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Les problèmes de financement en Europe semblent se régler. L'économie américaine semble repartir. Alors bien sûr, la liste des difficultés reste considèrable, mais une bouffée d'optimisme est bonne à prendre.

L'usine Volkswagen de Wolfsburg Christian Charisius / Reuters

- L'usine Volkswagen de Wolfsburg Christian Charisius / Reuters -

En ce début d’année, le climat est soudain devenu bien meilleur sur la planète financière. A la Bourse, ce n’est pas encore le rebond mais l’attentisme remplace la crainte. Les investisseurs américains reviennent en Europe. L’Italie ou l’Espagne arrivent à lever des emprunts avec des taux qui ont considérablement baissés. Les investisseurs ne craignent plus d’éclatement de la zone euro, du moins à court terme, malgré l’échec des négociations en Grèce. Bref, le sentiment se répand que le pire est passé.

La BCE et la rigueur

La clé de ce revirement a été la décision de la banque centrale européenne (BCE) en décembre d’ouvrir en grand ses caisses au refinancement des banques. Celles-ci ont puisé 500 milliards d’euro, elles sont sûres de pouvoir passer l’année. Il peut y avoir encore une banque ou deux en péril mais on exclut désormais une crise en cascade.

L’autre facteur positif fondamental, ce sont les plans de rigueur décidés en Espagne et en Italie. Ces plans ont été jugés crédibles par les marchés. A Rome en particulier, nœud de la crise européenne, Mario Monti a lancé toute une série de mesures d’austérité mais aussi d’ouverture des métiers fermés (taxis, notaires, vétérinaires, etc...) pour«libérer la croissance» italienne. Le premier ministre qui faisait partie de la Commission réunie par Jacques Attali en 2007 –2008 (avec l’auteur de ces lignes) semble s’inspirer directement du rapport remis alors en France au président de la République. Lui, l’applique. Surtout, il prouve son habilité à convaincre les marchés, une méthode dont d’autres dirigeants feraient bien de s’inspirer.

Son habileté est flagrante avec la BCE. Il prend garde de ne jamais réclamer des concessions et des accommodements. Vis-à-vis de cette institution farouchement indépendante, il évoque un devoir de «silence respectueux». «La BCE se sentira plus relax» pour être plus à l’écoute des demandes italiennes, a-t-il expliqué mercredi 18 janvier à Londres, devant ses collègues professeurs de la London School of Economics. Ainsi encore, au lendemain de la dégradation de la note de son pays par Standard & Poors (en même temps que la France).«J’aurais écrit moi même le rapport que cette agence a fait sur l ‘économie italienne», a-t-il déclaré au Financial Times. Manière de dire qu’il a compris les critiques et qu’il prend les bonnes mesures pour satisfaire cette agence et remonter dans son jugement. La crédibilité vis-à-vis des marchés se construit par ces petites phrases.

Rebond américain

Dernier grand facteur explicatif du réchauffement financier en Europe: la conjoncture offre des rayons de soleil venant d’ouest. L’économie américaine a arrêté de plonger et elle devrait peu à peu re-dynamiser les autres pays. Outre-atlantique, les économistes ont été surpris par les dernières statistiques d’activité industrielle reflétant une reprise peut être plus vigoureuse qu’anticipée. L’inflation est revenue autour de 1% ces trois derniers mois, ce qui va regonfler les revenus nets et la consommation. Conséquence: la croissance au dernier trimestre l’an passé se serait établie vers les 2,5% et resterait à ce niveau cette année; un résultat insuffisant pour tirer l’Europe de l’ornière (une récession de 0,2% est attendue en 2012 dans la zone euro) mais qui est encourageant. D'autant plus que l'euro s'affaiblit face au dollar, ce qui va redonner de la compétitivité aux produits européens. Bref, les marchés ont le sentiment d’avoir touché le fond de la piscine. Tout ne va pas bien mais tout a cessé d’empirer.

La liste de «ce qui ne va pas bien» reste longue. A commencer par la Grèce, là où la crise des dettes a commencé il y a deux ans et demi. A Athènes, les banques créditrices étrangères n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord avec le gouvernement sur le pourcentage d’annulation de la dette de 130 milliards d’euros. Au delà d’un certain niveau (mettons si les banques doivent faire une croix sur plus de 70% de leurs prêts), elles considéreront qu’il ne s’agit plus d’une abandon «volontaire» de créances, ce qui alimentera leur doute sur l’avenir des remboursements dans les autres pays comme le Portugal. D’où la tension. De même, l’austérité qui a gagné toute l’Europe du sud, laisse ouverte une question existentielle: les pays en récession ont encore plus de mal à rembourser leur dette.

Un autre sujet qui reste motif d’inquiétude: le Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui n’est toujours pas prêt. A cause de la dégradation de la note de beaucoup de pays européens dont la France, ce fonds a vu sa note abaissée et il aura lui aussi du mal à se financer. Angela Merkel ajoute à la confusion dans son indétermination à augmenter la participation germanique son successeur le MES. Le débat intra-européen sur la hauteur de ces pare-feu est loin d’être clarifié.

Mais malgré toutes ces interrogations en arrière plan, l’humeur sur les marchés financiers est allégée. Comme si, malgré les éventuelles rechutes possibles, et malgré la récession présente et le chômage croissant, l’espoir de parvenir à se sortir de la crise avait repris le dessus. Le fameux point d'inflexion dont nous aurons conscience de la réalité ou pas, dans quelques mois.

Eric Le Boucher

source: Slate.fr

Tag(s) : #ECONOMIE - FINANCE

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