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C’est un coup dur pour la Commission européenne tout juste nommée. Les révélations de “LuxLeaks”, sur les pratiques d’évasions fiscales mises en place au Luxembourg au profit de multinationales, mettent Jean-Claude Juncker, président de la Commission et ancien Premier ministre du Grand Duché, en grande difficulté.

 

Les accords fiscaux secrets entre le Luxembourg et 340 multinationales dévoilés :

Apple, Amazon, Heinz, Pepsi, Ikea, Axa... 340 géants ont passé des accords avec le Luxembourg pour minimiser leurs impôts. Et les autres Etats ont perdu des milliards d'euros de recettes fiscales.

 

Quelles conséquences pour l’Europe ?

 

 

C’était censé être le gros événement de la journée à Bruxelles : le dialogue entre Jacques Delors et Jean-Claude Juncker. Un face-à-face entre deux présidents de la Commission qui connaissent par cœur les arcanes de la politique européenne.

Malheureusement, Jean-Claude Juncker a fait faux-bond, et en plus pour de mauvaises raisons. Lui qui nous avait habitué à un certain panache depuis sa prise de fonction, le voilà englué dans l’affaire “LuxLeaks”, une sombre histoire d’arrangements fiscaux made in Luxembourg.

Au lieu de faire face, il a choisi le silence.


La Commission affaiblie

Il est inutile de préciser que cela fait les gorges chaudes à Bruxelles. Au palais Bozar où se déroulent les Journées de Bruxelles organisées par “L’Obs”, “Le Soir” et “Le Standard”, tout le monde y est allé de son commentaire. Une dame attendant une conférence y allait de son “il n’y a pas de fumée sans feu, surtout quand on ne cherche pas à arrêter le feu“.

Chez les organisateurs, une forte amertume pointait. Après des semaines d’organisation, ce qui devait être une des grandes rencontres de l’année sur l’Europe a été annulée d’un coup. Meilleure preuve de la légèreté avec laquelle Jean-Claude Juncker s’est fendu d’une lettre d’excuse dans l’après-midi. Un président de la Commission qui s’excuse d’avoir annulé une conférence, et qui le fait savoir, voilà quelque chose de peu courant tout de même.

Certes, nous avons eu à la place un flamboyant Guy Verhofstadt en remplaçant de luxe. L’ancien Premier ministre belge sait comment faire rêver un public qui n’attendait qu’une chose : qu’on ne s’excuse pas de vouloir faire l’Europe.

Mais Jean-Claude Juncker qui esquive, c’est l’Europe qui vacille. Parce que si le chef de l’exécutif n’est plus là, c’est la Commission qui devient faible.


La gauche ne lui fera pas de cadeaux

C’est un cadeau fait aux chefs d’États et de gouvernements bousculés ces derniers jours par le président de la Commission. David Cameron et Matteo Renzi vont avoir beau jeu de dire à Jean-Claude Juncker de baisser d’un ton et de ne plus venir les embêter.

Le nouvel équilibre institutionnel va-t-il basculer vers une nouvelle ère Barroso ? Il y a encore peu, les États faisaient ce qu’ils voulaient et la Commission attendait le feu vert du Conseil européen avant de bouger réellement sur un dossier.

Au Parlement européen aussi, la nouvelle grande coalition PPE-ADLE-PSE (droite-centre-gauche) va tanguer.

Les socialistes ont eu beaucoup de mal à accepter de faire alliance avec le symbole du paradis fiscal luxembourgeois. Il a fallu tout le savoir-faire de Martin Schulz, président du Parlement européen, pour faire privilégier l’intérêt politique sur la question du symbole. Les frondeurs de Strasbourg qui n’avaient pas voté la confiance à Juncker, dont font parti une bonne part des eurodéputés socialistes français, sont confortés dans leur choix.

Pour le moment, le président de l’exécutif bruxellois a encore une chance de recoller les morceaux. Mais il devra être convainquant. Alors que la gauche de la gauche européenne (la GUE) a d’ores et déjà appelé à une censure de la Commission, les autres partis restent en réserve. Et au Parlement européen, il n’est pas coutume de faire des cadeaux et on ne se contente pas d’explications de façade.


Une mauvaise nouvelle pour la construction européenne

Mais tout cela risque d’être une bien mauvaise affaire pour la construction européenne. Imaginons que Juncker explose en vol. Tout le travail effectué pour faire en sorte que ce soit les électeurs européens qui décident de qui sera le président de la Commission pourrait être remis en cause.

Les diplomates sont nombreux à regretter cette évolution institutionnelle, passée inaperçue auprès des médias et du grand public. Les chefs d’États et de gouvernements préféreraient grandement retrouver leurs habitudes de décider du futur de l’Europe à l’abri derrière des portes closes.

Formons le vœux que Jean-Claude Juncker ait de bonnes explications à donner sur cette affaire. En tous les cas, l’esquive est une faute politique. Marquera-t-elle le reste de son mandat ?

Nouvel Obs

(Merci à BA)

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Tag(s) : #EUROPE

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