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La domination masculine n'existe pas


Titre original :
Quand les singes démontrent que la domination masculine n'existe pas


Si vous avez la chance d'avoir vu le (formidable) documentaire de Sophie Robert sur l'autisme et la psychanalyse, "Le Mur", vous vous souvenez probablement de ce passage délirant où Aldo Naouri, se fondant sur une étude scientifique qu'il n'a visiblement pas lue (et qu'il ne cite pas), explique que le placenta serait en quelque sorte génétiquement "téléguidé" par le père afin de contrevenir aux funestes projets de la mère, à savoir tuer l'enfant qu'elle porte.

Si cette théorie ne repose sur absolument rien de concret (vous pourrez lire ici une rapide et efficace contre-falsification du monsieur), il a été maintes et maintes fois démontré que, chez certains animaux, une femelle enceinte avorte spontanément quand elle croise un mâle qui n'est pas le géniteur du ou des petits qu'elle porte.

Cet effet, nommé "Effet Bruce" – d'après Hilda M. Bruce la première scientifique à l'avoir observé chez des souris de laboratoire en 1959 – vient tout juste d'être identifié chez des primates, les géladas, et dans leur milieu naturel de surcroît.

En se fondant sur l'analyse hormonale des déjections des singes, les scientifiques (une équipe de biologistes, d'anthropologues, de primatologues et de psychologues américains dirigée par Eila K. Roberts) ont observé que plus de 80% des femelles d'un groupe donné font une fausse couche dans les semaines qui suivent l'arrivée d'un nouveau mâle dominant.

Pourquoi ? "Tout simplement" parce que lors d'un tel changement politique, le nouveau chef tue quasiment à tous les coups l'engeance de son prédécesseur (là aussi, cette sympathique habitude se retrouve chez de nombreuses espèces), et que les femelles ont donc tout intérêt à minimiser l'énergie dépensée pour une progéniture vouée au génocide, tout en s’attirant les faveurs du nouvel impétrant.

Car, cerise sur le bouchon muqueux, ces femelles sont plus rapidement fertiles (et donc fécondables) que celles qui ne sont pas gravides au moment de la passation de pouvoir. En d'autres termes, plutôt que de produire une descendance qui risque de mourir, les femelles géladas préfèrent majoritairement investir dans de nouveaux enfants qui, eux, auront de meilleures chances de survivre (et de passer leur gènes).

D'un côté, on peut envisager (ce que fit il y a déjà bien longtemps Richard Dawkins dans "The Extended Phenotype") cet effet comme une pure manifestation de la domination masculine, tant il contrarie les intérêts reproductifs de la femelle. Mais à y regarder de plus près, comme le confirme cette nouvelle étude, la chose n'est pas aussi simple.

Dans ce genre d'organisation sociale, les femelles préfèrent se reproduire avec les meilleurs mâles, c'est-à-dire dans leurs esprits un peu limités (pardonnez-leur, ce sont des singes), celui qui est tout en haut de la pyramide. En prenant un petit risque, celui d'une fausse couche qui tourne mal, elles maximisent au contraire leurs intérêts reproductifs en se débarrassant de la descendance d'un loser (qui, en plus, menée à terme, pourrait sacrément les mettre en danger) tout en doublant les autres femelles dans la queue du harem.

Avec le nouveau mâle dominant, c'est donc un contrat gagnant-gagnant qui se met en place avec l'effet Bruce – par contre, le pauvre hère qui s'est fait éjecter, lui, il est 100% perdant.

Toute ressemblance avec des humains existants ou ayant existé serait évidemment fortuite (lol).

 

 

Auteur : Leplus.nouvelobs

Source : leplus.nouvelobs.com via "Terre Sacrée"

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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