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A l'instar de leurs cousins espagnols, portugais ou américains, les Indignés français projettent d'occuper le quartier d'affaires ce vendredi soir. Avec les moyens du bord.

 

Le masque de Guy Fawke, adopté par les Anonymous et plus largement aujourd'hui par les Indignés. (REUTERS)

Par CORDÉLIA BONAL

Ils ne savent ni combien ils seront, ni combien de temps ils tiendront. Seule certitude: «Quoi qu’il arrive, vendredi, on campe.» Les Indignés de la Bastille, mobilisés depuis six mois mais qui pour diverses raisons peinent à décoller vraiment, sont déterminés à tenter leur Occupy Wall Street à la française, ce vendredi soir à la Défense. A l’heure où, à Cannes, le G20 fermera ses portes, eux déballeront tentes, pancartes et couvertures de survie sur le parvis du quartier d’affaires des Hauts-de-Seine. Emboîtant le pas à leurs cousins espagnols, portugais, anglais, américains (New York, donc, mais aussi Chicago ou Los Angeles).

Mercredi soir, une poignée d'entre eux se sont retrouvés pour un dernier «comité de travail» à la Bastille à Paris, là où tout a commencé, pour caler les détails de l'opération. Ils sont arrivés au compte-goutte, avec la poussette du petit, le chien, le vélo, en t-shirt Che ou en tenue de bureau… Au final, une petite trentaine. «Ici c’est juste pour le contact, les choses s’organisent surtout sur Internet», relativise Renaud. 37 ans, assistant de gestion, ancien prof, un parcours «typique de la génération déclassée». Il a rejoint le mouvement il y a seulement une semaine. En furetant sur Internet, comme le gros de la troupe ce jeudi, arrivés via Facebook (page ici) et Twitter (@OccupyDefense entre autres, et sous le hashtag #occuponsladefense) ou par les sites qui relaient l’opération à divers degrés: Occuponsladéfense, OccupyFrance, Uncut, Démosphère, Démocratie réelle Paris

(Le visuel de l'appel)

«Nous sommes les 99%, nous refusons que le 1% décide de notre avenir et de l’avenir du monde à notre place», proclame l'appel, phrase devenue le slogan des Indignés.

A la nuit tombée, sous les réverbères du boulevard Richard-Lenoir, l'ordre du jour est à la logistique. On discute tractage, transport de matériel, guide de l’occupant, liste des besoins, (eau, nourriture, batteries…), des non-besoins (alcool), accès aux toilettes, accès wifi, comportement vis-à-vis de la police, numéros d’avocats, points de rendez-vous, météo (a priori, pluie)… Pas de leader revendiqué, pas de diatribe, l’heure est au pragmatisme. Et le temps presse.

Chacun y va de sa contribution. «Ici, ce n’est pas un syndicat, on ne va pas te prendre par la main, c’est à toi d’amener tes idées, ton matériel, tes cartons», a pu constater au fil des réunions Séraphine (ce n'est pas son vrai prénom), 33 ans. Comédienne, elle lancerait bien un atelier banderoles. «Dans une action comme celle-là, c’est la créativité qui fait que le mouvement vit, ça galvanise.»

«Un signal social»

Emmitouflée dans sa doudoune, l’enthousiaste Allisson, cheveux garçonne et keffieh au cou, quasi nouvelle venue elle aussi, se propose pour tracter. 24 ans, tout juste diplômée de socio, aspirante chercheuse mais pour l’heure précaire, elle porte la même amertume que tant d’autres: «J’ai l’impression d’avoir tout fait comme il fallait, et je me retrouve sans avenir, à faire des jobs de caissière.»

Emilie, 26 ans, sans travail ni abri, glisse un mot sur les droits des gardés à vue. Jean-Jacques, prof de fac neuilléen, rappelle qu’il est parfaitement légal de filmer la police en action, «mais en plan large».

21 heures. Trop de points restent flottants, il y a du découragement dans l’air. «On est à deux jours de cette putain d’occupation et on est encore dans le flou total», s’énerve une femme, cheveux blonds au carré. La principale inquiétude, parce que principale inconnue, reste le nombre. 129 Indignés se sont fermement engagés à camper, mais comment savoir combien d’autres en seront ? Un «comptez sur moi les gars» posté sur Facebook ne valant pas présence effective.

Pour tenir, il faut faire masse. Nikos, le webmaster d’Occuponsladéfense, ne le sait que trop bien: «Si on est nombreux on peut camper. Si on est trente, quarante, cinquante, là on va se faire dégager très vite.» D’autant que, vendredi soir, ils ne pourront pas compter sur le renfort des anti-G20 partis à Nice, qui ne devraient arriver à Paris que le lendemain. «Même si ça ne dure que quelques heures, ça peut être un déclencheur, un signal social qui fera démarrer le schmilblick», veut croire Renaud. «Quoi qu’il arrive, ça ne pourra pas être considéré comme un non-événement.» Réponse vendredi soir.

source: libération.fr

Tag(s) : #Crise de l'Euro

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