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Sortie ce mercredi de "L'amour dure trois ans", adaptation cinématographique du livre de Frédéric Beigbeder par lui-même. La passion amoureuse finit-elle inexorablement par s'émousser ? Voilà ce qu'en pense la science...

 

 

Atlantico : L’adaptation cinématographique de « L’amour dure trois ans » sort ce mercredi. Frédéric Beigbeder avait écrit le livre. Il réalise également le film. Mais c

Jean-Didier Vincent

 

Jean-Didier Vincent est neurobiologiste.

Membre de l'Académie de médecine et grand spécialiste du cerveau, il fut Directeur de l'Institut de neurobiologie Alfred Fessard du CNRS ainsi que professeur de physiologie à la Faculté de médecine de l'Université Paris XI.

Il a écrit notamment Le Sexe expliqué à ma fille (Seuil, 2010) et Bienvenue en Transhumanie (avec Geneviève Ferone, Grasset, 2011).

 

 

Voir la bio en entier

 

cette fameuse maxime fait-elle sens ?

 

Jean-Didier Vincent : « L’amour dure trois ans » ? Oh, vous savez, l’amour, je veux dire le lien, la fascination et le désir qu’on a pour quelqu’un, naît un jour puis disparaît. C’est dû à l’habitude. Ce qu’on appelle l’amour c’est le besoin de l’autre. C’est lié à l’ocytocine une hormone libérée au cours de l’orgasme et qui donne le plaisir dans le cerveau. C’est comme chez les animaux, chez les ouistitis, par exemple. Quand ils ont un lien avec une femelle particulière, ce lien est solidifié par la présence d’ocytocine qui entretient les circuits d’attachement avec un autre partenaire et crée un état de récompense : le cerveau est récompensé quand vous êtes avec l’autre. Ce système s’use, comme tout système. Même si vous aimez les frites, si vous en manger tous les jours, vous finirez par vous en détourner.

 

L’ocytocine correspond donc à l’hormone du lien : elle favorise les circuits qui créent dans le cerveau l’attachement à un autre individu. A un moment donné, les récepteurs de cette hormone se fatiguent, il n’y en a plus. Cela peut prendre un mois, un an ou plus. Cela dépend notamment de l’intensité de la rencontre : plus celle-ci est forte au début, puis elle risque d’être inefficace au bout d’un certain temps. On peut comparer ce mécanisme à une pédale sur laquelle vous appuyez : vous recevez une récompense, à force d’appuyer, d’appuyer, d’appuyer, celle-ci finit par ne plus fonctionner. Vous êtes désensibilisé. C’est biologique : notre cerveau est une machine à recevoir des récompenses et des punitions.

 

 

 

Pourquoi trois ans ? C’est une durée crédible ?

 

C’est absurde. C’est un truc qui est devenu un gimmick. Cela peut être un mois ou deux voire toute la vie, si vous êtes malin ! Le désir n’est pas machinal, il est déclenché par des stimuli particuliers qui se construisent sur des circuits dans le cerveau qu’on appelle « circuits de récompense ». C’est ainsi que vous devenez toxicomane : quand vous aimez quelqu’un, vous êtes toxicomane de cette personne.

 

La différence avec la drogue qui vous rend addict, c’est que le plus souvent, pour l’amour, la passion s’atténue car des mécanismes contre balancent cela et conduisent à ce que la dépendance finisse par ne plus fonctionner.

 

 

 

Vous qui avez étudié ce sujet en tant que neurobiologiste, vous y croyez encore à l’amour ?

 

Ah, mais je ne crois qu’à ça ! C’est comme si vous me disiez sous prétexte que je connais les mécanismes de la faim ou de la soif, que je n’avais plus faim ni soif ! Les neurobiologistes ne sont pas mieux placés que les autres pour résister à l’amour.

 

 

 

N’auriez-vous pas un secret de neurobiologiste pour faire durer l’amour ?

 

Il faut d’abord en avoir envie. Quand vous êtes dépendant de quelqu’un, il n’y a pas de raison de changer. Ce qui se passe dans le cerveau reste chimique. Mais ce n’est pas pour cette raison que cela est moins noble que ce qui peut se passer dans les cieux.

 

Par ailleurs, vous ne tombez pas amoureux de n’importe qui, n’importe quand : tout est conditionné par votre histoire, votre enfance, aux choses que vous avez expérimentées au cours de votre vie. Parfois vous rencontrez quelqu’un et vous pensez qu’il s’agit d’un coup de foudre, sans savoir pourquoi. Vous trouvez alors que cette personne vous ressemble, presque comme si elle était votre sœur ou votre frère. En fait, c’est dans le cerveau que tout se passe, votre passé ainsi que d’autres paramètres interviennent. Tout n’est pas prévu cependant. Sinon, il suffirait d’insuffler un peu d’ocytocine et vous tomberiez amoureux. Ce n’est pas si simple.

 

Comme vous le savez peut-être, je joue un petit rôle dans le film de Beigbeder. Avec Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, je disserte à la fin du film sur ce qu’est l’amour. Et ce que je recommande pour garder son partenaire, c’est de faire l’amour. L’acte physique déclenche l’ocitocyne dans le cerveau. Les femelles ouistitis le savent très bien. Le sexe fait durer l’amour. Il faut donc baiser, baiser, baiser. C’est ça le secret d’un amour qui dure.

 

Propos recueillis par Aymeric Goetschy http://www.atlantico.fr/decryptage/amour-dure-trois-ans-film-frederic-beigbeder-269169.html?page=0,1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #CINEMA - THEATRE

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