un révélateur des transformations en cours dans la filière. Plusieurs professionnels estiment que les difficultés d’un acteur historique renforcent l’urgence de politiques publiques de soutien à la lecture, à la librairie de proximité et au maillage culturel des territoires.
Les clients, eux, expriment un attachement fort à l’enseigne et à ses magasins de centre‑ville, souvent fréquentés depuis leurs années d’études. Beaucoup espèrent que la procédure de redressement permettra à Gibert de se réinventer sans renoncer à ce qui fait sa singularité : la diversité des catalogues, la présence de livres d’occasion et un rapport direct au livre que ne peuvent pas offrir les plateformes numériques.
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