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Le financier avait fait part de son pessimisme sur l'état de l'économie chinoise. Les médias officiels dénoncent une attaque délibérée sur le yuan.

George Soros, nouvel ennemi numéro un à Pékin

Une petite phrase glissée sur les pentes enneigées de Davos peut déclencher une offensive en règle à Pékin. Le régime chinois n'a guère goûté les dernières prédictions pessimistes de l'investisseur George Soros au sujet de la croissance en Chine. Le milliardaire est mis au pilori en pleine page de une par le Quotidien du peuple, dénoncé comme un « spéculateur radical ». Un honneur rare pour un financier, érigé soudain en nouvel ennemi numéro un de l'empire du Milieu.

Le journal officiel du Parti communiste met en garde le magnat de la finance qui avait mis à genou la livre sterling anglaise en 1992 et fait chuter les devises de la Thaïlande et la Malaisie, lors de la crise financière asiatique de 1998 : gare à ne pas s'attaquer cette fois au Yuan. À l'origine de cette tempête, une interview délivrée par Soros en marge du Forum économique mondial, en Suisse. « Un atterrissage brutal » de l'économie chinoise est « inévitable », a déclaré l'investisseur d'origine hongroise à l'agence Bloomberg. Et d'enfoncer le clou : « Je ne l'attends pas, je l'observe déjà », a affirmé le tycoon en évoquant l'affaiblissement de la croissance chinoise, qui est passée à 6,9 % en 2015, son plus bas niveau depuis 25 ans.

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Des propos interprétés à Pékin comme une déclaration de guerre. Soros « ne comprend pas l'économie chinoise », dénonce dans un éditorial offensif le Global Times. « Il y a deux hypothèses possibles. Soit Soros est trop vieux pour comprendre la transition en cours de l'économie chinoise, assène ce quotidien très nationaliste, soit il se prépare à vendre massivement le yuan et il essaye de créer la panique au sujet de l'économie chinoise à Davos », ajoute le journal contrôlé par le Parti. En 1998, Soros avait lancé une attaque contre le dollar de Hongkong, que la Chine avait réussi à contrer à coups d'interventions coûteuses sur les marchés, en pleine crise asiatique. La rumeur d'une nouvelle offensive du vieux renard de la finance est relayée par les médias, qui rappellent qu'aujourd'hui la seconde économie mondiale est bien mieux équipée pour étouffer un « raid » de trader. Sous-entendu, la Chine est devenue un « grand pays », qui n'est plus à la merci d'un mercenaire de la finance, à la différence des nations de l'Asie du sud-Est.

Hémorragie

L'ampleur de la réaction chinoise trahit la nervosité croissante des autorités face à la détérioration de la confiance chez les investisseurs, alarmés par une cascade ininterrompue de mauvais chiffres. Alors que la Bourse a effacé lundi l'ensemble de ses gains enregistrés en 2015, plus de 500 milliards de dollars ont quitté la Chine l'année dernière, selon l'Institute of International Finance (IFF), basé à Washington. Pour l'essentiel, ce sont les classes enrichies chinoises qui placent leur argent ailleurs, perdant confiance dans les perspectives de leur propre pays. Une hémorragie qui entraîne vers le bas la devise chinoise, attaquée sur les marchés et qui a déjà perdu 4,5 % de sa valeur face au dollar. En coulisse, la Banque centrale de Chine (PBOC) intervient massivement pour limiter la casse, brûlant en moyenne 80 milliards de dollars de réserves de change par mois, selon les estimations.

C'est dans ce contexte tendu que la petite phrase de Soros a fait réagir Pékin. Le mercenaire de la finance internationale devient le nouveau bouc émissaire des autorités. À l'heure où le doute s'installe, les médias officiels esquissent déjà un nouveau discours, pointant du doigt un complot de « l'Occident », mené par les États-Unis pour prévenir la renaissance de la grande Chine à coups d'articles et déclarations alarmistes. « Comme la plupart des Occidentaux, Soros fait l'erreur d'évaluer la Chine selon des standards de l'Occident. Ils peinent à comprendre l'ampleur de la société chinoise et l'énorme contrôle du système politique sur l'économie », explique le Global Times. En clair, le capitalisme d'État piloté par le Parti n'a rien à craindre de la finance déboussolée de Wall Street. Et de pointer le dynamisme des services et des start-up, nouveaux moteurs de l'économie chinoise « en transition ». La meilleure défense, c'est l'attaque.

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Tag(s) : #ACTUALITES

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