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Depuis mai 2010,  le sujet est d’actualité, depuis mai 2010 la situation évolue, la guerre en Iran se rapproche de plus en plus et s’annonce comme étant une guerre d’une ampleur dramatique. Les derniers rebondissements dans le domaine ne sont guère rassurants, non seulement ce sont encore des confirmations mais les analyses s’affinent, cela va être terrible! La guerre est généralement le seul moyen trouvé par les plus cons pour résoudre les crises, ce fut le cas pour les deux premières guerres mondiale, cela va recommencer, inlassablement, inévitablement, surtout avec les dirigeants que nous avons actuellement…vu sur "les moutons enragés"

L’ex-chef du renseignement israélien prend position contre son gouvernement et met en garde contre une catastrophe pour Israël

La « Neue Zürcher Zeitung »,1 le «New York Times»2 et beaucoup d’autres journaux nous apprennent qu’Israël débat d’une éventuelle guerre contre l’Iran entre juin et fin sep­tembre. Fait extraordinaire, pour la première fois dans l’histoire du pays, un ancien chef du Mossad, c’est-à-dire des Services de renseignements, critique officiellement et sans aucune ambiguïté les dirigeants de son pays. Meir Dagan, qui a pendant plus de 8 ans, jusqu’en septembre dernier, assuré la sécurité extérieure d’Israël, ne passe pas pour un homme de gauche. Son intervention publique est d’autant plus explosive qu’elle a amené le commentateur d’un journal israélien à considérer la situation comme extrêmement grave. Et cela, selon l’ex-patron du Mossad, pour la survie de l’Etat d’Israël. Pour les médias israéliens, on ne sait pas si d’autres hauts responsables de l’establishment militaire et du renseignement partagent l’avis de Meir Dagan, mais on peut le supposer. Nous allons reproduire ci-dessous des extraits du débat et les déclarations du ministre israélien de la Défense Ehud Barak en nous fondant sur l’édition anglaise on line du quotidien israélien «Haaretz».

 Des extraits de l’ouvrage de l’historien américain Stephen J. Sniegoski intitulé «Transparent Cabal. The Neoconservative Agenda, War in the Middle East and the National Interest of Israel» éclairent la dimension historique de l’implication des Etats-Unis dans cette affaire. (cf. p. 5 de notre journal). En effet, les néoconservateurs, qui ont fait la une des journaux surtout sous le gouvernement Bush, ne restent pas inactifs sous Obama. On verra si les «réalistes» autour de Zbigniew Brzezinski qui, comme Meir Dagan, sont farouchement opposés à une guerre contre l’Iran, arriveront à s’imposer.

Selon la «Neue Zürcher Zeitung», le «New York Times» et divers autres journaux, en particulier des journaux israéliens, Meir Dagan, ancien chef du Mossad (chargé du renseignement, des opérations spéciales et de la lutte anti-terroristes à l’extérieur d’Israël), a déclaré, lors d’une conférence tenue le 1er juin à Tel Aviv, qu’Israël ne pourrait pas résister à un conflit régional déclenché par une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. Il a insisté sur le fait qu’Israël n’était pas en mesure de mettre un terme aux ambitions nucléaires de l’Iran, qu’il pouvait tout au plus les retarder. Lors de sa première intervention publique après son départ en septembre 2010, Dagan avait déclaré en mai dernier, lors d’une conférence tenue à l’Université hébraïque de Jérusalem, qu’un bombardement des installations nucléaires iraniennes était «la chose la plus stupide [qu’il ait] jamais entendue». Et le 1er juin, il a été encore plus précis.

Dans un article intitulé « Selon l’ex-patron du Mossad, Israël ne résistera pas à la guerre que provoquera une attaque de l’Iran », Gili Cohen cite Dagan: « Si quelqu’un envisage sérieusement une attaque, il doit comprendre qu’il entraînera Israël dans une guerre régionale dont il ne saura pas comment sortir. Le risque pour sa sécurité serait insupportable. […] L’option militaire est la dernière option, l’ultime solution. Il faut envisager toutes les autres solutions avant le recours à la force. » A ceux qui l’ont critiqué, Dagan à répondu: «Je me sens obligé d’exprimer mon opinion sur certains sujets. Le Premier ministre et le ministre de la Défense sont les personnes en fonctions, mais parfois les bonnes intuitions et les bonnes décisions n’ont rien à voir avec le fait d’avoir été élu.»

En ce qui concerne les relations avec les Palestiniens, Dagan est d’avis qu’Israël devrait prendre l’initiative diplomatique: «Je pense qu’il devrait y avoir une initiative diplomatique. Les Palestiniens sont ici et il faudrait parvenir à un accord avec eux. Si nous ne faisons pas d’offre et que nous attendons, nous pourrions être confrontés à une réalité dans laquelle on nous imposerait des choses. Mais si nous pouvons choisir entre l’initiative et la contrainte, je préfère l’initiative.»3

Début de la guerre : entre le départ de Gates et celui de Mullen

Le 1er juin également, dans un article du «Haaretz» intitulé «Le nouvel état-major de la sécurité d’Obama pourrait approuver une attaque contre l’Iran», Amir Oren écrit qu’Obama a renouvelé une année avant les élections présidentielles son équipe chargée de la sécurité, ce qui entraîne de sérieuses conséquences pour Israël. Quatre mois avant le départ à la retraite de l’amiral Michael Mullen en tant que président des chefs d’états-majors interarmées, Obama a prévu pour lui succéder le général Martin Dempsey. Il y a peu de chances qu’au début de son mandat, Dempsey conseille à Obama d’attaquer l’Iran ou d’autoriser Israël à le faire. Il en va autrement de Mullen, qui ne réagirait pas avec enthousiasme à une attaque, mais ses liens avec l’état-major de l’armée israélienne sont si étroits qu’on peut supposer qu’il ne torpillerait pas une attaque israélienne sous Netanyahou et Barak. Oren conclut ainsi: «Entre la fin juin avec le départ de Gates et la fin septembre avec le départ de Mullen, le risque est grand que Netanyahou et Barak cherchent à créer la surprise en Iran, en particulier parce que cela détournerait l’attention de la question palestinienne.»

Voilà ce que pense Oren de la fenêtre temporelle d’une éventuelle guerre contre l’Iran.4

 

Absence d’aptitude au commandement

Le 3 juin, Ari Shavit évoque dans «Haaretz» une aggravation des tensions entre Dagan d’une part et Netanyahou et Barak d’autre part. Sous le titre «Dagan met en garde contre le manque de discernement de Netanyahou», il écrit que l’ex-patron du Mossad Meir Dagan s’inquiète davantage du manque d’aptitude au commandement du premier mi­nistre Benjamin Netanyahou et du ministre de la Défense Ehud Barak que des menaces iraniennes ou palestiniennes. La situation sera critique en septembre 2011 quand les Palestiniens demanderont devant l’Assemblée générale des Nations Unies la reconnaissance de leur Etat dans les frontières de 1967, demande dont Ethan Bronnen suppose, dans le «New York Times» du 3 juin, qu’elle sera approuvée.

Dagan qui, selon Shavit, est certes opposé à un tel Etat palestinien, est persuadé que pour son bien, Israël ferait mieux de prendre l’initiative diplomatique. Sinon il se pourrait que l’isolement croissant d’Israël mette ses dirigeants au pied du mur et les pousse à entreprendre des opérations irréfléchies contre l’Iran. Deux craintes ont incité Dagan à parler, Dagan qui est loin d’être un homme de gauche bien que ce soit ainsi que l’ont qualifié, à tort, les ministres du Likoud: ses opinions politiques sont plutôt un mélange de Sharon et d’Olmert. La première de ces craintes est celle, que nous avons déjà mentionnée, de voir Israël subir passivement des contraintes extérieures, si bien qu’il ferait mieux de prendre l’initiative de négociations (Dagan est favorable à l’initiative de paix saoudienne).

Sa seconde crainte, toujours selon Shavit, est que ne se développe une guerre régionale étendue à laquelle Israël aurait de la peine à résister. Si le traumatisme de Sharon était la défaite d’Israël à Latrun en 1948, celui de Dagan est la défaite de son pays au Sinaï dans les premiers jours d’octobre 1973. C’est à cause de ce traumatisme qu’il se sent obligé moralement d’empêcher une guerre inutile. C’est pourquoi, conscient qu’il brisait un tabou, il s’est adressé à l’opinion pu­blique pour ne pas faire partie de ceux qui se taisent, comme ce fut le cas avant la guerre du Yom Kippour.

Shavit loue le courage de Dagan. En temps normal, un ancien patron du Mossad ne se serait pas adressé ainsi à l’opinion publique, mais les temps ne sont pas normaux: il est moins cinq.5

Détourner l’attention de la création d’un Etat palestinien

Le 5 juin, dans «Haaretz», sous le titre « Ce que Dagan sait », Amos Harel fait part de quelques réflexions sur ce thème brûlant. Utilisant un terme du Mossad, il parle d’«assassinat ciblé» à propos de l’option militaire contre l’Iran par Dagan et relève que certains experts en sécurité, parmi lesquels il n’y a que peu de fans de Netanyahou et de Barak, craignent cependant que les déclarations de Dagan ne sapent les efforts israéliens en vue d’actions internationales contre l’Iran. Une issue positive est peu probable si l’Iran ne peut pas redouter une attaque d’Israël et si l’Occident ne peut pas comprendre qu’Israël pourrait «péter les plombs» («go berserk»). Le débat stratégique en Israël recouvre la période allant de septembre 2007, lorsqu’Israël, selon les médias occidentaux, a bombardé un réacteur nucléaire syrien, et septembre 2011, date de la tentative des Palestiniens d’obtenir de l’ONU la reconnaissance de leur Etat. De l’avis de certains experts occidentaux, la fenêtre des possibilités d’attaquer l’Iran se refermera.

Penser que Netanyahou et Barak chercheraient à éviter la crise qui les menace en septembre prochain (éventuelle reconnaissance d’un Etat palestinien par l’ONU) en attaquant l’Iran semble relever de la théorie du complot. Mais la question est de savoir quelles informations les responsables possèdent sur les événements-clés des dernières années. Si Dagan a vraiment observé un manque de discernement chez Netanyahou et Barak, il n’est pas étonnant qu’il tire la sonnette d’alarme publiquement, en particulier si son opinion est partagée, comme il semble le penser, notamment par l’ex-chef d’état-major de l’armée israélienne Gabi Ashkenazi, par l’ancien chef des Services de renseignements intérieurs (Shin Bet) Yuval Diskin et, avec moins d’enthousiasme, par l’ex-chef des Services de renseignements militaires Amos Yadlin.

Le fait qu’en parlant comme il l’a fait, Dagan ne se rende pas coupable de haute trahison est conforme au rapport intérimaire de la Commission Winograd sur la seconde guerre du Liban. On peut y lire ceci: «Le devoir suprême de loyauté parmi les professionnels est celui à l’égard de leur profession et de leur rôle, non celui à l’égard de leurs supérieurs hiérarchiques. Il vaut toujours mieux commencer par des discussions et des mises en garde à l’intérieur de l’organisation. Mais quand un supérieur ou une organisation agissent d’une manière qui peut, aux yeux d’un professionnel, causer de graves dommages, celui-ci devrait lancer une mise en garde et non chercher à éviter une confrontation directe avec son supérieur.» C’est là un principe qui réfère à des événements de la Seconde Guerre mondiale (« Je n’ai fait qu’obéir aux ordres. ») et aux conséquences qui en ont été tirées dans les Principes de Nuremberg (Chaque individu est personnellement responsable et ne peut pas se défausser sur la chaîne de commandement.)

Le journaliste du « Haaretz » conclut son article en écrivant que le personnage-clé d’une guerre contre l’Iran reste le chef de l’état-major. Il s’agit pour le moment de Benny Gantz. Bien que d’une manière générale, il ait l’air plus décontracté et plus ouvert à la critique que son prédécesseur Ashkenazi, un de ses anciens supérieurs a fait remarquer que c’était un homme intègre qui n’hésiterait pas, au moment critique, à rester sur ses positions.6

Le premier devoir civique de Dagan

Dans un article d’« Haaretz » du 5 juin intitulé «Israël devrait tenir compte de la mise en garde de l’ancien patron du Mossad contre une attaque de l’Iran», Gideon Levy déplore la nature du débat public en Israël. Pour lui, l’intervention publique de Dagan ne relevait pas seulement de son bon droit mais c’était son premier devoir civique. S’il avait agi autrement, il n’aurait pas rempli son rôle d’ancien chef du Mossad. Dans ses an­ciennes fonctions, il avait empêché des aventures comme celle de Netanyahou et de Barak, qu’il considère comme dangereuse. Il mérite qu’on le loue pour sa démarche responsable et courageuse. Il a agi en gardien de l’Etat désireux de lui éviter une seconde guerre du Yom Kippour. Ce n’est pas lui qui représente un danger pour Israël mais au contraire ceux qui voudraient lui interdire de parler. En se taisant, il aurait nui à la sécurité du pays. En parlant, en revanche, il la renforce. C’est l’heure de gloire de Dagan, dont le passé contient plus d’un chapitre trouble, aventureux, voire effrayant. Sur bien des points, il s’est exprimé de manière contradictoire, mais ce n’est pas un homme de gauche. Sur la question de l’Iran, il a toujours fait entendre la voix de la raison. Ceux qui lui ont confié pendant huit années le Mossad ne peuvent pas brusquement le faire passer pour fou, comme ils viennent de le faire. Si le Mossad avait été dirigé par un fou, la responsabilité en reviendrait à ses supérieurs.

A la fin de son article, Levy s’intéresse à la nature du débat public en Israël. On peut comprendre que des politiques cherchent à étouffer le débat public, bien que ce ne soit pas acceptable. Mais quand une armée de journalistes et de commentateurs s’y met, il y a quelque chose de fondamentalement faux dans la conception du rôle des médias. Au lieu de se comporter comme des hommes d’Etat ou des généraux, les médias auraient dû tirer la sonnette d’alarme, au moins aussi fort que Dagan.7

Dagan : Une attaque contre l’Iran serait contraire au droit international

Le 6 juin, « Haaretz » a publié, sous le titre « Barak : Les déclarations de Dagan sur l’Iran nuisent à la force de dissuasion d’Israël », une réplique du ministre israélien des Affaires étrangères Ehud Barak aux propos de Dagan. Il est revenu sur le sujet lors d’une interview accordée à « Israel Radio »: Toute tentative de clarifier les ambiguïtés de la question iranienne affaiblit la position d’Israël face à l’Iran. L’option militaire contre l’Iran doit rester sur la table afin que les efforts internationaux visant à stopper le programme nucléaire de l’Iran soient efficaces. Barak a précisé: « Il n’existe pas de décision d’attaquer l’Iran. Nous ne prenons pas des décisions à l’avance pour des situations hypothétiques. Je ne crois pas que quiconque serait heureux que l’on déclenche une opération militaire contre l’Iran. »

L’article de « Haaretz Service » et de « Reuters » fait remarquer en outre que Dagan a clairement fait la distinction entre deux programmes nucléaires iraniens, d’une part une structure secrète et d’autre part le programme civil. Seul le second est soumis à un contrôle international. Dagan a déclaré: « Toute at­taque contre le programme nucléaire civil iranien serait contraire au droit international. » L’article poursuit en mentionnant les craintes de Dagan dont nous avons parlé plus haut en ajoutant toutefois que l’ex-patron du Mossad a précisé qu’il était important de se rappeler que la guerre était seulement une option parmi beaucoup d’autres.8

Obama a-t-il l’intention de maintenir l’hégémonie occidentale ?

Dans un article du 8 juin intitulé «Iran: Israël et les Etats-Unis tentent de provoquer une guerre régionale», «Haaretz Service» évoque l’appréciation de la situation par l’Iran. Il se réfère à un communiqué d’«Israel Army Radio» selon lequel le ministre iranien des Affaires étrangères accuse les deux pays de comploter contre l’Iran: « Les Américains croient que le résultat immédiat d’un conflit militaire dans la région sauvera le régime sioniste. » Il ajoute que les Etats-Unis et Israël essaient d’affaiblir les révoltes populaires dans la région afin de stopper l’extension de l’Islam auprès de leurs alliés dans la région. Obama veut maintenir l’hégémonie occidentale au Moyen-Orient et détruire la Répu­blique islamique d’Iran.9

Tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie

On souhaite pour tous les habitants du Moyen-Orient, et même au-delà, que dans la situation tendue actuelle des personnalités sages, prévoyantes et diplomates puissent l’emporter sur les va-t-en-guerre, d’où qu’ils soient. En effet, la guerre signifie toujours souffrances, misère, horreurs, graves maladies et mort.

Source: mecanopolis.org

Les plans de guerre des Likoudniks néoconservateurs : une affaire très dangereuse, même sous Obama

Extraits des chapitres « conclusions» et « Postscriptum » du livre de Stephen Sniegoski: « The Transparent Cabal »

Ce livre a défendu la thèse que les origines de la guerre américaine contre l’Irak tournent autour de l’agenda de guerre américaine, dont les bases furent esquissées en Israël pour favoriser les intérêts israéliens, et que des néoconservateurs américains, amis d’Israël à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement Bush, firent avancer avec passion. Pour documenter cette affirmation, des preuves étendues furent produites dont beaucoup d’entre elles proviennent d’un document néoconservateur détaillé et compromettant. (p. 351)

L’influence des néoconservateurs fut avant tout démontrée par le fait que leur agenda de guerre se différencia radicalement de la politique traditionnelle américaine au Moyen-Orient, qui se concentrait sur le maintien de la stabilité régionale. La politique des neocons a par conséquent provoqué l’opposition de membres de l’élite traditionnelle dans le domaine de la politique étrangère/sécurité nationale. (p. 352)

Une partie fondamentale et plutôt tabouisée du sujet de ce travail est la combinaison intégrale d’Israël avec l’agenda de guerre néoconservateur. Les contours essentiels de cet agenda de guerre pour le Proche-Orient – à l’aide duquel la sécurité d’Israël devait être renforcée par la déstabilisation des voisins d’Israël – se profilèrent en grande partie dans la pensée du Likoud des années 1980. Des leaders neocons – Richard Perle, David Wurmser, Douglas Feith ‑ soumirent en 1996 au Premier ministre israélien Netanyahou un plan comparable, selon lequel les Etats-Unis auraient remplacé Israël dans son rôle de parti agresseur. Cependant, il y avait également une liaison israélienne lorsque l’Amérique s’achemina vers une guerre avec l’Irak, lorsque le gouvernement Sharon insista pour une attaque et favorisa l’idée d’une menace immédiate par les armes de destruction massives de Saddam. Plus tard, Israël aurait joué un rôle semblable en appuyant une ligne dure contre l’Iran.

Comme révélé dans cette étude, les néoconservateurs entretenaient d’étroits liens avec Israël et avaient indiqué, à l’occasion d’une série de manifestations, la sécurité d’Israël comme but de leur agenda de guerre pour le Proche-Orient. Mais ils insistaient sur le fait que les intérêts américains et israéliens concordaient et que le but fondamental de leurs recettes politiques consistait en un renforcement de la sécurité américaine. Afin de tirer au clair la justesse de cette affirmation des neocons, il est instructif d’évaluer les fruits de leur politique. Principalement: dans quelle mesure un renforcement de la sécurité américaine a-t-il effectivement résulté de leur politique de guerre?

Pour l’Amérique, les conséquences néga­tives de la guerre en Irak sont assez évidentes. Jusqu’à fin mars 2008, plus de 4000 Américains ont perdu la vie, le nombre de blessés dépassa 29 000, et on avait dépensé près de 490 milliards de dollars pour cette guerre.

Le total des coûts économiques de la guerre, auxquels n’appartiennent pas que les dépenses de guerre directes, mais aussi les effets de la guerre sur l’économie en général, était de loin plus élevé. Joseph Stiglitz, l’ancien président du conseil national des experts économiques, prix Nobel et professeur d’économie à la Columbia University, et Linda Bilmes, experte financière de l’Université de Harvard calculèrent dans leur livre intitulé «The Three Trillion Dollar War: The True Cost of the Iraq Conflict» [La guerre à trois billions de dollars: les coûts effectifs de la guerre], paru au début 2008, que le coût global de la guerre d’Irak se monterait à 3 mille milliards de dollars. (Cette estimation repose sur l’hypothèse que les Etats-Unis retireraient toutes leurs troupes d’ici 2012). Les coûts de la guerre ont déjà dépassé ceux de la guerre du Vietnam qui dura douze ans. Les auteurs font remarquer que la seule guerre des Etats-Unis qui coûta plus fut la Seconde Guerre mondiale. Ces coûts qui donnent le tournis ont déjà constitué un facteur important de la récession de l’économie américaine. (p. 352)

La guerre d’Irak n’a pas seulement aggravé le terrorisme, mais elle a aussi affaibli la puissance de l’Amérique dans le monde. Avant tout, cela a gravement nui à la position américaine au Proche-Orient. Richard Haass, le président du Conseil des relations étran­gères, prétendit dans son essai «La fin d’une ère», paru fin 2006 dans Foreign Policy, que la guerre américaine contre l’Irak avait conduit à la fin du «primat américain» au Proche-Orient. (p. 354)

Les néoconservateurs voyaient la politique extérieure américaine à travers les lunettes des intérêts d’Israël, comme les Likoudniks ont défendu les intérêts d’Israël. Ils voyaient très probablement les intérêts d’Israël vraiment comme étant ceux de l’Amérique et ne se considéraient pas comme des gens qui sacrifiaient les intérêts des Etats-Unis en faveur d’Israël. Chez des individus orientés par une idéologie, l’automystification n’a rien d’extraordinaire.

Dire que les néoconservateurs tentaient de promouvoir les intérêts israéliens n’est cependant pas la même chose que de pré­tendre que les néoconservateurs exécutaient les ordres du gouvernement d’Israël. Il n’y a pas d’indication qu’ils auraient reçu des instructions dans ce sens. Les positions des neocons et du gouvernement israélien se recoupaient dans bien des questions déci­sives: concernant la guerre d’Irak; concernant la nécessité de liquider le pouvoir iranien; concernant la défense de l’Etat juif contre les Palestiniens. Dans les faits, la position des néoconservateurs concernant l’Iran – dans les années 1980 de façon bienveillante, ces dernières années de façon hostile – était totalement calquée sur celle d’Israël. Il semble cependant que quelques éléments importants en Israël affirmaient des opinions modérées et ne s’identifiaient pas à l’entier de l’agenda de guerre néoconservateur. C’est facile à comprendre. Avant 2001 déjà, il était patent que les neocons faisaient partie de l’aile dure des opinions israéli­ennes, comme ils l’ont clairement affirmé dans leur papier «A Clean Break» publié en 1990, qui avait appelé le gouvernement likoud de Netanyahou de rompre avec le «processus de paix» du parti travailliste et d’adopter une attitude beaucoup plus agressive. Même le dur Netanyahou se distança de la mise en œuvre de leur ligne belliciste sans compromis. De même, le gouvernement Olmert s’abstint de suivre l’agenda néoconservateur lors de l’invasion du Liban en 2006. Apparemment la scène politique conflictuelle israélienne impose des limites à la marge de manœuvre d’un leader poli­tique, de sorte que la mise en œuvre d’un programme politique devient très difficile.

Malgré cela, il y a eu une relation évidente entre les neocons et des politiciens israéliens qui dépassait le simple échange d’idées. Des neocons n’étaient pas seulement proches de Netanyahou, mais encore de Sharansky, Dore Gold et dans une moindre mesure de Sharon. Ce qui est le plus significatif, et ça a été souligné dans tout le livre, c’est que l’agenda de guerre pour le Proche-Orient ne provenait pas du cerveau des neocons, mais qu’il reflétait la pensée des purs et durs du Likoud. Leurs idées fondamentales sur le nouvel ordre du Proche-Orient avaient été pensées pour l’essentiel en Israël pour faire avancer les intérêts israéliens. (p. 365 ss.)

Les preuves de la relation entre les néoconservateurs et les Israéliens avec la guerre des Etats-Unis au Proche-Orient sont renversantes et d’accès public. Il n’y eut pas de «conspiration» obscure et secrète, une expression moqueuse qui est souvent utilisée par des gens qui veulent railler la représentation d’une relation des neocons avec la guerre. Mais dans le domaine de la politique, comme le faisait remarquer George Orwell, « il faut un effort constant pour voir ce qui vous pend au nez ». On serait en droit d’espérer que les Américains, dans leur autoproclamé «pays des hommes libres», ne devraient pas craindre de discuter honnêtement des dessous et des motivations pour la guerre d’Irak et de la politique des Etats-Unis au Proche-Orient en général. Ce n’est qu’en comprenant la vérité que les Etats-Unis pourront peut-être prendre les mesures correctrices adéquates au Proche-Orient; à défaut d’une pareille compréhension, la catastrophe se rapproche de façon inquiétante.

Pour créer une politique moyen-orientale dans l’intérêt des Etats-Unis et de leur population, il est apparemment essentiel d’avoir une vue claire de la situation. Des individus qui dans leurs analyses se trompaient complètement, comme c’était le cas pour les néoconservateurs dans leurs prises de position publiques, ne devraient pas participer à l’élaboration de la politique dans ce domaine. Par ailleurs, l’axe principal de la détermination d’une pareille politique devrait être mis sur les intérêts des Etats-Unis, sans interférence des intérêts d’autres pays. Des individus, ayant des relations étroites avec des Etats étrangers, ne devraient pas participer à l’élaboration de la politique américaine dans des domaines qui concernent les intérêts de ces Etats. C’est un conflit d’intérêts évident. Aucune de ces affirmations ne signifie que les Etats-Unis ne doivent pas réfléchir à la moralité internationale – étant entendu que tous les pays doivent être mesurés à la même aulne – mais on ne peut pas attendre des Etats-Unis qu’ils poursuivent une politique qui renforcerait la sécurité de certains pays étrangers au détriment de leurs propres intérêts. Un pareil principe de base devrait être valable pour Israël comme pour tous les autres pays. Lorsqu’il devient évident que les intérêts des Etats-Unis sont sacrifiés au profit d’un autre pays, des Américains ne devraient pas se laisser dissuader de démontrer cela. La survie à proprement parler des Etats-Unis et de leur population pourrait en dépendre. (p. 372 ss.)

Rien ne garantit l’application d’une guerre contre l’Iran ni les aspects complémen­taires de l’agenda de guerre des néoconservateurs. Cependant, au vu de la rhétorique qui s’exprima au printemps 2008, une pareille guerre parut être une possibilité indubi­table du gouvernement Bush à son déclin. Vu la position de dur de McCain et de sa proximité des neocons, il apparaît que la probabilité d’une guerre contre l’Iran serait encore plus grande s’il était élu. Et un pareil engagement ne pourrait pas non plus être exclu sous Obama ou Clinton malgré leur critique de la guerre de l’Irak. On peut dire avec certitude que – bien que la politique moyen-orientale des neocons a une longue histoire – cette poli­tique, et les neocons eux-mêmes, sont loin de devenir de l’histoire. (p. 382)

Source : Stephen J. Sniegoski. The Transparent Cabal. The Neoconservative Agenda, War in the Middle East, and the National Interest of Israel. Norfolk Virginia 2008. ISBN 978-1-932528-17-6

Source: Mecanopolis.org

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