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Le retour de Maître Nicolas Sarkozy serait à l'origine d'une année particulièrement florissante pour son cabinet d'avocat. Pourtant, durant son mandat, il a endetté la France de 500 milliards d'euros. Cherchez l'erreur, nous demande notre chroniqueur Thierry de Cabarrus.

 

Les affaires de Maître Sarkozy vont bien, merci pour lui. Avec 23% d’augmentation en un an, le chiffre d’affaires de son cabinet d’avocat a dépassé les 5 millions d’euros en 2013.

 

Dommage, cependant, que cette capacité incontestable à faire de l’argent quand il s'agit de son propre porte-monnaie, l’ancien président de la République ne l’ait pas utilisée pour redresser les comptes de la France. Bien au contraire, à en juger les résultats économiques calamiteux de son mandat, "Un quinquennat à 500 milliards", comme l'expliquait l'enquête réalisée par deux journalistes des magazines "Marianne" et "Le Point" .

 

Un caillou dans sa chaussure

 

Il y a des informations qui tombent mal. Ainsi, apprend-on que Nicolas Sarkozy est toujours aussi doué pour gérer ses comptes personnels, alors qu'il s'est avéré incapable de gérer ceux de la France.

 

Comment comprendre, dès lors, que l'ancien président réussisse sa reconversion dans le privé et échoue quand sa mission consiste à s'occuper des intérêts des autres, ceux des Français qui lui ont fait confiance en 2007 ?

 

Il faudra que Nicolas Sarkozy justifie son échec, à l'heure où il prétend revenir dans le jeu politique. Car il ne coupera pas à faire son propre bilan, sauf à garder, en ces temps délicats pour lui, un caillou très inconfortable dans sa chaussure.

 

En effet, alors que plus que jamais, au terme d’un insoutenable suspense et de mirifiques vacances à Bali en compagnie de Carla Bruni, les fans de l’ancien président annoncent, que dis-je, exigent le retour en fanfare de leur champion, il est bon de se remémorer ce livre qui met à bas l’image du sauveur prétendument capable de sortir le pays de la crise.

 

Ce fameux bilan chiffré que Nicolas Sarkozy a toujours refusé, ce devoir d’inventaire sur lequel l’UMP s’est si longtemps divisé, existe, à condition que chacun veuille bien en faire l'analyse de manière objective et honnête: le quinquennat 2007-2012 a coûté 500 milliards d’euros à la France, pas moins. Et qu’on n’aille surtout pas dire que ce serait la faute de la crise.

 

Car si la dette de notre pays est passée de 1.150 à 1.780 milliards en cinq ans, soit une augmentation de 630 milliards, seuls 109 milliards sont imputables à la baisse des recettes, tiennent à préciser les auteurs, les 520 milliards restants étant uniquement imputables à la gestion calamiteuse de Nicolas Sarkozy.

 

Des convictions intangibles

 

Et d’expliquer que si l’ancien président a attaqué beaucoup de chantiers, il est loin de les avoir tous menés à terme, n’hésitant pas, par opportunisme, par pragmatisme, par prudence, à détruire en fin de mandat ce qu’il avait voulu construire au début.

 

Et nos deux journalistes de confirmer encore ce qu’on savait déjà, à savoir que Nicolas Sarkozy n’est pas guidé, c’est le moins que l’on puisse dire, par des convictions intangibles, que ce soit dans les domaines politiques (d’abord l’ouverture, puis le "buissonisme") ou économiques.

 

Que dire aussi des cadeaux qu’il fait à ses amis milliardaires ? Il leur offre le bouclier fiscal (on se souvient du chèque du Trésor public à Liliane Bettencourt), les exonérations massives des droits de succession, l’exonération des plus-values sur les cessions de titres des entreprises, le crédit impôt-recherche, la baisse de la TVA des restaurateurs).

 

Et les économies qu’il a promises dans le train de vie de l’État ? Le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux annoncé en fanfare n’aura quasiment aucun effet sur les dépenses puisque les économies seront redistribuées aux fonctionnaires et n’allégeront pas la dette.

 

De même, la Cades, cet organisme destiné à regrouper les déficits de la Sécurité sociale, sera autorisé sous son mandat à emprunter 130 millions supplémentaires…

 

Le scandale Bygmalion et le Sarkothon

 

Nicolas Sarkozy, on le voit, s’est avéré non seulement incapable de canaliser les déficits mais au contraire coupable de les accroître sans la moindre gêne. C’est d’autant plus choquant qu’un tel comportement irresponsable (après tout, ce n’est pas grave, n’est-ce pas, puisque ce n’est pas son argent personnel) prend un relief particulier au vu des affaires qui cernent Nicolas Sarkozy.

 

Comment, en effet, ne pas faire le rapprochement, par exemple, avec les dépenses somptuaires engagées par le candidat pendant la campagne présidentielle de 2012 et révélées à l’occasion du scandale Bygmalion ?

 

Comment ne pas s’interroger sur cette formidable fuite en avant, qui aurait consisté, aux dires des patrons de cette PME proches de Jean-François Copé, à ne pas se soucier des dépenses liées aux meetings et aux locations de jets privés puisque l’UMP jouait, en sous-main, les pompiers de service ?

 

Comment ne pas se rappeler aussi le fameux Sarkothon, l’appel aux dons des militants lancé par ce même Jean-François Copé qui a permis de récolter quelque 11 millions d’euros, sans que personne, parmi les cadres de l’UMP, ne consente à réduire ses propres dépenses ou celles de ses proches ?

 

"J’ai gagné ! J’ai gagné !"

 

C’est ce même Nicolas Sarkozy, mais aussi ses amis d’hier et adversaires d’aujourd’hui, les Fillon, Juppé, Bertrand, Wauquiez, Morano qui osent donner des leçons de bonne gestion à François Hollande.

 

Ce dernier n’est certes pas (loin de là) exempt de reproches, mais l’on aimerait bien que l’UMP et son futur nouveau président Sarkozy commencent par balayer devant leur porte avant d’exiger de l’exécutif une gestion plus exemplaire.

 

Au lieu de cela, on s’étonnera à peine, tant notre opinion sur le personnage est déjà forgée, de cette anecdote surréaliste rapportée par Mélanie Delattre et Emmanuel Lévy dans "Un quinquennat à 500 milliards" :

 

"Tu vois, j'ai gagné ! J'ai gagné !" lance, triomphant et vengeur, Nicolas Sarkozy au député du Nouveau centre Charles de Courson, présent à l'Élysée pour une cérémonie début 2010. De quelle victoire si importante se prévaut donc le président de la République ? D'avoir fait baisser le chômage ou rétabli l'équilibre du commerce extérieur ? Rien de tout cela, bien sûr. Nicolas Sarkozy se félicite des 390 millions d'euros qui vont échoir au couple Tapie (dont 45 au titre du préjudice moral) à la suite d'un arrêt du Conseil d’État qui rejette le recours intenté par quelques députés, dont Courson, contre les conclusions d'un tribunal arbitral sur l'affaire Adidas-Crédit lyonnais." (extrait de l'article du "Point")

 

Quand il claironne ainsi "j’ai gagné !", on pouvait espérer que Nicolas Sarkozy parlait au nom de la France. Or, rien de tout cela. Au contraire, l’État a bel et bien perdu, et c’est Bernard Tapie, et lui seul, l’ami du chef de l’État qui a décroché le gros lot.

 

Les Français, qui sont des contribuables, ont dû faire un chèque exorbitant pour assumer cette "victoire". Et Nicolas Sarkozy, sans doute bien conscient que sa générosité ne lui coûtait strictement rien, jubilait. Il est vrai qu’avec 500 milliards de dettes à son actif, il n’était plus à 390 millions près.

 

Alors, certes, tous ces faits sont connus. Mais il est bon de les rappeler, avec toute la froideur qui s'impose, au moment où Nicolas Sarkozy est présenté, par ses amis, comme un formidable gagneur de fric. Car il ne faudrait pas confondre l'avocat à succès, le conférencier de luxe  avec un chef d'État qui pourrait, d'un coup de baguette magique, sauver la France de la faillite

 

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Tag(s) : #POLITIQUE

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