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Les prix de l'essence ont atteint un niveau historique en France vendredi dernier.

Le prix moyen du litre de super sans plomb 95 a atteint 1,5563 euro. Un record qui devrait vite en appeler d'autres si l'on tient compte de la production et du marché actuel du pétrole.

 

 

 

 Le précèdent record, date de juillet 2008, alors que le prix du baril de pétrole WTI était à 147 dollars, il n’aura tenu que 3 ans. L’année 2011 et le début de l’année 2012 ne se singularisent pas grâce à des records de prix, mais par des niveaux de prix moyens élevés. En 2011, le prix moyen du baril de pétrole, était similaire à l’année 2008, soit 110$ pour le baril de brent de mer du Nord (97,6$ en 2008) et 94.8$ pour le baril WTI du Texas (99$ en 2008). Malheureusement pour les automobilistes hexagonaux c’est le baril de brent, plus cher aujourd’hui, qui est principalement livré en Europe et qui détermine le prix de l’essence dans les stations-service françaises.

Thomas Chaize  http://www.atlantico.fr/decryptage/essence-petrole-prix-production-baril-litre-sans-plomb-consommation-record-historique-thomas-chaize-269055.html?page=0,1

 

Thomas Chaize est analyste indépendant, conférencier, formateur et rédacteur d’une lettre financière spécialisée sur les matières premières.

Il a publié plus de 255 articles, rapports et interviews depuis 2003 sur le pétrole, le charbon, l’or, l’argent…Le nouveau record du prix de l’essence de ce vendredi, à 1,55 euro le litre de sans-plomb 95, est le résultat de la vigueur du prix du baril de pétrole et de la faiblesse de l’euro.

 

 

 

Cette situation est aujourd’hui aggravée par un euro faible. En juillet 2008 l’euro était à un niveau très élevé. Un euro s’échangeait alors contre 1,6 dollar, aujourd’hui il s’échange contre 1,27 dollar, soit une baisse de 20% de l’euro par rapport au dollar. L’effet de change n’est pas à l’origine de la hausse du pétrole, mais il en amplifie les effets pour les consommateurs français et européens.

Une diminution de la consommation qui ne fait pas baisser les prix

 

La hausse des prix du pétrole entraîne mécaniquement une baisse de sa consommation, voire un ralentissement économique : moins de trajets, du covoiturage, des voitures plus petites avec une consommation réduite, etc. Mais aujourd’hui, on peut raisonnablement penser que, d’une certaine façon, l’économie a développé une forme de résilience à des niveaux de prix élevés en corrigeant les anomalies les plus flagrantes. Par exemple, quand un particulier change de voiture pour un modèle qui consomme moins, il développe une forme de résilience à l’essence chère. La consommation devrait donc commencer à fléchir à un niveau légèrement supérieur à 2008, c'est-à-dire dans une zone de prix un peu supérieure au prix actuel.

Habituellement cette baisse de consommation déclenche à son tour une baisse des prix qui a pour origine l’affaiblissement de la demande. Mais dans une économie mondialisée, la baisse de consommation en Europe (-5% de 2002 à 2010) et en Amérique du Nord (-1%) est compensée par la croissance de la demande en pétrole des pays en voie de développement qui connaissent une forte croissance. Sur la même période la Chine a vu sa consommation de pétrole augmenter de 72%, l’Inde de 39%, l’Asie de 23%, l’Afrique de 29.5%, le moyen orient de 45.5% et l’Amérique du Sud et centrale de 23.5%. Ces dernières années le léger déclin de la consommation nord-américaine et européenne a été plus que compensé par la croissance pays en voie de développement.

 

Les guerres et les crises ne sont pas l'origine de l'augmentation du prix du pétrole

La question que se pause chaque Français aujourd’hui est : cela va-t-il durer ? La réponse est oui, car l’origine de la hausse de juillet 2008 et du record actuel du prix de l’essence a des origines structurelles qui pèseront dans les prochaines années. Face à une demande mondiale en pleine croissance l’offre mondiale de pétrole n’augmente pas suffisamment vite faute de nouvelles ressources pétrolières suffisantes (moins de ressources disponibles et insuffisances des investissements). Nous sommes passés d’une situation de sur production chronique des années 1980-90 à une situation de très forte tension entre offre et demande depuis 10 ans.L’origine de cette hausse du prix du baril de pétrole ne doit pas être recherchée dans les événements conjoncturels (guerres d’Irak, Libye, tensions avec l’Iran, etc.), mais dans un déséquilibre durable entre offre et demande. Ces événements géopolitiques ont, bien sûr, des conséquences dans la variation des prix à court terme. Mais les prix n’ont pas été multipliés par 7 depuis le creux de 1998 à cause d’eux. Le prix du pétrole augmente, car la production est insuffisante (pic de production), les guerres et les crises ne font qu’aggraver cette situation, mais n’en sont pas l’origine.

Pour résumer nous passons d’un monde où la production de pétrole était plus abondante que la demande à une situation où la demande est globalement et durablement supérieure à l’offre. Cette période de transition est ce que Andrew Grove (cofondateur d’Intel et professeur de stratégie à Stanford), appelle le point d’inflexion stratégique, c'est-à-dire une période de transition où l’on doit s’adapter aux changements, où ce qui était vrai hier ne le sera pas forcement demain.

Tag(s) : #VIE QUOTIDIENNE

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