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L'ambassade américaine à Damas (archives)

Photo: AFP/JOSEPH BARRAK

L'ambassade américaine à Damas (archives)

 

L'ambassade américaine à Damas a été fermée « compte tenu de la poursuite de la violence et de la détérioration des conditions de sécurité », a annoncé lundi le département d'État. L'ensemble du personnel diplomatique, précise-t-on, a déjà quitté la Syrie.

« La récente flambée de violence, notamment des bombardements à Damas le 23 décembre et le 6 janvier, ont accru l'inquiétude à l'endroit de notre ambassade qui n'est pas suffisamment protégée contre une attaque armée », a expliqué le département d'État.

L'ambassadeur américain en Syrie, Robert Ford, était présent depuis à peine un an en Syrie. Ce poste avait été laissé vacant depuis le rappel du diplomate précédent dans la foulée de l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, à Beyrouth, en 2005.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a annoncé peu après que l'ambassadeur à Damas avait été rappelé pour « consultation ».

Ces décisions sont annoncées au moment où des militants dénoncent de nouveaux tirs d'artillerie des forces syriennes sur la ville de Homs et tandis que se multiplient les réactions au veto de la Chine et de la Russie à un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant les violences dans ce pays.

Washington, Londres et Paris déplorent le veto sino-russe

Sur les ondes de CNN, l'ambassadeur des États-Unis à l'ONU, Susan Rice, a soutenu que la Russie et la Chine regretteront cette décision, qu'elle a assimilé à un « un pieu planté dans le coeur des efforts visant à résoudre pacifiquement le conflit » en Syrie.

Les deux membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, dit-elle, ont « considérablement accru le risque de violence (...) et même le risque de guerre civile », déplore la diplomate, qui promet que les États-Unis vont accroître leurs sanctions économiques contre le régime et qu'ils continueront de travailler de concert avec les pays arabes afin d'isoler le président Al-Assad.

Nous, les États-Unis, nous tenons du côté du peuple syrien. La Russie et la Chine sont manifestement avec Assad.

— Susan Rice

À Paris, le président français Nicolas Sarkozy a profité d'une conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande Angela Merkel pour annoncer qu'il parlera cet après-midi au président russe Dimitri Medvedev. « Avec l'autorisation de la chancelière, je lui parlerai en notre nom à tous les deux », a-t-il dit.

« Il y a encore eu 200 morts le week-end dernier, combien de temps va-t-on accepter cela?, a précisé M. Sarkozy. C'est très étonnant que les Russes, qui dans l'histoire ont toujours été proches des positions de la Ligue arabe, aujourd'hui on se demande pour quelle raison, semblent s'en distancier ».

« Nous ne sommes pas seulement déçus, mais atterrés qu'il n'y ait pas eu d'adoption d'une résolution des Nations unies », a dit Mme Merkel. L'Allemagne siège au Conseil de sécurité en tant que membre non permanent.

« Il y a d'autres moyens de faire pression sur le régime syrien à l'ONU, par exemple au travers de l'Assemblée générale, et nous réfléchissons à ces options », a pour sa part souligné un porte-parole du premier ministre britannique David Cameron.

« Il y aura de nouvelles discussions au sein de l'UE sur la question syrienne », a encore précisé ce porte-parole. « Le conseil des ministres des Affaires étrangères se réunit à la fin du mois. Nous regardons si des mesures supplémentaires peuvent être prises à ce stade. »

Des réactions « à la limite de l'hystérie », selon Moscou

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a balayé du revers de la main des réactions des capitales occidentales.

« Les déclarations hystériques ont pour but de dissimuler ce qui se passe, à savoir le fait qu'il y a plusieurs sources à l'origine des violences en Syrie », a-t-il dit en évoquant, à l'instar du régime syrien, des « groupes extrémistes armés » proches de l'opposition.

M. Lavrov se rendra mardi à Damas en compagnie du chef des services de renseignements extérieurs russes, Mikhaïl Fradkov, à la demande du président russe Dmitri Medvedev. Il n'a pas voulu dire quel message il livrera au régime syrien.

« Nous avons demandé aux coauteurs de la résolution d'attendre encore quelques jours pour qu'on puisse discuter de la situation » après cette visite, a précisé M. Lavrov, déplorant le sort qu'a finalement connu la résolution.

« Nous ne protégeons personne. Nous défendons la justice sur la question syrienne », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Liu Weimin. La Chine, ajoute-t-il, « n'accepte pas les accusations » des États-Unis sur le veto sino-russe.

Réactions en Syrie et ailleurs dans le monde arabe

En Syrie, le veto sino-russe est très mal accueilli par les Frères musulmans. « Nous considérons la Russie, la Chine et l'Iran comme des complices directs des horribles massacres commis contre notre peuple, non seulement en soutenant le régime, mais également en lui fournissant directement armes et équipements pour massacrer notre peuple sans défense », indique la confrérie dans un communiqué.

Le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la majorité des courants de l'opposition, a quant à lui estimé que le double veto donne au régime syrien un « permis de tuer ».

En Turquie, le président Abdullah Gül n'a pas caché sa déception. « Je voudrais dire que nous sommes tristes au sujet du vote à l'ONU », a-t-il déclaré. « Tout le monde doit se rappeler que la guerre froide est finie ».

En Tunisie, la décision du gouvernement de transition d'expulser l'ambassadeur syrien cause des remous. Le Parti démocrate progressiste (PDP), le parti de gauche Ettajdid et le Parti national tunisien ont tous critiqué cette décision, qu'ils jugent précipitée et contraire à la tradition diplomatique tunisienne.

Les six monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) tiendront samedi à Riyad une réunion sur la Syrie, a annoncé lundi à l'AFP le ministre omanais des Affaires étrangères, Youssef Ben Alaoui. Selon lui, les monarchies procéderont à « un échange de vues sur la situation en Syrie, et ce en prévision de réunion dimanche de la Ligue arabe ».

Les forces syriennes bombardent de nouveau Homs

Homs bombardée

Photo: AFP

Une image d'une vidéo diffusée sur YouTube le 5 février 2012

Des militants rapportent que lundi, la ville de Homs est de nouveau sous le feu nourri de l'artillerie des forces syriennes. Ils font état de 50 morts à la suite de violents bombardements.

Ces informations, difficiles à vérifier, sont relayées par des télévisions arabes montrant des images en direct de la ville avec des colonnes de fumée s'élevant dans le ciel, sur fond d'appels à la prière des mosquées.

Une explosion a endommagé un oléoduc qui alimentait en pétrole la principale raffinerie d'Homs et un panache de fumée s'élevant au-dessus du site était visible, rapportent des habitants et des militants.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une organisation basée à Londres, rapporte également que l'armée a lancé une offensive contre la ville de Zabadani (au nord-ouest de Damas) où 17 personnes ont été blessées tandis qu'un civil a été tué dans la ville voisine de Madaya. Il précise que les forces de sécurité sont intervenues « dans le cadre d'une campagne générale destinée à reprendre les bastions de la contestation ».

L'OSDH a fait état de 69 morts (dont 66 civils) pour la journée de lundi en Syrie, et de plusieurs centaines de morts depuis vendredi.

Samedi, Homs avait été la cible de bombardements et plus de 230 personnes avaient été tuées, selon l'opposition syrienne.

La moitié des personnes tuées étaient des civils, selon l'OSDH. Des 28 victimes civiles de dimanche, 23 auraient été tuées à Homs, ville rebelle du centre du pays encerclée depuis des mois par les forces syriennes.

L'usage des armes lourdes contre la population marque une escalade qui pousse la Syrie vers la guerre civile, a déploré le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Elarabi.

« Nous suivons avec une grande anxiété et beaucoup d'exaspération le développement de la situation en Syrie, l'escalade des opérations militaires dans la ville de Homs et les zones rurales autour de Damas, ainsi que le recours de l'armée syrienne aux armes lourdes contre des civils », dit-il dans un communiqué. Cette escalade, poursuit-il, réunit les « conditions d'une dérive vers la guerre civile ».

Tag(s) : #CONFLICTS DANS LE MONDE

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