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Alimentation : « Nous sommes dans la même situation qu’en 1789 »


Interview - L'agriculteur Pierre Priolet a entamé une marche pour recueillir le désespoir des paysans français. Il partage ses solutions pour changer notre système alimentaire.

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Terra eco : Comment avez-vous eu l’idée de cette marche des doléances ?

Pierre Priolet : J’ai engagé un combat en 2010 pour parler d’un problème grave : en France, des gens ont faim et ceux qui produisent la nourriture ne s’en sortent plus. C’est un problème essentiel, que les Français vivent au quotidien. Or, la campagne présidentielle a débuté depuis plusieurs mois et personne n’en parle. Je suis très attristé par cette aberration. J’étais dans cette réflexion lorsque j’ai visité, par hasard, le mémorial de la Marseillaise à Marseille.

En entrant dans une salle, je suis tombé sur un personnage représenté se demandant : « Est-il normal de mourir de faim en nourrissant la population ». Et là je me suis dit que, sur la question de l’alimentation, nous sommes dans la même situation qu’en 1789 et qu’il me fallait monter à Paris pour le dire. Moi qui n’aime pas marcher, je me suis forcer la main en décidant d’y aller à pied, pour rencontrer des gens sur mon chemin.

Où en êtes-vous dans ce parcours ?

Je marche 30 kilomètres par jour et je traverse actuellement le Morvan, où il a fait - 8°C aujourd’hui. Chaque soir, je suis hébergé par des habitants avec qui je discute. Je recueille les témoignages dans des vidéos que je diffuse chaque soir sur notre site internet ou dans mon cahier de doléance. J’ai envoyé un mail avant mon départ aux maires des communes que je traverse pour leur donner rendez-vous et déjeuner avec moi à la mi-journée.

Pour l’instant, tous m’ont reçu et ont signé mon cahier, même Gérard Collomb le maire de Lyon. Le député-maire de Vienne, Jacques Remiller, m’a, lui, convié à l’Assemblée nationale le 21 février, en sa qualité de président du groupe de travail sur les fruits et légumes. Je m’y rendrai avec un éleveur, un vigneron, un céréalier et un maraîcher pour présenter les doléances. Mon but est de dire aux dirigeants, quels qu’ils soient, taisez-vous un peu et écoutez-nous.

Quels sont les témoignages qui vous marquent aujourd’hui ?

Ce qui ressort d’abord, ce sont des messages de bon-sens, très rarement de la colère ou de la haine. Quand on leur demande, les gens disent que nos aliments ont perdu en qualité, ou qu’ils voudraient que leur travail soit mieux reconnu. Les gens ont envie de retrouver les choses bien faites, de prendre le temps. Nous sommes tous isolés, et nous en sommes malheureux. A quoi sert d’avoir 400 hectares de terre et d’aller à toute vitesse sur son tracteur si l’on ne peut plus rencontrer ses voisins ?

Quelles sont les premiers enseignements que vous en tirez sur l’agriculture française ?

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Auteur : Thibaut Schepman

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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