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La Russie livrera cette année à la Syrie des systèmes de défense aérienne, des hélicoptères remis à neuf et des avions de combat en dépit des pressions internationales pour un arrêt des fournitures d'armes à Damas.

 

Atlantico : Alors que Paris exhorte depuis quelques jours la Russie à stopper ses ventes d’armes au régime de Bachar el-Assad, certaines ONG (Amnesty International en tête) dénoncent un double discours de la France, qui dans le même temps vendrait des armes à la Russie, et donc fournirait indirectement, selon l’organisation, l’armée syrienne… Qu’en pensez-vous ?

Philippe Migault : C’est très simple. La France coopère depuis des années avec la Russie sur un certain nombre de programmes. On leur vend de l’électronique de défense. Les Russes, eux, vendent à l’export des avions et des chars. Les marchés visés sont essentiellement ceux d’Inde et du sud-est asiatique, et à la marge les marchés d’Afrique du Nord. Nous vendons aux Russes de l’électronique de défense, de l’avionique, de l’optronique… Les principales sociétés concernées sont Sagem DS et Thalès.

Toutefois il existe des accords entre la France et la Russie. Si la France décide qu’une nation ne peut pas faire l’objet d’exportations dans lesquelles serait intégré du matériel français, alors cela ne peut se faire. Nous avons des textes et une législation internationale à cette fin, auxquels la Russie se conforme. Imaginons que demain la Russie veuille vendre des armes à la Chine. La France est dans une situation d’embargo quant aux ventes d’armes à la Chine. Par conséquent les Russes n’iraient pas, le cas échéant, vendre des armes à la Chine parmi lesquelles figurerait du matériel d’armement français. C’est comme ça, et ce règlement n’est pas transgressé, il ne peut pas l’être.

Pourquoi ces ONG se permettent alors de dénoncer un double jeu de la part de la France sur cette question ?

Parce que ces ONG sont parfaitement incompétentes en matière d’armement. Ce double jeu est par ailleurs une pure invention, il n’existe pas. Il existe des accords qui sont respectés, un point c’est tout.

Notez bien également que je suis énervé par le coup de France 24 la semaine dernière, qui a totalement sorti mes déclarations de leur contexte, donnant par là-même écho à ce supposé double discours totalement imaginaire.

La Ligue arabe se plaint tout de même des ventes d’armes que la Russie continue d’effectuer à destination du régime syrien…

La Ligue arabe, dont les leaders sont l’Arabie Saoudite et le Qatar, est très mal placée pour donner des leçons en matière d’armement, puisque je vous rappelle qu’eux-mêmes livrent des armes aux rebelles syriens. Alors lorsqu’on veut étouffer un conflit on s’abstient de livrer des armes, à quelque partie que ce soit. En outre, à propos des armes livrées à la Syrie par la Russie dans le port de Tartous, personne, à moins d’être la CIA ou la DGSE, ne peut savoir exactement desquelles il s’agit. Je me demande donc d’où la Ligue arabe tient ces informations.

Par ailleurs, si on regarde la structure des ventes d’armes russes à la Syrie ainsi que le matériel qu’ils ont vendu récemment, on constate que c’est du matériel lourd, destiné à un conflit de haute intensité, comme un celui qui pourrait, dans l’avenir, les opposer aux Israéliens par exemple. Elles ne sont pas destinées au maintien de l’ordre en Syrie. Ce n’est pas du matériel adapté à un combat urbain du type de celui qu’on observe aujourd’hui en Syrie. Par exemple le fameux contrat sur les avions de combat Yak-130 porte sur des avions qui ne seront pas livrés avant des années à la Syrie. Avant qu’ils soient livrés et qu’ils deviennent opérationnels, il faudra le temps minimum pour ce genre de contrats d’armement, à savoir 3 à 4 ans. Arrêtons d’instrumentaliser ces ventes d’armes qui ne sont en aucun cas liées à la situation actuelle prévalant en Syrie ! Ces ventes n’ont qu’un but commercial et industriel.

En revanche il faudrait s’interroger sur le double discours de la France vis-à-vis de l’Arabie Saoudite… Quand celle-ci envoie ses troupes calmer la révolte au Bahreïn, cela n’empêche absolument pas la France de continuer à vendre des armes à l’Arabie Saoudite. La question est donc : y a-t-il deux poids deux mesures ?

Tag(s) : #CONFLICTS DANS LE MONDE

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