Mais comment cette icône du patrimoine français a-t-elle quitté le territoire ?
Le Monde a indiqué en octobre dernier qu’en 2014, le tableau était détenu par une collectionneuse privée de Franche-Comté. Cette dernière avait demandé à sa banque, la BNP, de lui trouver un acquéreur tout en excluant certains pays du Golfe.
Dans cette enquête, on apprend de la bouche de Christine Martin-Veillet, amie de l’ancienne propriétaire, que cette dernière avait déclaré à la BNP : « Si c’est le Qatar ou l’Arabie saoudite, c’est non. » « En fait, elle estimait que le Qatar commençait à acheter la France dans tous les sens, et que ça la faisait suer », poursuit cette amie avant de préciser : « Elle a toujours cru qu’elle vendait à une Américaine, c’était inscrit dans l’acte notarié, et il était prévu que le tableau reste en France. »
Malgré ces précautions, le tableau appartient désormais à Qatar Museums, pour un montant estimé, selon Le Monde, à 50 millions d’euros. La banque, elle, assure avoir respecté la volonté de sa cliente, sans dévoiler la nationalité de l’acquéreur, et l’on ignore si ce dernier l’a ensuite transféré à Qatar Museums.
Une controverse politique
La révélation de cette vente, passée inaperçue pendant plus d’une décennie, n’a pas manqué de faire réagir au sein de la classe politique. Jordan Bardella a dénoncé sur X ce 18 décembre « la dilapidation du patrimoine national dans le dos des Français ». Cependant, la transaction a eu lieu sous le quinquennat de François Hollande, trois ans avant l’élection d’Emmanuel Macron.
D’ailleurs, sur le réseau X ce jeudi, l’eurodéputée Horizons Nathalie Loiseau n’a pas manqué de recadrer le président du Rassemblement national sur ce sujet. « La vente a eu lieu en 2014, Jordan Bardella. 2014. Pour ce qui est de la culture, commencez par cultiver les faits, ce sera déjà pas mal », a-t-elle fustigé.
Plusieurs élus du RN ont néanmoins exigé des explications. « Quand des trésors nationaux quittent la France, c’est toute notre culture qu’on brade », s’est indignée la députée Tiffany Joncour. De son côté, le ministère de la Culture a justifié la procédure auprès de France Télévisions, déclarant : « L’accord de prêt exceptionnel de Qatar Museums permet au public d’avoir le privilège de voir ce tableau dans un musée français, au lieu qu’il reste entreposé sans être exposé et visible. »
En principe, le tableau aurait pu être classé « trésor national » afin d’empêcher son exportation, mais le ministère de la Culture a finalement choisi de négocier une garde partagée avec le Qatar. Une source du ministère reconnaît : « Si on avait été amené à refuser le certificat d’exportation, on allait à l’encontre de difficultés diplomatiques et financières. » En d’autres termes, face à un partenaire économique influent, l’État a donc choisi la prudence plutôt que de risquer une crise diplomatique.
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