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À Montpellier, l’association Les amis de la Cagette franchit une à une les étapes vers l’ouverture d’un supermarché coopératif, au rythme de décisions collectives.

Les futurs caissiers de La Cagette doivent apprendre à manipuler la caisse enregistreuse. / Nanda Gonzague pour la Croix.

Les futurs caissiers de La Cagette doivent apprendre à manipuler la caisse enregistreuse. / Nanda Gonzague pour la Croix.

Sur les étagères, les ingrédients trouvent peu à peu leur place. Au centre, les légumes trônent déjà. Dans la rue Balard, à Montpellier, l’épicerie des Amis de la Cagette commence à prendre forme. Gants sur les mains, écharpe autour du cou, Thibaud s’attelle au rangement des céréales dans de grands sacs en toile de jute.

« Je suis arrivé tôt ce matin. Nous étions une dizaine de volontaires. Cet après-midi, nous en attendons au moins autant » explique-t-il sans interrompre sa tâche. D’ici à quelques heures, l’épicerie, réservée aux adhé­rents de l’association, ouvrira ses portes. Tout le monde prépare activement cet événement depuis plusieurs semaines.

L’épicerie, prélude d’un supermarché coopératif

Lors de la création de l’association à l’été 2015, ils étaient quatre. Ils sont désormais 650 adhérents à suivre le même rêve : créer un supermarché coopératif à Montpellier. L’épicerie de la rue Balard en est la préfiguration. En France, à l’image de Montpellier, les initiatives locales se multiplient, portées par des particuliers devenus les maîtres d’œuvre d’un mouvement alternatif.

Aux États-Unis, le Park Slope Food Coop à Brooklyn, un supermarché coopératif riche de quarante ans d’expérience, représente le modèle à suivre. À Paris, dans le 18e arrondissement, le projet de La Louve, encore en phase d’expérimentation, fait aussi figure de référence. Dans leur sillage, La Cagette de Montpellier, – à l’instar de Nantes, Toulon, Bordeaux, Marseille, Toulouse… – franchit, une à une, les étapes vers la réalisation d’un projet commun.

à lire : « Food Coop », une autre idée du consommateur

« L’épicerie est une phase test pour éprouver notre mode de fonctionnement, explique Charles Godron, adhérent depuis la création. Avant de nous créer sous forme d’entreprise coopérative, l’épicerie fait office de centrale d’achats. »

Chaque adhérent donne de son temps

Dès novembre 2015, un groupement d’achats a été mis en place. Chaque adhérent avait ainsi la possibilité de commander ses courses en ligne une à deux fois par mois, puis de venir les chercher au local de l’association. Rien à voir avec un « drive », où l’on vient chercher en voiture une commande passée sur Internet. Ici, chaque adhérent remplit lui-même son cabas, mais surtout donne de son temps pour aider au bon fonctionnement de l’association.

reportage : Des groupements d’achats écologiques à bon marché

« Nous sommes en pleine mutation », plaisante Florence, chapeau sur les oreilles pour se protéger du froid. Il y a quelques jours, elle ne connaissait rien aux secrets de l’organisation d’un rayon. Retraitée de l’éducation nationale, elle profite désormais de son temps libre pour s’engager dans La Cagette et avoir, en échange, « le privilège de consommer des produits sains ».

Consciencieusement, elle transvase des amandes d’un sac à un autre puis s’attaque à la disposition des œufs. « Les bio par ici, ceux en production raisonnée par là », prévient-elle. À chaque ingrédient son emplacement. « Et la farine ? », se renseigne Élodie. Arrivée une vingtaine de minutes plus tôt, cette jeune trentenaire, qui travaille dans l’immobilier, ne s’attendait pas à être propulsée dans la boutique si rapidement. « J’habite dans la même rue. Je me demandais ce qui se tramait ici, alors je suis venue me renseigner. J’avoue que je suis vraiment contente de ce que je découvre. Ça coïncide avec mes valeurs », rapporte-t-elle.

Des produits bio ou issus de l’agriculture raisonnée

Ici, les produits sont au maximum bio ou ont des conditions de production raisonnées. Œufs du pic Saint-Loup, bière artisanale, miel et fromage frais des Cévennes… Les produits locaux sont mis à l’honneur. L’accessibilité est également un critère. « Manger sain, c’est bien. Pouvoir acheter ce qu’il faut pour ça, c’est mieux », démontre Céline, chargée de l’approvisionnement, assise devant l’ordinateur du petit bureau jouxtant l’épicerie. Ici, les prix sont jusqu’à 30 % moins élevés qu’en grande surface.

Si La Cagette est ouverte à tous, adhérer pour faire ses courses est une obligation. Renouvelable d’une année sur l’autre, l’adhésion coûte 25 €, ou 5 € pour les bénéficiaires des minima sociaux – « Nous ne demandons pas de justificatifs, nous prônons la confiance mutuelle ».

reportage : La Louve, nouveau type de supermarché coopératif, va s’installer à Paris

Lorsque la coopérative sera effective, chaque membre devra donner trois heures de son temps par mois. Pour l’instant, si la base du volontariat est privilégiée dans l’épicerie, 108 personnes seront nécessaires chaque mois pour faire tourner la boutique. « Nous avons un document partagé, où chacun peut s’inscrire dans le planning », détaille Charles Godron, préposé au groupe communication, en montrant un tableau bariolé de cases colorées.

22 000 euros récoltés avec une campagne de crowdfunding

Informaticien à la recherche d’un emploi, François, 49 ans, est chargé de la gestion du logiciel de la caisse enregistreuse. « Je suis en train de mettre en place la phase de contrôle des caisses », décrit-il, épaulé par Jérémy, 31 ans. Après quelques manipulations, ils proposent aux futurs caissiers une petite formation. « J’ai toujours rêvé de jouer à la marchande », s’amuse Stéphanie, douchette à la main, prête à scanner les premiers produits. Ils sont agglutinés autour de l’engin, l’attention est totale. « Ça marche ! », constatent-ils en chœur. Dans le petit local, tous assistent avec un grand enthousiasme à la réalisation concrète de leur défi.

Sur les murs du bureau, des affiches informatives côtoient les étagères du stock de jus de pomme. Au-dessus de la porte, une petite caisse en bois a été suspendue, indiquant « La Cagette ». Dans ce bureau où travaille Julien, seul salarié, tables et ordinateurs sont à la disposition de tous pour la gestion des tâches courantes.

C’est ici aussi que se déroulent les réunions des nouveaux adhérents, les forums et les assemblées générales. « Ça commence à être très étroit », note Charles Godron. En novembre dernier, une campagne de crowfunding a été menée avec succès. L’association a récolté 22 000 € et a gagné en visibilité. Depuis, les réunions d’accueil des nouveaux adhérents se multiplient.

Des décisions prises à l’unanimité

Ce soir-là, une soixantaine de membres est venue assister au forum, rendez-vous régulier consacré aux décisions à prendre, aux orientations à donner. Des chaises circulent pour les derniers arrivants, certains s’assoient sur le bord des tables. « Qui fait le scribe ? Qui surveille le temps ? » Les rôles sont distribués. L’ordre du jour est bien rempli. Julien introduit la réunion, puis laisse la parole aux adhérents.

Un à un, les sujets sont égrainés, débattus, puis les décisions prises à l’unanimité. Procédures d’hygiène, gestion des déchets de l’épicerie, organisation des formations, installation de la chambre froide, embauche d’un second salarié… « En cas de désaccord, le sujet est porté en assemblée générale et est soumis au vote », rappelle Antonin, l’un des quatre coprésidents de l’association, à l’auditoire.

À l’heure des comptes, tous restent concentrés sur les chiffres présentés. Les 22 000 € récoltés ont été dépensés pour des frigos, armoires, caisses enregistreuses, imprimante et balance. En moins de deux heures, le projet a encore avancé…

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Les supermarchés coopératifs se fédèrent

Les 25 et 26 février derniers, à l’initiative de plusieurs supermarchés coopératifs créés en France, ou en cours de création, des membres de ces différentes initiatives se sont rencontrés à Paris afin d’échanger sur leur fonctionnement. Si le supermarché coopératif de La Louve, à Paris, est l’un des plus avancés, les modèles de lancement se sont révélés très divers.

En filigrane de cette rencontre, la création d’une Intercoop a été évoquée. Le but ? Permettre aux membres des coopératives d’échanger sur leurs expériences et leurs bonnes pratiques. Mais aussi mutualiser des moyens, afin de multiplier les sources d’économies. La question des logiciels de caisse enregistreuse est notamment une préoccupation pour tous.

Créé à l’initiative de quatre supermarchés coopératifs du Sud-Ouest, un site Internet répertorie déjà les supermarchés coopératifs de France : supermarches-cooperatifs.fr

SOURCE

Tag(s) : #ACTUALITES, #ALTER

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