Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L’écrivain culte Ray Bradbury est mort

 

Le célèbre écrivain se science-fiction Ray Bradbury s’est éteint ce mercredi aux Etats-Unis à l’âge de 92 ans, rapporte Associated Press, citant la déclaration faite par la fille de l'écrivain.

Raymond Douglas Bradbury est né le 22 Août 1920 à Waukegan (Illinois). Il rêvait de devenir écrivain dès son enfance, et a commencé à publier les premiers récits en 1938, s’inspirant des bandes dessinées.

Bradbury est devenu mondialement connu après la sortie de son roman-fiction dystopique Fahrenheit 451 en 1953. Il est appelé l'un des meilleurs écrivains de science-fiction, et fondateur de nombreuses traditions du genre de la fiction.

« Il a laissé un grand héritage sous forme de nombreux livres, films, séries TV, pièces de théâtre, mais surtout, ce qui reste dans les cœurs et les esprits de ceux qui le connaissaient et ont lu ses livres », a déclaré le petit-fils de l’écrivain.

 

source

 

Deux de ses romans les plus connus, Les Chroniques martiennes et Le Vin de l'été, sont en fait des compilations de récits courts, et même la forme originale de Fahrenheit 451 était celle d'une nouvelle, Le Pompier. Donc, même si le recueil de la maison d'édition Everyman's Library The Stories of Ray Bradbury - où se trouvent seulement 100 histoires regroupées dans un gros millier de pages - ne représente qu'une fraction microscopique de l'œuvre de Bradbury, ce n'est pas un mauvais début pour aborder l'œuvre de Bradbury.

Mythologie

Les meilleurs récits courts ont une apparence familière et pourtant surprenante. Ils sont comme de vieilles connaissances - vous savez que vous les avez déjà rencontrés quelque part. Il y a, par exemple, le récit de l'homme qui voyage dans le temps et marche accidentellement sur un papillon, changeant ainsi irrévocablement la marche de l'histoire (Un Coup de tonnerre).  Puis il y a celui de l'homme qui achète un mari-robot pour vivre avec sa femme afin qu'il puisse être libre de voyager et de vivre d'aventure - c'est Automates, société anonyme (A ne pas confondre avec Je chante le corps électrique au sujet de l'homme qui achète une grand-mère robot pour s'occuper de ses enfants après la mort de sa femme.) Ou Le Terrain de jeu, au sujet du père qui échange sa place avec son fils pour lui éviter la cruauté de l'enfance-oubliant jusqu'à quel point l'enfance peut être cruelle. Ces histoires sont familières parce qu'elles ont été adaptées, et pillées, par d'innombrables autres écrivains - dans des livres, des émissions de télévision, et des films. S'il y a une mythologie de notre temps, Bradbury en est un de ses créateurs.

La science-fiction se périme aussi rapidement que n'importe quel genre, et Bradbury n'échappe pas complètement au phénomène. Les vaisseaux spatiaux futuristes qu'il a décrits en 1950 ressemblent beaucoup aux premières générations de fusées de la NASA; la musique du futur est empruntée à Rachmaninoff et Duke Ellington; et dans le terrifiant  Mars est le Paradis, la planète décrite ressemble étrangement à Green Bluff dans l'Illinois, jusqu'à ses maisons victoriennes «couvertes de rouleaux et de rococo». Mais la raison pour laquelle les histoires de Bradbury continuent de nous interpeller, malgré tous ces robots humanoïdes, ces maisons automatisées, et ces hommes fusibles, c'est que leur intérêt n'est pas dans la description des technologies futures mais dans celle des gens tels qu'ils vivent aujourd'hui et de la façon dont la prolifération des technologies altère notre façon de penser et de nous comporter les uns envers les autres.

Bradbury n'est pas un luddite

Ceci est particulièrement vrai dans Le Meurtrier dans lequel un homme est enfermé dans un hôpital psychiatrique pour avoir détruit des «machines qui font yak-yak-yak». «Si vous vous demandez pourquoi c'est silencieux ici», dit le fou au psychiatre, «c'est que je viens de tuer la radio à coups de pied». L'histoire, comme vous pouvez le prévoir, révèle que le prisonnier est la seule personne au monde qui n'est pas fou dans un monde devenu esclave de stimuli électroniques. Et Bradbury a cette capacité à évoquer jusqu'à quel point ce monde annihile l'âme. En quittant la cellule du fou, le psychiatre retourne à son bureau où il se met au travail. La terminologie est peut-être archaïque, mais la manie qu'elle décrit est follement d'actualité:

Trois téléphones sonnèrent. La radio-montre dans le tiroir de son bureau bourdonna comme une sauterelle blessée. L'interphone clignotait en rose et émettait des clics secs. Trois téléphones sonnèrent. Le tiroir bourdonna [...] Le psychiatre, fredonnant doucement, mit la nouvelle radio-montre sur son poignet, appuya sur le bouton de l'interphone, parla un moment, répondit à un téléphone, parla, répondit à un autre téléphone, parla, répondit au troisième téléphone, parla, toucha le bouton de la radio-montre, parla calmement et doucement, son visage frais et serein, au milieu de la musique et des lumières qui flashaient, les téléphonent sonnèrent de nouveau.

Cependant, Bradbury n'est pas un idéologue, et il n'est certainement pas un luddite. Le discours le plus poignant, après tout, est énoncé par un robot. Dans Je chante le corps électrique la grand-mère électronique se met devant sa famille adoptive sceptique et essaie de les convaincre. «Vous demandez qui je suis?», dit elle. «Bien, une machine. Mais même dans cette réponse, nous savons, n'est-ce pas, que cela veut dire beaucoup plus qu'une machine. Tous les gens qui m'ont imaginée, et m'ont planifiée, et m'ont construite et m'ont mise en marche. Donc, je suis des gens. Je suis toutes les choses qu'ils voulaient être et peut-être ne pouvaient pas être, donc ils ont construit un enfant magnifique, un merveilleux jouet pour représenter toutes ces choses». Il devient clair très rapidement que la grand-mère électronique n'essaie pas de se faire aimer par cette famille, paralysée par la mort de la mère. Elle essaie de les faire s'aimer de nouveau. Au fond de leurs cœurs électroniques, les machines de Bradbury sont aussi humaines que leurs inventeurs. Elles désirent sentir, aimer. Les tragédies se passent quand les êtres humains commencent à se comporter comme des machines.

Un homme dans une combinaison spatiale

L'exubérance de la prose de Bradbury témoigne d'une candeur presque enfantine. Nous n'avons pas besoin de regarder plus loin que les titres déclamatoires qu'il donne à tellement de ses histoires J'te tiens! ou Jeunes amis, faites pousser des champignons dans votre cave! Mais sa vision est suffisamment profonde pour qu'il sache ce qui se cache de l'autre côté: la désillusion, le désordre, le cynisme. Car Bradbury ne fait pas uniquement de la science-fiction; il fait, dans les mêmes proportions, de l'horreur («Sans Ray Bradbury, il n'y aurait pas de Stephen King», a écrit une fois ce dernier). Et ces histoires nous rappellent encore et encore que rien n'est plus terrifiant que le chaos du monde réel lorsqu'il envahit le cocon délicieux de l'innocence de la jeunesse. L'ironie est que dans beaucoup de ses histoires, les innocents sont les adultes, pendant que les enfants sont de petits démons maniaques et homicides.

Bradbury est un optimiste au coeur, mais il sait que l'espoir ne sera peut-être pas suffisant. Il a vu l'avenir, et il ne s'agit pas uniquement de villes en pierre rose sur Mars et de maisons qui se rangent toutes seules. Il s'agit aussi de comprendre que la fin du monde est pour demain et qu'il n'y a rien d'autre à faire que de se cacher sous la couverture en attendant que tout se dissolve dans l'oubli. C'est une pièce pleine de robots qui racontent des histoires au sujet des gens qui les ont créés, bien après que l'espèce humaine a disparu de la planète. C'est un homme dans une combinaison spatiale qui tombe à travers le cosmos à 10.000 kilomètres/heure, sentant sa cervelle en train de se désintégrer et se demandant ce qu'il peut bien faire en ces derniers instants pour «se rattraper d'une vie terrible et vide» avant de basculer dans le néant. Vous lisez Bradbury avec un sentiment grandissant d'émerveillement et de joie. C'est seulement après réflexion, après que les histoires s'installent dans votre esprit et s'infiltrent dans les fissures et les coins sombres, que l'émerveillement se mute en quelque chose de plus proche de la crainte.

Nathaniel Rich

Nathaniel Rich est l'auteur de The Mayor's Tongue, un roman, et San Francisco Noir, un livre de critique sur le cinéma.

Tag(s) : #ACTUALITES

Partager cet article