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En France, les stocks d'iode, comprimés distribués lors de catastrophes nucléaires, sont insuffisants et périmés.

Des tablettes d'iode dans un colis en partance pour le Japon, dans l'usine Areva d'Erlangen, en Allemagne, le 22 mars (Michaela Rehle/Reuters).

 

Info signalée par un internaute

Dormez tranquilles, bonnes gens ! L'Etat veille sur vous. C'est le message que l'on veut nous faire passer sur la préparation à un éventuel accident nucléaire type Fukushima. Pourtant, quand un simple citoyen mène son enquête, il a le plus grand mal à avoir des infos rassurantes.

Raymond, militant antinucléaire dans l'association Tchernoblaye, habite à une trentaine de kilomètres de la centrale du Blayais, qu'il aimerait voir fermer. Un jour, il est allé voir le « Livre des risques » disponible en mairie, parce qu'il voulait vérifier que sa commune se préparait sérieusement face au risque nucléaire, notamment concernant le stock d'iode stable, qui empêche la fixation de l'iode radioactive dans la glande thyroïdienne (le cancer de la thyroïde est l'un des principaux dangers de la radioactivité et l'iode le seul moyen de le prévenir).

A Tchernobyl, faute d'iode, on a observé une progression importante des cancers de la thyroïde chez les enfants dans les années qui ont suivi l'accident de 1986. Au Japon, des comprimés ont été donnés à la population, mais il n'est pas sûr que ce soit en quantité suffisante.

Or, la France n'a équipé chaque foyer de comprimés d'iode que dans un rayon de 10 km autour des centrales nucléaires (installations disposant d'un « plan particulier d'intervention », qui concerne 400 000 foyers). Pour les autres, les stocks publics sont gardés par l'Etat, chargé de les distribuer au cas où.

Quand la directrice générale des services de sa commune lui a ouvert les portes du stock de comprimés d'iodure de potassium, il a pu prendre des photos. Il a remarqué que sa commune stockait 2 000 comprimés, au lieu des 3 000 nécessaires à sa population, et surtout, que la date de péremption notée sur les boîtes était dépassée depuis 2007.

« Une majorité de ces stocks sont à ce jour périmés »

Raymond a alors alerté le pharmacien de référence de sa zone. Celui-ci a écrit à l'Agence régionale de santé (ARS) d'Aquitaine, qui lui a envoyé un e-mail – que Rue89 a pu consulter –- lui répondant ceci :

« Pour la région Aquitaine, une majorité de ces stocks sont à ce jour périmés (d'un point de vue réglementaire, des analyses physico-chimiques pourraient démontrer la stabilité de l'iodure de potassium). »

 

Périmés… mais prolongés, comme le confirme Gaël Ripoche, le pharmacien de référence :

« Je me suis protégé en obtenant la confirmation des autorités que les comprimés n'étaient plus valables. L'Etat ne me donne pas les moyens de faire mon travail de pharmacien référent… Mais je n'en parle pas trop car je sais que ça peut angoisser des gens. »

 

Ne pas déstocker les stocks périmés

L'ARS précise aussi dans le même courrier :

« A ce jour, il n'est pas décidé de déstocker et de renouveler les anciens comprimés à 130 mg, qui doivent être conservés par l'Etat. »

 

« Les comprimés sont toujours efficaces et demeurent sans danger », nous rassure d'un ton très docte le Dr Flottes, généraliste interrogé sur le site d'info grand public Distribution-Iode.com.

S'il fallait donner des comprimés d'iode, l'Etat en donnerait donc des périmés ? Non. L'explication se trouve ici : l'Agence française de sécurité des produits de santé (Afssaps) nous explique avoir autorisé, le 6 mai 2011,« une prolongation de la durée de conservation des comprimés à 130 mg, de cinq à sept ans. Ces prolongations ont été accordées sur la base de données de stabilité en temps réel fournies par la pharmacie centrale des armées, selon les règles de détermination des durées de conservation appliquées à tous les médicaments. »

Une boîte d'iodure de potassium (Raymond)

Une nouvelle commande est en train d'arriver

Les autorités ont lancé un grand plan de renouvellement des stocks. La direction générale de la Santé nous confirme :

« [que] la production par la pharmacie centrale des armées d'un stock de 110 millions de comprimés d'iode dosés à 65 mg a débuté en 2010, sur commande de l'Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus). 81 millions de comprimés ont déjà été livrés et positionnés sur les plateformes zonales de l'Eprus, les livraisons devant se poursuivre jusqu'à la fin de l'année 2011. »

 

Admettons que d'ici l'an prochain, nous disposions partout du bon nombre de comprimés – pas périmés. Reste à être sûr qu'ils puissent être distribués dans les deux heures à toute la population (au-delà, l'efficacité de l'iode est nettement réduite).

Avant, c'étaient les mairies qui stockaient les comprimés d'iode ; depuis juillet dernier, l'organisation a été revue et mise entre les mains des départements. Voici ce que nous dit la direction générale de la Santé :

« En cas de crise, les sites de distribution à la population infradépartementaux, identifiés par les préfets, seront activés et approvisionnés directement à partir de ces sites centralisés. »

 

Comprendre qu'actuellement, il n'y a qu'un lieu de stockage par département, et qu'en pleine crise, il faudra en deux heures les répartir partout où c'est nécessaire.

Heureusement que, comme le précise encore le site public, « le recours aux comprimés d'iode ne s'est jamais avéré nécessaire ».

Photos : des tablettes d'iode dans un colis en partance pour le Japon, dans l'usine Areva d'Erlangen, en Allemagne, le 22 mars (Michaela Rehle/Reuters) ; boîte d'iodure de potassium (Raymond)

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89

Tag(s) : #SANTE

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