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Si vous avez encore la chance d'avoir de quoi dans votre compte en banque, assurance ou autre, sortez les, convertissez les, la vague approche....


La BCE doit rester indépendante. Je répète au cas où je n'aurais pas été comprise. La BCE doit rester indépendante.» Au terme d'une nouvelle rencontre avec Nicolas Sarkozy et Mario Monti à Strasbourg, Angela Merkel a balayé d'un revers de la main tout changement dans le rôle de la banque centrale européenne. Les appels pressants, venus de toutes parts, pour que la BCE intervienne massivement sur les marchés obligataires, n'ont donc pas été entendus.


Critiquant la gestion de la crise par les dirigeants européens, l'institut de finance internationale, représentant du lobby bancaire, s'était pourtant montré on ne peut plus clair mercredi: « La faiblesse de l'économie de la zone euro a le potentiel de se diffuser au reste du monde à travers un certain nombre de canaux. L'un des plus immédiats et des plus puissants est le secteur bancaire », a-t-il averti, avant de demander d'urgence l'intervention de la BCE « dans les semaines à venir».
Si le monde financier se fait aussi pressant, c'est qu'il se sent de plus en plus menacé. Par un jeu de balancier, familier depuis le début de cette crise, la tourmente dans laquelle est pris l'ensemble de la zone euro est en train de retourner d'où elle est venue : vers le système financier, totalement déstabilisé après avoir perdu la pierre angulaire sur laquelle il s'appuyait : les dettes souveraines.
Les risques ne cessent de grossir au fur et à mesure que les interrogations sur la zone euro s'accentuent. La solidité des banques est en question. Mais à plus court terme, c'est l'accès à la liquidité qui est en train de redevenir une préoccupation permanente. Sans oser le dire publiquement de peur de provoquer une panique bancaire, certains évoquent une situation assez comparable à celle de l'automne 2008, au moment de la chute de Lehman Brothers. La peur est peut-être excessive. Les signaux d'alerte, cependant, se multiplient.
La première source de financement pour les banques, ce sont les dépôts. Et depuis l'été, les banques européennes notent une dégradation manifeste. Premières frappées par la crise de l'euro, les banques grecques, irlandaises et portugaises assistent à une fuite massive des capitaux. En quelques mois, leurs dépôts ont fondu de plusieurs dizaines de milliards. Et le mouvement s'étend désormais aux banques espagnoles, italiennes et françaises.
Les entreprises américaines ont déjà pour mandat de retirer toute leur trésorerie des banques européennes jugées trop risquées. Mais les entreprises nationales aussi ont entamé des replis, doutant de la solidité des établissements. Siemens, profitant d'une petite filiale bancaire, a ainsi décidé cet été de déposer sa trésorerie auprès de la BCE. Les taux d'intérêt y sont minimes mais l'argent y est en sécurité, a expliqué en substance le conglomérat. Ce choix est révélateur de l'optimisme qui règne dans les grands groupes.
Selon la banque d'Espagne, les dépôts bancaires dans les établissements espagnols ont diminué de 48 milliards d'euros, soit 2% du total au troisième trimestre. Une étude de la banque américaine Citigroup évoque une chute de 10% et 17% des dépôts pour les banques italiennes Unicredit et Intesa, et de 6% et 7% pour BNP Paribas et la Société générale.
 

Un marché interbancaire en voie de congélation

Les banques font des pieds et des mains pour attirer les clients. Certains établissements espagnols ou portugais n'hésitent pas à proposer des rémunérations de 4% l'an pour les dépôts, alors que le taux de la BCE est de 1,25%. Autant dire que cette fuite en avant ne va pas pouvoir durer très longtemps.
Les banques françaises ne sont pas en reste. Pour attirer les grandes entreprises, elles n'hésitent pas à leur offrir des taux de plus en plus élevés. La rémunération des dépôts à trois mois pour les trésoreries des grandes entreprises atteint plus de 100 points de base contre 35 à 45 points de base avant l'été. Loin de rassurer, ces propositions inquiètent : elles ressemblent trop aux pratiques de l'automne 2008.
La deuxième source de liquidité bancaire est elle aussi en voie de détérioration rapide : le marché interbancaire est en train de se congeler. Depuis l'été, les banques et tous les fonds américains, se défiant de leurs homologues européens, ont coupé une grande partie de leurs lignes de crédit et leurs contreparties. Les banques françaises, très exposées sur les financements en dollars, ont été parmi les plus touchées. Selon l'agence Fitch, les crédits américains à destination des banques françaises ont chuté de 69% depuis mai.
Dans la précipitation, la BCE a dû mettre en place avec la Réserve fédérale des lignes de swaps en dollars afin de pouvoir fournir aux établissements européens les financements en monnaie américaine dont ils avaient besoin.
Mais la défiance est en train de se répandre dans tout le système bancaire européen. Plus personne ne fait confiance à personne. Les banques acceptent au mieux de se prêter pour quelques heures, quelques jours, jamais plus. Un engagement d'un mois est considéré comme trop long.
La BCE est de plus en plus sollicitée pour pallier les manques. Les dernières statistiques publiées mardi par la banque centrale traduisent l'ampleur des tensions. 178 banques ont demandé des crédits la semaine dernière contre 161 la semaine précédente. Elles ont emprunté 247 milliards d'euros contre 230 milliards la semaine d'avant. Les montants empruntés rejoignent les niveaux records du début 2009.
En France, selon les derniers chiffres publiés par la Banque de France, les banques ont emprunté quelque 100 milliards d'euros à court terme au 8 novembre. Début août, elles avaient demandé à peine 20 milliards.
Mais il y a plus inquiétant encore : les mesures palliatives mises en œuvre par la BCE pour maintenir les flux sur le marché interbancaire pourraient à leur tour être mises en difficulté. La banque centrale en effet exige que des titres, les collatérals dans le jargon financier, soient déposés en garantie en contrepartie des prêts. Au fil des mois, elle a considérablement assoupli les critères d'éligibilité des titres, afin de faciliter l'accès au crédit pour les banques en difficulté. Malgré cela, certains établissements commencent à manquer de titres acceptés par la BCE.
A terme, cela signifie que des banques pourraient ne plus avoir accès aux lignes de liquidité assurées par la BCE, faute de pouvoir déposer les garanties suffisantes. C'est ce manque de financement à court terme qui a précipité la faillite de Dexia en septembre. C'est ce qui semble aussi avoir conduit à la nationalisation discrète – la quatrième en quelques mois – du Banco del Valencia, lundi, par la banque centrale d'Espagne.
 

Le grand troc

Dans son discours d'orientation générale prononcé vendredi, le nouveau président de la BCE, Mario Draghi, a reconnu l'existence du problème : « Nous sommes conscients des difficultés actuelles rencontrées par les banques, en raison des tensions sur les dettes souveraines, de l'étroitesse des marchés de financement, de la pénurie de collatérals éligibles », a-t-il avoué.
Osant braver le tabou au risque d'accentuer la défiance, le président de la banque italienne Unicredit a demandé la semaine dernière un nouvel assouplissement des critères, afin de pouvoir mettre en garantie de nouvelles catégories de titres, jusqu'alors refusés par la BCE. De son côté, la banque centrale paraît réfléchir à proposer des emprunts plus longs aux banques. Limitée à treize mois, leur durée pourrait être portée à deux ans ou plus, afin d'assurer le financement des banques sur une plus longue durée.
En attendant, les banques cachent leurs difficultés. Certaines troquent dans la plus grande discrétion des actifs avec d'autres acteurs financiers pour récupérer des titres acceptés par la BCE, d'autres les empruntent directement à des assureurs ou des hedge funds, moyennant forcément fortes rémunérations.
Ces expédients montrent l'état de nervosité dans lequel commencent à se trouver certains établissements. Certains observateurs s'inquiètent des risques de propagation dans l'ensemble du système. Les banques américaines, qui ne se sont pas privées de spéculer sur les difficultés européennes, commencent à se rendre compte qu'elles ne sont pas du tout immunisées contre la crise de l'euro et qu'elles pourraient elles aussi en subir le contrecoup. La FED a d'ailleurs décidé de lancer une nouvelle série de tests de résistance des banques américaines. Six d'entre elles – Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Morgan Stanley et Wells Fargo – seront soumises à un examen particulier pour évaluer leur solidité, notamment en cas de brusques variations de cours sur les secteurs souverains et financiers en Europe. Car là aussi, les risques de contagion existent.
 

 

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