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Graves troubles au Tibet : actes de désespoir ou de résistance ?

 

Depuis plusieurs semaines, les Tibétains semblent se tourner vers des actions désespérées. Ainsi, alors qu’au moins 16 moines ou nonnes se sont immolés par le feu l’année passée pour protester contre la domination chinoise sur le Tibet depuis les années 1950, on recense également au moins sept manifestations en janvier dans les zones tibétaines de Chine, à commencer par le Sichuan (sud-ouest), dont deux au moins ont fait des morts, selon Human Rights Watch.

Il s’agit des évènements les plus graves depuis les émeutes de 2008 dans le plateau tibétain. Les forces de l’ordre chinoises auraient réprimé par la violence les manifestations, et procédé à des centaines d’arrestations.

Tandis que Pékin accuse le dalaï-lama d'être "financé et soutenu par des gouvernements occidentaux et des médias ayant un plan d'action contre la Chine", les Etats-Unis se sont dits "très inquiets" et le gouvernement tibétain exilé en Inde a pressé la communauté internationale à "intervenir pour empêcher un nouveau bain de sang".

 

9 février 2012 : L'Archevêque Desmond Tutu rencontre le Dalaï Lama
 

Pour l’heure, très peu d’informations fiables parviennent à filtrer car le régime chinois impose un black-out complet sur les communications et interdit à la presse étrangère de se rendre sur place. Les médias chinois reprochent aux pays occidentaux de "travestir les faits" et accusent le dalaï-lama de "trahir" sa religion.

Pour Jean-Luc Domenach, directeur de recherche à Science Po Paris et spécialiste de la Chine, les actions des Tibétains sont voués à l’échec :

"Ce sont des actes de désespoir. Se donner la mort est le dernier moyen d’expression qu’ils leur restent. Ce désespoir est facilement explicable dans le sens où les Tibétains, pour moi, ont perdu la partie.

Internationalement, la partie est perdue car de moins en moins nombreux seront les gens qui oseront déplaire à la deuxième puissance mondiale ; et sur le plan interne, c’est affreux à dire mais le Tibet est en voie de se transformer en un immense parc d’attraction financé par les hommes d’affaire chinois et Coca-Cola.

Je pense d’ailleurs que, de ce point de vue, les monastères ont une responsabilité, car ils n’ont pas assez encouragé la population à se moderniser, à acquérir les bons outils linguistiques de façon à pouvoir maîtriser les techniques modernes.

On assiste donc aujourd’hui à une double radicalité : d’un côté celle des moines, qui offrent une radicalité mystico-féodale avec le dalaï-lama comme figure incontournable, et de l’autre celle des Chinois, avec une radicalité laïque et corrompue vouée au maintien du système en place".

L’intransigeance et la répression chinoise au Tibet semblent donc avoir durci les positions, après plus de 60 ans d’occupation de la région. Toutefois, l’interprétation des immolations de moines ainsi que des dernières manifestations n’est pas la même pour tous.

 


 

Ainsi, pour Katia Buffetrille, chercheur à l’Ecole pratique des Hautes Études et spécialiste du Tibet :

"Je pense qu’on peut interpréter ces actes comme des sacrifices faits par des religieux qui expriment ainsi leur volonté que le Tibet ait un avenir tibétain. C’est le seul moyen qui semble leur être laissé puisque tous les autres utilisés jusqu’à présent sont immédiatement réprimés. Geste ultime qu’ils conçoivent comme un acte constructif pour améliorer la situation des Tibétains en Chine. Ils marquent ainsi leur rejet total de la politique chinoise au Tibet. C’est une manière forte d’attirer l’attention sur ce qui se passe et de dire aux autorités chinoises, mais aussi aux Tibétains, et au reste monde que leur détermination à ce que le Tibet reste tibétain est plus forte que tout, qu’ils n’ont pas perdu la partie qu’ils ne l’abandonnent pas et se battent.

Quant eux revendications, elles sont claires : indépendance du Tibet et retour du dalaï-lama.

Contrairement à ce que l’on entend parfois, aucun Tibétain n’envisage de revenir au système théocratique. Dire que les moines n’ont pas été à la tête du progrès n’est pas complètement faux mais outre le fait que ce n’est sans doute pas une institution religieuse qui est la mieux placée pour conduire la modernisation, peut-on imaginer que l’enjeu de l’occupation chinoise du Tibet est de moderniser le 'Tibet archaïque' ?

L’enjeu réel est le contôle de ce territoire et de ses ressources comme pour la 'Région autonome' Ouïgoure ou la 'Région autonome' de Mongolie intérieure".

 

Un article de Matthieu Mégevand, publié par lemondedesreligions.fr

 

 

 

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Auteur : Matthieu Mégevand

Source : www.lemondedesreligions.fr  via "Terre Sacrée"

Tag(s) : #ACTUALITES

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