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bougie

« Jamais le risque de black-out n'a été aussi élevé », s'est alarmé le mois dernier à Bruxelles le PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet, porte-voix d'un mouvement de dix énergéticiens européens - des allemands E.ON et RWE jusqu'à l'espagnol Iberdrola - représentant la moitié des capacités de production européennes et servant 200 millions de clients.
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Si le feu de bois et les bougies ont leurs adeptes pour les fêtes de fin d'année, la perspective d'une coupure géante d'électricité, légitimement posée chaque année au début de l'hiver, est brandie depuis six mois par les acteurs européens du secteur pour alerter les gouvernants et appeler à une réforme en profondeur du marché de l'énergie.

La menace d'une coupure généralisée d'électricité serait la conséquence - contre-intuitive - des surcapacités de production qui se sont accumulées en Europe (+26 % dans l'Europe des Vingt-Sept entre 2000 et 2010, aux deux tiers liées aux renouvelables) : parce que les subventions et leur faible coût marginal placent le solaire et l'éolien en priorité sur le marché de l'électricité, et parce que le gaz de schiste américain a favorisé l'exportation d'un charbon à bas prix vers l'Europe, les industriels constatent avec dépit que leurs centrales au gaz ne sont plus utilisées assez d'heures chaque année, et à des prix trop bas pour couvrir leurs coûts. A eux dix, les énergéticiens indiquent avoir déjà « fermé 51.000 mégawatts », soit 11 % des capacités thermiques installées en Europe et 6 % des capacités totales de production d'électricité. Une menace pour la sécurité d'approvisionnement puisque ces centrales assurent les pics de consommation et prennent le relais des énergies renouvelables lorsque le vent et le soleil manquent... « Il y a une surcapacité en moyenne et une sous-capacité en pointe de consommation. Zéro degré de janvier à juin, c'est gérable. Ce qui ne l'aurait pas été, c'est - 15 degrés pendant quinze jours », prévient Gérard Mestrallet.


black out

Le « black-out » qui plongerait tous les citoyens dans le noir est un effondrement du réseau qui a peu à voir avec les capacités de production, souligne de son côté le gestionnaire du réseau de transport d'électricité (RTE), rappelant que l'un des derniers grands accidents de ce genre en Europe s'est produit il y a dix ans en pleine nuit en septembre en Italie. Au pire, un excès de demande serait géré par un délestage tournant dans des zones sans hôpital ou maison de retraite. Le pouvoir politique a fixé en 2006 la limite qu'il juge socialement acceptable en France : les capacités de production doivent permettre de limiter la défaillance moyenne d'approvisionnement à trois heures par an. Un critère qui sera assuré ces cinq prochaines années, estime RTE, qui présente ce matin son analyse pour le « passage de l'hiver ». Face à la faiblesse persistante de la demande d'électricité, RTE a d'ailleurs repoussé au-delà de 2018 (au lieu de 2016) la date à laquelle il anticipe un besoin de capacité de production supplémentaire.

Toutes les fermetures annoncées par les énergéticiens ne sont d'ailleurs pas irréversibles. Sur les 12 GW de capacités de GDF Suez concernées par ce mouvement entre 2009 et 2016, la moitié peuvent, à court ou moyen terme, devenir rentables, estime le groupe. Et en Allemagne, si les opérateurs ont listé 28 centrales non rentables, la sécurité d'approvisionnement primera sur leurs critères de gestion. Parallèlement aux fermetures et aux « mises sous cocon », les énergéticiens ouvrent aussi des capacités de production. L'Allemagne va ainsi inaugurer trois centrales au charbon - dont une de GDF Suez - ces prochains mois, de quoi approvisionner 4,4 millions de foyers, selon Bloomberg.

Aucun pouvoir politique ne prendra toutefois le risque de subir de lourds délestages. D'autant qu'une multitude de facteurs peuvent faire basculer rapidement une tendance. L'Autorité de sûreté nucléaire l'a rappelé pour la France : en cas de problème générique sur un type de réacteur, il peut manquer rapidement plusieurs gigawatts de puissance (sur un total de 126 GW). La vague de froid de février 2012, qui avait pu être gérée grâce aux importations et à une bonne disponibilité du parc nucléaire, imposerait des délestages si elle survenait en 2016, a calculé RTE.

La crainte, aussi, de voir les énergéticiens détourner leurs investissements vers les pays émergents (l'espagnol Gas Natural vient d'annoncer qu'il recentrait ses projets en Amérique latine) a fait mûrir le projet d'un mécanisme de capacité - revenant à rémunérer les centrales de réserve -, auquel la Commission européenne vient de donner son feu vert, et qui améliorera la rentabilité des moyens de production pour les pics de demande. Et il paraît probable que les énergies renouvelables devront bientôt participer, d'une manière ou d'une autre, à la sécurité d'approvisionnement.

La tendance est aussi à une quête du secours mutuel : les capacités d'interconnexion entre la France et ses voisins devraient s'accroître de quelques gigawatts ces prochaines années, ce qui donnera des marges supplémentaires. Au-delà des recherches d'efficacité énergétique, qui réduiront les besoins, une autre piste est de flexibiliser la demande d'énergie. Un modèle économique se construit pour proposer aux industriels et aux particuliers de reporter ou annuler leur consommation. Un coup de volant a également été donné pour limiter l'équipement en chauffage électrique dans les constructions neuves, qui devrait limiter la croissance de la pointe de consommation l'hiver.

Véronique Le Billon
http://www.lesechos.fr/opinions/analyses/0203085398457-y-aura-t-il-de-l-electricite-a-noel-626569.ph
Tag(s) : #ACTUALITES

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