Des manifestants bloquent la place Shahbagh pour réclamer justice pour la mort de Sharif Osman Hadi, à Dhaka (Bangladesh), le 19 décembre 2025.
Bangladesh: nouvelles manifestations après la mort d'un leader étudiant assassiné
Des manifestants en colère se sont à nouveau rassemblés vendredi à Dacca au lendemain de violentes émeutes provoquées par la mort d'une des figures de la révolte de 2024 assassiné en début de semaine, à deux mois d'élections législatives
Les assaillants du jeune homme se seraient enfuis en Inde, où est aussi réfugiée l’ex-première ministre Sheikh Hasina, contrainte à la démission à la suite des manifestations d’août 2024.
La situation au Bangladesh est de plus en plus explosive et le ressentiment à l’égard de l’Inde voisine grandissant. La mort, jeudi 18 décembre, d’une figure de proue du soulèvement étudiant de 2024 ayant conduit à la chute de l’ex-première ministre Sheikh Hasina a entraîné une flambée de violence à Dacca, à deux mois des élections législatives.
Sharif Osman Hadi, 32 ans, candidat dans une circonscription de la capitale bangladaise, avait été la cible d’assaillants masqués à moto, le 12 décembre, alors qu’il se trouvait dans un rickshaw, en train de lancer sa campagne. Grièvement blessé par balle à la tête, il avait été transféré dans un état critique dans un hôpital à Singapour, où il a succombé à ses blessures.
La police bangladaise a affirmé avoir identifié les deux assaillants de Hadi qui se seraient enfuis en Inde. Cette information a renforcé les rumeurs contre les autorités indiennes, soupçonnées d’être derrière ce meurtre. L’organisation Inqilab Moncha (plateforme pour la révolution), dont Sharif Osman Hadi était le porte-parole, a annoncé sa mort sur Facebook, dans un message vindicatif. « Dans la lutte contre l’hégémonie indienne, Allah a accepté le grand révolutionnaire Osman Hadi comme martyr. » L’ancien étudiant était un virulent contempteur de Sheikh Hasina et de l’Inde, qui a offert l’exil à l’ancienne dirigeante chassée du pouvoir par les manifestations de
Des milliers de protestataires, brandissant des drapeaux et des pancartes, sont descendus dans les rues, scandant des slogans et réclamant l'arrestation des assaillants masqués qui ont tiré lundi sur Sharif Osman Hadi, 32 ans.
Des manifestations ont également eu lieu à Gazipur, dans la banlieue nord de Dacca, à Sylhet (nord) et à Chattogram (sud-est) où la résidence d'un ancien ministre a été attaquée jeudi soir.
Le chef du gouvernement provisoire, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, 85 ans, a lancé un appel au calme tandis que des prières spéciales en hommage au leader étudiant étaient organisées dans les mosquées et la journée de samedi décrétée deuil national.
M. Yunus a exhorté la population à résister à toutes les formes de violence, évoquant dans un communiqué "un moment crucial de l'histoire de notre pays au moment où nous opérons une transition démocratique historique".
"Nous ne pouvons pas, et ne devons pas, permettre que cela soit saboté par ceux qui prospèrent dans le chaos et rejettent la paix", a ajouté M. Yunus à moins de deux mois des premières élections législatives depuis la chute du gouvernement autocratique de Sheikh Hasina en août 2024.
Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Volker Türk a réclamé vendredi l'ouverture d'une "enquête impartiale".
"J’exhorte les autorités à mener une enquête rapide, impartiale, approfondie et transparente sur l’attaque qui a entraîné la mort de (Sharif Osman) Hadi", a déclaré M. Türk dans un communiqué, appelant à ce que les responsables rendent des comptes.
- Bâtiments incendiés et vandalisés -
M. Hadi, figure du mouvement étudiant Inqilab Mancha, était aussi connu pour ses critiques virulentes à l’égard de l'Inde, pays voisin du Bangladesh et soutien du régime de Mme Hasina qui vit aujourd'hui en exil à New Delhi.

Candidat aux législatives du 12 février prochain, il avait été grièvement blessé lundi et évacué à Singapour pour être soigné.
À l'annonce de sa mort, des protestataires ont envahi les rues, vandalisant et incendiant plusieurs bâtiments, notamment ceux des principaux journaux Prothom Alo et The Daily Star.
Des salariés du Daily Star ont été pris au piège dans leur salle de rédaction, et 27 ont dû être secourus par les pompiers en pleine nuit, a indiqué à l'AFP Kamal Ahmed, rédacteur en chef.
"Je n'arrive plus à respirer. Il y a trop de fumée. Je suis à l’intérieur. Vous êtes en train de me tuer", a alerté la journaliste Zyma Islam sur sa page Facebook.
"Pour la première fois de l'histoire du journal, la publication a dû être interrompue", a déploré auprès de l'AFP Kamal Ahmed.
Sajjad Sharif, directeur de la rédaction de Prothom Alo, s’est dit "profondément attristé" que son quotidien ne puisse pas paraître. Il a dénoncé "une attaque contre la liberté de la presse, d’expression, de dissidence et la diversité des opinions".
Des photos de deux suspects ont été publiées par la police qui a aussi offert une récompense de cinq millions de takas (environ 35.000 euros) pour toute information permettant leur arrestation.
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