Biogaran sous contrôle britannique, « l’État veille »
L’État a officiellement validé la cession de Biogaran, leader français des médicaments génériques, au fonds d’investissement britannique BC Partners, marquant un tournant majeur pour un acteur clé de la souveraineté pharmaceutique nationale.

Biogaran – Cette opération, soumise au contrôle des investissements étrangers en France, s’accompagne de conditions strictes visant à préserver l’ancrage industriel du laboratoire sur le territoire. Bercy entend ainsi concilier ouverture au capital étranger et sécurité d’approvisionnement en médicaments essentiels, selon Le Monde.
Biogaran, jusqu’ici filiale du groupe pharmaceutique Servier, représente près d’un tiers des ventes de génériques en France et plus d’une boîte de médicament sur huit délivrée en pharmacie, ce qui en fait un acteur incontournable du système de santé.
Pour encadrer cette prise de contrôle par BC Partners, le ministère de l’Économie a activé plusieurs leviers de sécurité économique, notamment la participation de Bpifrance au capital, afin de garantir un « ancrage français » durable.
Un acteur stratégique sous surveillance étroite
En raison du poids de Biogaran sur le marché du générique, l’opération a été examinée comme un dossier stratégique pour la souveraineté sanitaire. Le laboratoire approvisionne les pharmacies en traitements dans la quasi-totalité des aires thérapeutiques et s’appuie sur un réseau d’une quarantaine de sous‑traitants produisant en France. Cette configuration lui confère un rôle central dans la lutte contre les tensions d’approvisionnement qui affectent régulièrement certains médicaments.
Bercy indique que les conditions imposées à BC Partners visent à garantir « la poursuite de l’exploitation de l’ensemble des spécialités jugées essentielles » ainsi qu’« l’approvisionnement continu, sécurisé et approprié du marché français ».
Le ministère souligne que ces engagements sont « juridiquement contraignants et soumis à des sanctions financières sévères », afin de limiter le risque de délocalisation ou de réduction des capacités de production en France.
L’État entend ainsi maintenir Biogaran dans son rôle de pilier de l’écosystème pharmaceutique national, malgré le passage sous contrôle d’un investisseur étranger.
Des garanties sur l’emploi et l’ancrage français
Pour obtenir le feu vert de l’État, BC Partners a consenti une série de garanties portant sur l’organisation industrielle et sociale du groupe. Le fonds s’est engagé au « maintien du siège et des activités en France, la sauvegarde des emplois, la préservation du modèle de sous-traitance de l’entreprise, ainsi que la continuité industrielle, logistique et commerciale au bénéfice des patients et des partenaires ».
Ces engagements portent aussi bien sur les effectifs internes que sur la chaîne de production externalisée auprès de sites répartis sur le territoire.
De son côté, Bpifrance prend une participation minoritaire d’environ 15% dans le capital de Biogaran, afin d’accompagner le financement de son développement tout en conservant un levier d’influence publique. « Biogaran est un champion français et un acteur majeur de notre souveraineté sanitaire ; et, aux côtés de BC Partners, nous contribuerons à la pérennité de son développement à long terme tout en préservant son ancrage français », souligne Nicolas Dufourcq, directeur général de la banque publique d’investissement.
Cette présence de l’Etat actionnaire doit servir de garde‑fou face aux impératifs de rentabilité d’un fonds d’investissement.
Un nouveau chapitre pour le géant des génériques
Fondé en 1996, Biogaran s’est imposé en trois décennies comme l’un des principaux laboratoires de génériques en France, avec une gamme couvrant la quasi‑totalité des domaines thérapeutiques.
Le laboratoire distribue des centaines de références remboursées et revendique des volumes de vente de plusieurs dizaines de millions de boîtes chaque mois, ce qui en fait un acteur clé pour la maîtrise des dépenses de santé. Sa stratégie consiste à rendre les traitements plus accessibles tout en maintenant un haut niveau de qualité et de traçabilité.
Pour BC Partners, déjà présent dans le secteur de la santé en Europe, l’acquisition de Biogaran ouvre des perspectives de croissance sur le marché des génériques et des biosimilaires, en France comme à l’international.
Le fonds affiche l’objectif d’« accélérer la cadence » sur les marchés à fort potentiel, tout en respectant le cadre fixé par les autorités françaises. Après des rumeurs de cession apparues dès la fin 2023 et plusieurs scénarios envisagés, la validation par Bercy met fin à un long feuilleton capitalistique et engage Biogaran dans une nouvelle phase de son développement.
La cession de Biogaran à un fonds britannique s’inscrit dans un débat plus large sur l’opportunité de laisser des acteurs étrangers prendre le contrôle d’entreprises françaises, parfois jugées stratégiques.
Sous la pression d’élus de tous bords, le gouvernement répète qu’il ne s’agit pas de « brader la souveraineté française », mais de concilier attractivité et protection des intérêts nationaux, grâce au contrôle renforcé des investissements étrangers depuis le décret Montebourg et ses extensions successives.
En 2025, près de 400 dossiers ont ainsi été examinés par Bercy, un volume record, et plus de la moitié des autorisations ont été assorties de conditions strictes, illustrant une logique d’arbitrage au cas par cas plutôt qu’une fermeture de principe aux capitaux internationaux.

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