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En 2002, des familles de victimes françaises avaient dû manifester contre un non-lieu de la cour d'appel de Paris. © Maxppp

Près de 30 ans après le scandale du sang contaminé qui a touché la France au milieu des années 80, l'affaire rebondit à l'étranger : dans un documentaire diffusé lundi soir sur Canal +, la réalisatrice Marie-Ange Poyet s'est rendue dans plusieurs pays du monde, à la rencontre de personnes infectées par des lots de sang venu de France.

 

 


 

Argentine, Libye, Tunisie, Portugal, Grèce ou encore Irak : dans tous ces pays, des lots de sang contaminé ont continué à être écoulés par les laboratoires Mérieux après le 22 novembre 1984, date à laquelle leur dangerosité a été reconnue par l'Etat français.

Si ce scandale qui a éclaté dans l'Hexagone au milieu des années 1980 rebondit aujourd'hui, c'est en raison d'un documentaire diffusé lundi soir sur Canal +, dans l'émission Spécial Investigation. 

 A l'origine de cette enquête, une coïncidence comme le raconte à France Info la réalisatrice Marie-Ange Poyet : en 2004, alors qu'elle se trouvait à Badgad pour tourner un documentaire, elle a rencontré une jeune famille dont les membres étaient atteints du sida. C'est en se rendant dans un hôpital de Bagdad qu'elle a appris que cette contamination découlaient de transfusions avec du sang non chauffé venu de France.

"J'attends que justice soit rendue aux victimes" (Marie-Ange Poyet)  (00:00:53)
 

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"Les laboratoires ont semé la mort de par le monde"

Le 22 novembre 1984, après avoir pris conscience de la dangerosité du sang non chauffé avec lequel ont été transfusés de nombreux patients français, le gouvernement en a interdit la circulation sur le territoire national, sans toutefois bloquer son exportation. Les laboratoires Mérieux se sont alors débarrassés de leurs lots à l'étranger, où les mesures sanitaires étaient moins strictes.

"Lorsque la France a découvert que le sang non chauffé était potentiellement mortel, elle s'est bornée à décider le déremboursement par la Sécurité sociale, ce qui a permis à des laboratoires de continuer à exporter du sang non chauffé, et donc à semer la mort de par le monde", explique sur France Info Géraldine Chavrier, professeur de droit public à l'université Panthéon-Sorbonne qui lutte aujourd'hui pour que les victimes de ce scandale soit dédommagées.

Les explications de la juriste Géraldine Chavrier Raphaëlle Duchemin (00:04:46)


 

 

 

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Plus de cas à l'étranger qu'en France

Dans le document diffusé lundi soir, Marie-Ange Poyet s'est rendue en Irak, où elle a rencontré Abou et Oum Walid Jabbar dont les cinq enfants sont morts du sida suite à des transfusions avec du sang contaminé.

 

 

Son enquête l'a également menée dans six autres pays, et le bilan de ses recherches est effrayant : selon elle, le scandale a fait "plus de 300 morts en Irak, 40 en Tunisie, en Grèce, en Argentine et au Portugal.

"Il y a aussi des pays où on n'a aucun chiffre, comme en Arabie Saoudite. Cela fait beaucoup, beaucoup de cas", estime la réalisatrice. Pour elle, près de 9.800 poches de sang contaminé ont circulé à l'étranger, faisant au total plus de morts qu'en France, où près de 300 personnes ont perdu la vie. 

Appel à témoins

En 2004, certaines de ces familles ont tenté de porter plainte contre l'Etat français, lui reprochant de ne pas avoir interdit l'exportation de ce produit. Le Parisien rappelle que la cour administrative d'appel a été saisie de 120 dossiers de malades étrangers, avant que ces procédures ne disparaissent.

Aujourd'hui, nombreuses sont les personnes qui attendent d'obtenir une réparation devant la justice française. Mais toutes se heurtent à une difficulté majeure : prouver qu'elles ont bien été empoisonnées par du sang mis en circulation par les laboratoires Mérieux, dans des pays où les dossiers médicaux n'ont pas nécessairement été bien remplis.

Pour réunir ces preuves, la juriste Géraldine Chavrier a lancé sur son site Internet un appel à témoins dans le but de dresser une liste exhaustive des lots de sang vendus à l'étranger entre novembre 1984 et 1985, voire 1986. Une collecte d'informations qui doit permettre d'établir le lien "entre des lots de sang, son vendeur et son acheteur, et si possible les hôpitaux étrangers dans lesquels ces lots ont été transfusés."

L'achat du silence

La difficulté selon Géraldine Chavrier, c'est qu'il n'est "pas exclu, voire extrêmement probable, que dans certains Etats des transactions aient été conclues entre l'Institut Mérieux et les Etats concernés". Mais la juriste tout comme la réalisatrice Marie-Ange Poyet sont d'accord pour dire que cet argent est revenu aux Etats, et non pas aux victimes de ce scandale.

C'est pour lutter contre cette injustice que les deux femmes agissent aujourd'hui, et brisent le silence autour de cette affaire. "Il faut parler, conclut Géraldine Chavrier, Cela fait très longtemps que cette question est en cours, il y a encore des victimes vivantes (...) Elles ont le droit de voir leur préjudice reconnu."

Les explications de Sébastien Paour  (00:00:49)


 

 

 

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Par Pierrick de Morel

 

 

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Tag(s) : #SANTE

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