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Julien Venesson : "Les nouveaux blés sont comparables à des OGM"

Julien Venesson : "Les nouveaux blés sont comparables à des OGM"

Le nombre de personnes sensibles au gluten a énormément augmenté ces dernières années. Le blé que nous consommons serait-il mauvais pour la santé ? Julien Venesson auteur du livre, "Gluten Comment le blé moderne nous intoxique", nous éclaire sur la question.

 

Quel est le problème du blé "moderne" et comment en est-on arrivé là ?

Le blé que l’on consomme actuellement a subi de nombreuses manipulations génétiques depuis les débuts de l’agriculture il y a 10 à 15 000 ans. Ces manipulations ont été le fruit de sélections et de mutations naturelles pendant des milliers d’années. Mais depuis plusieurs dizaines d’années, l’homme a opéré des modifications dans le génome des blés à l’aide de techniques de génétique qui ont donné naissance à de nouveaux blés.

Pour les toxicologues avec lesquels je me suis entretenu, ces nouveaux blés sont comparables à des OGM et aucune autorité sanitaire ne peut en garantir l’innocuité. Nous sommes en train de vivre une expérience toxicologique à grandeur nature en consommant ces nouvelles céréales, mais l’explosion du nombre d’intolérances et de sensibilités au gluten montre que cette expérience se déroule très mal.

blé, farine, pain


Votre livre s'intitule "Gluten" mais est sous-titré "comment le blé moderne nous intoxique". Excluez-vous alors les autres céréales contenant du gluten tels que l'avoine, le seigle, l'orge ?

Mon livre n’est pas une ordonnance. C’est une enquête que j’ai menée pendant plus d’un an pour comprendre POURQUOI le gluten est montré du doigt de plus en plus fréquemment. J’ai rassemblé un très grand nombre de références scientifiques et des interviews des chercheurs les plus renommés dans leurs domaines (expert toxicologue à l’ANSES, responsable du plus grand centre de recherches sur les intolérances au gluten aux USA, expert en allergologie).

Le gluten est un mélange de protéines qu’on retrouve abondamment dans le blé mais aussi dans d’autres céréales comme l’avoine, l’épeautre, l’orge ou le seigle et qui est responsable de nombreux problèmes de santé. Plus aucune de ces céréales ne ressemble à celles que nous consommions il y a 10 000 ans.

Si on suit un régime sans gluten il faut donc choisir d’autres sources de féculents. La bonne nouvelle c’est que la plupart des alternatives à ces céréales sont plus riches en goût, contiennent plus de vitamines et de minéraux et leur consommation est associée à une meilleure santé en général.


Les manipulations génétiques concernent aujourd'hui la plupart des aliments que nous consommons, pourquoi vous intéresser à la question du blé en particulier ?

Aucun autre aliment n’a subi autant de modifications dans son génome que le blé, en particulier sur un laps de temps aussi court. De plus, les manipulations génétiques opérées sur le blé ont été le fruit de techniques de génétique avancées qui ne correspondent pas à de simples croisements entre deux plantes.

Il faut tout de même réaliser que les blés originels comptaient 14 chromosomes alors que les blés actuels en comptent... 42 ! Et aucun agronome n’est capable de vous dire ce que font exactement les milliards de gènes de ces nouveaux blés (c’est un travail européen qui a lieu actuellement et auquel participe l’INRA sous la direction de Catherine Feuillet). Chez l’homme l’ajout d’un seul chromosome a des effets incommensurables (par exemple la trisomie 21). Alors imaginez ce qui peut se passer en multipliant un patrimoine génétique par 3.
Spaguetti for two...


Comment savoir si l'on souffre d'une sensibilité au gluten ?

La sensibilité au gluten, qui est une maladie différente de l’intolérance au gluten (aussi appelée “maladie cœliaque”) est plus fréquente (entre 10 et 40% de la population serait concernée d’après des études préliminaires). Les chercheurs ont réussi à démontrer l’existence de cette maladie mais ne sont pas encore capables de fournir des outils diagnostics.

Autrement dit, pour savoir si une personne souffre d’une sensibilité au gluten, ils lui font suivre un régime alimentaire sans gluten pendant quelques semaines et ils observent si les symptômes s’améliorent ou disparaissent. Il s’agit le plus souvent de fatigue, ballonnements, maux de tête et douleurs articulaires.
Tea Time


A la lecture de votre livre, le blé moderne semble responsable de tous les maux. Doit-on pour autant le supprimer totalement, sachant à quel point ce régime est socialement excluant ?

J’écris à plusieurs reprises que le gluten (et le blé) ne peut pas être responsable de tous les maux du monde. Il faut savoir garder un minimum de bon sens. Néanmoins, les travaux des chercheurs que je cite exposent clairement l’implication du blé moderne dans de nombreux problèmes de santé très courants comme l’eczéma, la spondylarthrite, le psoriasis, l’arthrose, le côlon irritable, l’acné, les maladies auto-immunes...

Lorsqu’on est concerné par ces maladies, la suppression du gluten peut permettre de guérir totalement, comme le montrent les exemples publiés par les chercheurs sur lesquels je m’appuie. Néanmoins la plupart des maladies étant multifactorielles, d’autres stratégies naturelles, passant par la nutrition ou la micronutrition peuvent être nécessaires et j’ai aussi essayé de les réunir pour chaque maladie.

Le fait qu’un régime sans gluten soit socialement excluant est une particularité française, ce n’est pas une vérité en soi. Si vous déménagez au Japon ou en Corée où l’aliment de base est le riz (et non le pain), vous verrez qu’un régime sans gluten est très social. Il faut donc apprendre à choisir comment on veut vivre sa vie et son alimentation. De plus, la généralisation des aliments, des restaurants et même des boulangeries sans gluten, rend les choses de plus en plus faciles et donc de plus en plus sociales.


Pourquoi la France est-elle si en retard sur cette question de l'intolérance au gluten, et de manière plus générale sur les régimes alimentaires spécifiques ?

Je ne sais pas vraiment. La France a une politique de santé actuelle axée sur le traitement et non sur la prévention : rendez-vous compte qu’il n’y a presque aucun cours de nutrition pour prévenir les maladies dans le cursus de 9 ans que suit un médecin généraliste? Les aliments sont pourtant des éléments que l’on introduit dans notre organisme chaque jour, on comprend donc instinctivement qu’ils vont avoir un impact sur la santé. Je pense que le programme médical français doit être refondé.


Vous concluez par "ce livre n'est pas scientifique" Pourquoi ?

C’est une surprise ! Et une surprise doit être dévoilée au dernier moment, c’est-à-dire à la fin de la lecture du livre. 


Pouvez-vous nous donner 3 conseils pour bien manger sans blé ? 

Ce n’est vraiment pas difficile. Il faut simplement mettre en place de nouvelles habitudes.

  •  Parcourir les magasins diététiques et découvrir la richesse de notre alimentation en dehors du blé : lentilles vertes, lentilles corail, pois chiches, riz rouge, riz de Camargue, sarrasin, teff, amarante, patate douce, panais, soja, haricots azuki, pois cassés... Tous ces aliments sont plus riches en vitamines et en minéraux que le blé moderne.
  • Faîtes la cuisine et évitez les produits préparés : ces derniers contiennent souvent du gluten caché. Du blé peut, par exemple, avoir été utilisé simplement pour lier une sauce. Même si vous n’êtes pas un cordon bleu ou que votre emploi du temps est chargé, le simple fait de revenir à une préparation simple de vos repas rendra une alimentation sans gluten facile. Par exemple, décongeler du poisson, faire cuire des légumes et un peu de riz, ne prend que quelques minutes et vous assure l’absence de gluten.

Penser aux amandes, pistaches, noisettes, noix de macadamia ou noix de Grenoble pour grignoter autre chose que des biscuits. Ce sont aussi de bonnes sources de vitamine E (dont les Français manquent souvent) et d’antioxydants. Contrairement à une idée reçue ces oléagineux ne font pas grossir.

 

"Gluten Comment le blé moderne nous intoxique" de Julien Venesson

En quelques années, le blé à bien changé. les agronomes ont profondément modifié les gènes du blé. Ils ont donné naissance à des variétés monstrueuses, des Frankenblés. Conséquence : ces blés modernes sont bien plus riches en gluten que les variétés ancestrales. Aujourd'hui, jusqu'à une personne sur trois aurait sans le savoir une sensibilité au gluten. S'agit-il d'une coïncidence ou d'une réelle conséquence ? 

Retrouvez plus d'informations dans le livre "Gluten Comment le blé moderne nous intoxique" de Julien Venesson aux éditions Thierry Souccar.

 

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Tag(s) : #SANTE

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