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Poussé à réformer son secteur bancaire sous la pression européenne, le Grand-Duché risque de perdre sa poule aux œufs d’or. Le pays est donc sur le fil du rasoir, et une vraie crise économique est envisageable.


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 Le Grand-Duché de Luxembourg, avec une population de seulement un demi-million d’habitants, plus petit même que Chypre, est classé dans le Top 3 mondial du classement du PIB par habitant. Le pays a le plus haut niveau de patrimoine par ménage, avec 710 000 euros en moyenne. Seul Chypre, grâce à ses anciennes activités bancaires en off-shore, pouvait le talonner dans ce domaine. Cependant, le Luxembourg est aujourd’hui menacé par la ruine. 

Le pays possède 141 compagnies bancaires sur son territoire, un banque pour 3808 habitants. La plupart ont une activité de banque privée. Le secteur bancaire a représenté 38% du PIB en 2010 et a contribué pour 30% des rentrées fiscales du pays, selon la Luxembourg Banker’s Association (ABBL). Et tout ceci grâce au secret bancaire et au régime fiscal appliqué dans ce secteur. Mais, soudainement, après que la Chypre eut été massacrée, le Luxembourg a commencé à céder. 

Menacé par l’artillerie lourde de l’Allemagne, et la menace plus faible d’autres nations, orientées dans sa direction, le Luxembourg a accepté de participer à un accord international de partage automatique de données qui enverra les données bancaires de leurs clients étrangers à leur pays d’origine. Le Premier ministre Jean-Claude Juncker a déclaré, tout en restant sur la défensive, que la réforme du secret bancaire n’était pas un enjeu si important pour le pays, et que le Luxembourg ne vivait pas de l’évasion fiscale. "Les lumières ne vont pas s’éteindre pour les banques en 2015" a-t-il ajouté. 

Durant toute la débâcle de la zone euro qu’il a présidé jusqu’en février dernier comme président de l’Eurogroupe, il a prouvé qu’il était d’un optimisme acharné(SIC) 


PLUS DE RICHTER EN SUIVANT: 

"Nous nous attendons à ce que seulement 60 à 70 banques survivent les prochaines années" déclare Alain Steichen, un influent avocat fiscaliste, lors d’une conférence sur les conséquences du partage de données. Une déclaration fiable d’une personne qui prétend sur sa page de profil qu’il a "aidé Thomson dans sa fusion-acquisition de Reuters , notamment via la principale holding du groupe basée au Luxembourg." Il a également "assisté Chase Manhattan pour la fusion-acquisition de JP Morgan, pour former la principale société holding du Luxembourg." Et oui, les opportunités de business sont nombreuses au Luxembourg… 

Combiner secret bancaire et société prête-nom est un cocktail particulièrement juteux. Tout une industrie s’est formé autour des banques sur ce seul créneau. Des sociétés de gestion, d’audit et de conseils juridiques mettent en place et gèrent ces sociétés écrans et ces "boîtes aux lettres". Le client et l’origine des fonds restent anonymes pour le monde extérieur. Un cadre idéal pour le blanchiment d’argent. Comme les banques font des affaires avec des sociétés "boîtes aux lettres" et non pas un étranger, et comme ceci est un pilier de la société luxembourgeoise, le système est imperméable au partage de données. Mais ces sociétés-écrans subissent maintenant des menaces, pas seulement de l’Europe mais aussi du Congrès américain.

"J’anticipe un changement considérable dans le paysage bancaire parce que de nombreux clients vont partir." explique Alain Steichen. "Des banques vont perdre leur masse critique, nécessaire à leur survie."

Les banques privées dont il parle gèrent 300 milliards d’euros de capitaux, génèrent 3,14 milliards d’euros de revenus et font rentrer dans les caisses 503 millions d’euros de taxes selon l’ABBL. Elles emploient 10 000 personnes directement ou indirectement. Sur tous ces capitaux, seuls 19% viennent du Luxembourg, tout le reste provient de l’étranger. La moitié de tout ceci risque de disparaître, et les survivants devront se battre pour perdurer.

 "Une bonne partie des clients des banques luxembourgeoises cachent des fonds" note Steichen. "Ils n’auront pas d’autres choix que de clôturer leurs comptes au Luxembourg." Soit ils rapatrieront leurs fonds dans leur pays et paieront des taxes et des amendes, soit ils les transféreront vers Monaco, Singapour ou d’autres places bancaires opaques. En tout cas, leur pouvoir de générer au Luxembourg des emplois et des rentrées fiscales disparaîtra.

 Ces capitaux cachés – on parle de "black money" – provenaient principalement de Russie, dans le cas de Chypre. L’Europe du Nord s’est révolté contre ce système qui permet d’occulter de tels montants de capitaux. Cette partie de l’Europe, France y compris, a poussé à la fermeture de ce système, et mis l’économie chypriote à genoux, en détruisant sa principale source de revenus. Encouragé par ce succès, l’Europe du Nord, qui inclut même aujourd’hui le Royaume-Uni, dégaine ses armes contre le Luxembourg.

 Le Luxembourg est horrifié. Il y a trop de ressemblances avec la Chypre : les sociétés écrans, l’argent caché, un marché de l’immobilier florissant… L’austérité, et notamment l’envolée fiscale qui frise l’absurde en France, ont fait de l’évasion fiscale une cible de choix. Les gouvernements décident donc de frapper fort, non seulement contre leurs évadés fiscaux, mais aussi contre les pays dont l’économie consiste à les assister.

 Avec 38% de son PIB dépendant du secteur financier, le Luxembourg ne peut pas se risquer à impulser lui-même une transition brutale vers un autre modèle, comme Chypre y a été forcé. Beaucoup de banques pourraient s’effondrer, cela causerait une dépression économique et ruinerait la bonne santé économique du pays. Le Luxembourg va plutôt coopérer, et impulser une transition graduelle, se disant que le bon temps est terminé, en sachant qu’au bout du chemin, il pourrait y avoir le scénario chypriote.

Publié le 12 mai 2013 (Atlantico)

 http://www.atlantico.fr/decryptage/tout-ne-serait-pas-rose-au-paradis-fiscal-luxembourg-beaucoup-plus-proche-crise-chypriote-que-que-on-imagine-wolf-richter-714074.html?page=0,1

Original le 26/4/13 : http://www.testosteronepit.com/home/2013/4/26/luxembourg-is-not-the-next-cyprus-not-yet-but.html

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La crise chypriote a attiré l’attention sur d’autres nations européennes dotées d’un secteur bancaire important, telles que le Luxembourg et Malte, explique le Wall Street Journal. De l’autre côté, ces pays craignent que la zone euro apparaisse comme moins attractive pour les investisseurs, parce que plus risquée.

Le Luxembourg est l’une des plus grandes places financières européennes, grâce à sa fiscalité très modérée et à une réglementation très souple. C’est l’un des rares pays d’Europe encore coté triple-A par les 3 plus grandes agences de rating. La valeur cumulée de dépôts qui représente 22 fois son PIB (alors que dans le cas de Chypre, le total des actifs confiés ne représentait « que » 7 fois le PIB national annuel). Cependant, seulement 8% des banques à Luxembourg sont des banques nationales, contre 71% pour Chypre : la plupart des banques sont des succursales et des filiales de banques étrangères, ce qui implique qu’elles seraient probablement soutenues par leur maison-mère en cas de difficultés.

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En Complément: Le secteur financier peut parfois étouffer l’économie Par Willy Boder berne /Le Temps

EN LIEN: http://leblogalupus.com/2013/04/15/crise-nouvelle-focalisation-sur-les-bilans-bancaires-accumules/

(cliquez pour aggrandir)

L’hypertrophie du secteur financier peut freiner la croissance L’institut économique BAK quantifie le risque causé par une place financière trop importante dans une économie locale

La spirale crise financière, crise économique, crise de la dette, dans laquelle est entraînée l’Europe à la suite de l’éclatement de la bulle immobilière américaine, a relativisé l’idée communément admise que la force du secteur financier était indissociable de la puissance économique et de la croissance d’un pays.

Une étude de l’institut économique BAK, présentée vendredi à Berne dans le cadre d’un séminaire du secrétariat d’Etat à l’Economie, apporte de l’eau au moulin des partisans du contrôle de la taille du secteur financier afin de préserver le tissu économique global. Elle démontre qu’à partir d’un certain niveau, le poids du secteur financier freine la croissance économique. L’auteur de l’étude, Martin Eichler, a comparé, sur une période s’étendant de 1980 à 2010, le poids du secteur financier de pays et de régions, avec l’évolution du produit intérieur brut.

Si le cœur est trop gros…

Le choix s’est porté sur 19 pays de l’OCDE, tous européens à l’exception des Etats-Unis et du Japon, et plusieurs régions ou villes comme Londres, Zurich ou Darmstadt. Les variables principales utilisées sont la croissance économique générale ou réelle (sans le secteur financier) et le nombre d’emplois à plein-temps dans le secteur financier. Les résultats montrent une très nette corrélation entre la croissance économique et la quote-part du secteur financier dans l’emploi total dans l’économie. Ce n’est en soi pas étonnant, constate Martin Eichler, qui rappelle que le rôle du secteur financier peut-être comparé à celui du cœur dans un organisme vivant, faisant circuler l’argent dans le corps économique.

Mais si le cœur prend trop de place, occasionne-t-il un ralentissement de l’ensemble du système? Oui, répond Martin Eichler. L’inversion de la courbe se situe entre 7,6% et 8,5%, selon que l’on considère la croissance économique générale ou la croissance réelle. Autrement dit, dès que la part des emplois financiers dépasse ce niveau, cela provoque une baisse de la croissance économique. Cette excroissance structurelle entraînant des conséquences conjoncturelles s’explique, notamment, par une très forte sensibilité du secteur à la volatilité de la croissance et par la captation des cerveaux. Le secteur financier prive donc les autres domaines de l’économie de main-d’œuvre hautement qualifiée, ce qui ralentit la croissance économique globale.

Genève et Zurich touchées

La Suisse, avec 5,1% de l’emploi total affecté au secteur financier, ne se situe pas dans la zone critique. Mais l’analyse change si l’on considère les places financières locales. Ainsi, 10,5% des emplois à Zurich, et 9,2% à Genève, sont directement rattachés à ce secteur. Peut-on, dès lors, admettre qu’il freine la croissance globale de la région et que la place financière occupe une place trop importante? «Pas forcément», répond Martin Eichler, qui signale que «la règle moyenne ne s’applique pas obligatoirement à certains cas particuliers». La structure de la place financière suisse, davantage orientée sur la gestion de fortune que sur la banque d’investissement, laisse à penser, selon l’auteur de l’étude, que l’exception suisse pourrait confirmer la règle.

«Mais il est important de garder l’œil sur le secteur financier et de soigneusement peser les chances et les risques, afin qu’il reste bien au service de l’économie», conclut Martin Eichler.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/b0732a52-bf25-11e2-9b7f-d2d297ec72b1%7C1

 

source

 

Tag(s) : #Crise de l'Euro

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