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Les cités englouties sont une réalité presque banale pour l'archéologue : Ménouthis et Hérakléion au large du delta du Nil, Pavlopetri sous les eaux au sud du Péloponèse, Olbia du Pont noyée au nord de la Mer Noire... Visitées, explorées, datées, ces villes submergées ne font plus mystère. Sans doute parce qu'elles sont trop proches de nous dans le temps. Et que leur disparition s'inscrit dans une logique géologique dont les stigmates marquent encore nos rivages.
Mais l'Atlantide ! Ou plutôt les Atlantides... C'est tout de même autre chose !
Une découverte fortuite

 

La petite île de Yonaguni (28 Km2) dans l'archipel Ryu Kyu est la province la plus à l'ouest du Japon. Rattachée à la Chine par un pont de terre jusqu'à la fin de la dernière grande glaciation il y a 13.000 ans, elle fut isolée du continent 2.000 ans plus tard par une montée des eaux de plusieurs dizaines de mètres résultant d'un réchauffement climatique global aussi brusque qu'inexpliqué. Déjà !
En 1985, un organisateur de plongées touristiques, en repérage pour ses futurs clients, entend parler d'un haut-fond poissonneux connu des pêcheurs locaux dont les légendes évoquent aussi un palais englouti.
Il enfile ses palmes, ajuste son masque, et découvre dans les eaux critallines d'Arakawa au sud de l'île ce qui va devenir le monument le plus contesté de l'archéologie sousmarine : une structure mégalithique dont la forme se rapproche des pyramides à degrés amérindiennes ou de ce qu'on sait des ziggourats de Babylone.
Pendant 10 ans, le site fait le bonheur des amateurs sans que la science officielle ou les média panurgiques daignent s'y intéresser.
Pourtant, il y a là de quoi susciter la curiosité des chercheurs et des journalistes !

 Le monument principal est constitué de terrasses planes reliées par des escaliers cyclopéens aux parois lisses, dans un volume de 180 m de long sur 25 m de haut.
Tout autour, le fond de l'océan est loin d'être vide.

Au fur et à mesure que les plongées s'enchaînent, on découvre des escaliers avec de nombreuses marches de 20 cm, toutes identiques, une route pavée longée d'un muret de pierres parfaitement assemblées dans le plan vertical, une arche, une sculpture massive ressemblant à une tête humaine et des pétroglyphes évoquant une proto-écriture.
Too much pour un simple caprice de la nature !

Géofacts ou artéfacts ?

Une dizaine d'années après la découverte, Masaaki Kimura un prof de fac d'Okinawa décide d'en avoir le coeur net. Il constitue un groupe de plongée regroupant divers spécialistes, archéologues, géologues, préhistoriens, et visite le site.
Leurs conclusions : cet ensemble est le résultat, au moins pour partie, de l'activité humaine.
Il faut savoir que, sur tous les continents, avant que n'apparaissent des monuments mégalithiques, des proto-civilisations sculptent des collines et des falaises. Soit pour les fortifier, variante pratique. Soit pour en faire des lieux de culte, variante mystique. Le plus célèbre est le sphinx de Giseh qui, à l'exception des pattes, est un tertre naturel sculpté. Cette observation quasi-universelle rend caduque l'antinomie classique entre artéfact (au sens anglo-saxon) et géofact.
Ainsi le géologue Robert Schoch défendit d'abord la thèse d'une formation naturelle donnant ces formes troublantes par pur hasard parce que la quasi-totalité de la structure principale est en pierre vive et non constituée de blocs assemblés.
D'autant que le site est composé de grès, une pierre qui se fracture de façon franche et forme des superpositions similaires, un phénomène banal dans une zone sismique.
Mais ce genre d'effondrement laisse de nombreux débris. Or on ne trouve rien de semblable sur le fond de la mer alentour.
 
Puis après avoir plongé à son tour, Schoch dut convenir que la nature ne
pratique pas systématiquement l'angle droit dans ses fractures, en répétant les proportions et les écarts, pas plus qu'elle ne perce des trous équidistants et symétriques (pour soutenir des poutres ?) dans des parois verticales... De même qu'elle ne sait pas créer en grand nombre des marches absolument égales, ou percer des ruelles de largeur constante. Et encore moins creuser des fosses rectangulaires aux dimensions identiques (tombes ?) ou abandonner des herminettes de basalte aux abords d'une carrière de grès.
Qui et quand ?

 

L'artificialité du site a été renforcée par la découverte de vestiges sousmarins comparables autour des Iles Shihuan mais aussi de collines sculptées à l'identique (bien que moins imposantes) à la fois sur l'île de Yonaguni et sur d'autres îles de l'archipel Ryu Kyu.
Nous sommes donc en présence d'une constante suffisamment élargie pour parler de civilisation protohistorique locale.
Qui étaient ces gens ? On sait que cette région a été parcourue dans une fourchette de + ou - 1.000 ans autour de 12.000 B.P à la fois par des peuples mongoloïdes, sibériens et caucasiens ou proto-indoeuropéens.
Ils ont tous laissé des traces. Mais sur Yonaguni et alentour, aucun squelette ne permet de se faire une idée de l'origine des occupants du site englouti.
Tout au plus dispose-t-on de preuves indirectes et fragiles, comme ces poneys préhistoriques (moins de 200 aujourd'hui) et ces chats endémiques revenus à l'état sauvage dont on trouve l'aire originelle entre le proche-Orient et les steppes d'Asie centrale où ils pullulaient il y a 15.000 ans.
Quand ? C'est sans doute le sujet le plus controversé à l'heure actuelle car selon la méthodologie adoptée, les données scientifiques se carambolent.
On a établi que la zone basse de la structure (le fond de la mer) se trouvait à l'air libre il y a 12.000 ans à la fin de la glaciation de Würm. On observe clairement les traces d'érosion de l'ancien rivage par des profondeurs de l'ordre de 30 à 40 m.
C'est une donnée générale, applicable à tous les rivages submergés de la région.
Mais comme la zone subit des mouvements tectoniques verticaux de grande ampleur, il semblerait que les vestiges de Yonaguni aient été émergés et immergés au moins deux fois depuis leur création. C'est la seule explication qu'on puisse donner aux datations incohérentes comme celles au C 14 indiquant que des coraux étaient immergés il y a 5.000 ans, tandis que celles au beryllium 10 nous disent que le socle de grès qui se trouve sous ces coraux était à l'air libre il y a 2.000 ans.
A moins d'erreurs ou d'inadaptation des méthodes de datation, cela ajoute encore au mystère...
Evocation du légendaire continent de Mû ?
Le prétendu "colonel" James Churchward a exploité un filon de fiction, tant mieux pour lui, mais ses "révélations" se sont avérées hautement fantaisistes au plan anthropologique et complètement délirantes au regard de la bathymétrie.
Son imagination sert aujourd'hui de repoussoir aux "savants" académiques qui refusent de réviser leur théorie selon laquelle l'architecture massive et les arts majeurs ne peuvent apparaître que dans des cultures post-néolithiques, sédentaires et disposant de la suffisance alimentaire. Or, selon eux, il y a 12.000 ans, on ne trouvait sur zone que des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs.

 

Pourtant, les multiples vestiges mégalithiques retrouvés sur les îles du Pacifique, avec une orientation commune confirmée par l'archéoastronomie, ainsi que la mystérieuse ville mégalithique de Nan Madol en Micronésie et les foyers datés de 12.000 ans aux Tonga, pourraient accréditer l'hypothèse sinon d'un empire insulaire, du moins d'une civilisation transpacifique aux multiples ramifications, bien avant les Maoris qui en seraient alors les lointains héritiers.
Yonaguni aurait-il pu en être un jalon ? Peut-être, dans la mesure où plusieurs vagues de populations, dont les pré-Maoris, sont passées par Taï Wan, voisine des Ryu Kyu, avant de mettre le cap à l'Est-Sud-Est, colonisant les archipels, un petit nombre allant jusqu'à débarquer en méso et sud Amérique.
La génétique confirme ces mouvements de même que des implantations et des fusions locales sur de très longues périodes.
Mais pour le moment, faire de Yonaguni une des sources sinon la source relève de pures conjectures du fait de l'absence d'artéfacts datables et de restes humains identifiables.
Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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